La fillette désordonnée


Josiane n'arrivait pas à apprendre l'ordre. Sa chambre ressemblait toujours à un bric-à-brac. Son armoire n'était qu'un amas d'objets et de vêtements empilés les uns sur les autres et qui s'écroulaient lorsqu'on l'ouvrait. Ses robes pendaient aux poignées de porte ou gisaient par terre. Livres et papiers étaient éparpillés un peu partout.

La mère de Josiane, naturellement, était très ennuyée. Elle sentait qu'il était de son devoir d'enseigner l'ordre à sa fille. Mais comment? Elle rangeait souvent la chambre de Josiane, montrant à la fillette à quel point c'était plus joli lorsque chaque chose était à sa place. Josiane était d'accord pour déclarer que ce n'était pas mal; mais le lendemain, la chambre présentait le même bouleversement que d'habitude. La maman avait essayé les punitions, et Josiane avait pleuré, car elle se rendait bien compte qu'elle n'était pas une très bonne ménagère.

Aux supplications maternelles, Josiane avait répondu par un sourire désarmant et dit:

- J'essaierai de faire attention.

Mais elle avait oublié, comme d'habitude.

Maman avait dicté une loi - tous tes vêtements doivent être suspendus dans l'armoire et non jetés sur les bois du lit. Et Josiane avait demandé à sa mère pourquoi elle se montrait si méticuleuse.

- Cela n'a pas d'importance où mes vêtements pendent, du moment qu'ils sont suspendus quelque part! et la fillette s'était éloignée en colère.

Un jour le père de Josiane avança quelques suggestions. Il dit à maman de laisser la chambre de Josiane en désordre aussi longtemps que la fillette le désirerait. Il était certain que Josiane se mettrait à ranger ses affaires elle-même avant longtemps. Mais ce plan créa uniquement de nouvelles complications pour Mme Brun, car le matin la fillette avait besoin d'aide pour trouver ses affaires.

- Laisse-la les chercher elle-même, suggéra M. Brun.

- Elle serait en retard pour l'école, lui rappela sa femme.

- Laisse-la! répéta le père.

Maman pensa que papa ne comprenait pas à quel point il était grave d'arriver en retard à l'école. Néanmoins, elle promit de ne pas ranger la chambre de Josiane ce jour-là.

Le lendemain matin, Josiane dut chercher ses chaussures partout. Finalement, elle les découvrit sous son bureau. Elle dut fouiller tous ses tiroirs pour ses rubans de cheveux. Ils pendaient à un crochet dans le placard au lieu d'être soigneusement roulés dans un tiroir de la commode. Elle dut chercher une blouse qui ne soit pas chiffonnée, et ceci lui prit beaucoup de temps, car toutes les blouses pendaient de travers sur les porte-manteaux. Finalement, elle éclata en sanglots, et déclara qu'elle n'avait pas envie d'aller à l'école puisqu'elle allait être tellement en retard.

- Si je présente une excuse, maman, qu'est-ce que ce sera? demanda-t-elle.

Mme Brun avait enseigné l'honnêteté à sa fille, et la seule excuse qu'elle puisse écrire était le fait que Josiane n'avait pas pu trouver ses vêtements à temps.

- Oh là là! dit-elle à son mari, quelle excuse! L'institutrice va penser que nous sommes des parents bien bizarres.

M. Brun marmotta quelque chose et continua à lire son journal.

Ce soir-là, Josiane avait un devoir supplémentaire à faire comme punition pour son retard. Lorsqu'elle fut enfin prête à aller au lit, il était trop tard pour ranger et nettoyer.

- Est-ce que d'autres parents ont ce problème? demanda M. Brun à sa femme lorsque leur fille fut enfin endormie.

- J'en suis certaine, répondit Mme Brun. Si seulement je pouvais en trouver la solution!

Et ce même soir, elle eut une idée. Mais elle n'en parla à personne. Toute la journée du lendemain, elle travailla d'arrache-pied. Elle nettoya toute la maison, y compris la chambre de Josiane. Elle plaça tout sur des porte-manteaux ou dans des tiroirs. Josiane ne remarqua rien d'inhabituel ce soir-là, mais elle fut contente de trouver sa chambre si nette.

Mais le lendemain matin, lorsqu'elle commença à s'habiller, elle ne trouva pas ses chaussures brunes.

- Maman, où as-tu mis mes chaussures?

- A leur place, dans le sac.

- Mais où est le sac?

- Quelque part.

- Mais maman, sa place est sur la porte.

- Oui, bien sûr. Et il est sur une porte, mais je ne sais pas laquelle. De toute façon, cela n'a pas d'importance où il pend, du moment qu'il pend quelque part, n'est-ce pas?

- Tu veux dire que je dois regarder derrière toutes les portes de la maison?

- Oh, non, pas toutes les portes. Essaie la porte arrière.

Josiane y courut, mais le sac à chaussures n'y était pas. Elle se précipita dans sa chambre.

- Oh, maman, qu'est-ce que je vais faire?

- Continue à chercher, chérie, dit celle-ci calmement.

Josiane courut à la porte du bureau et là elle trouva le sac à chaussures et ses souliers bruns.

- Je t'en prie, laisse le sac à chaussures dans ma chambre, maman, demanda Josiane. Ce changement me fait perdre du temps.

- ]'essaierai de m'en souvenir, chérie.

La fillette eut l'impression qu'un faible sourire flottait sur le visage de sa mère.

Puis Josiane chercha des soquettes propres. Elle fouilla tous les petits tiroirs où sa mère les rangeait habituellement. Mais pas de soquettes en vue!

- Maman, où as-tu mis mes soquettes?

- Quoi? demanda Mme Brun d'un air étonné.

- Mes soquettes, maman. Je suis en retard.

Josiane commençait à être sérieusement inquiète. Maman répondit lentement:

- Eh bien, je crois qu'elles sont dans un tiroir, quelque part. Oui, je me souviens bien de les avoir mises dans un tiroir, mais lequel?

- Oh, maman, je t'en prie!

- As-tu regardé dans la grande commode?

- Dans ta chambre? Maman, tu n'aurais tout de même pas mis mes soquettes dans ta chambre!

- Eh bien, je les ai peut-être mises dans la petite armoire du couloir.

Josiane leva un visage interrogateur vers sa mère et courut dans le couloir. Elle revint bientôt avec plusieurs paires de soquettes. Tandis qu'elle en enfilait rapidement une paire, elle dit:

- Je t'en prie, maman, ne mets pas mes affaires dans les autres pièces. Cela me fait perdre tant de temps!

Mme Brun s'excusa:

- Je crois que je perds un peu la mémoire. Mais au moins j'ai rangé tes affaires.

- Et où as-tu mis ma jupe bleue?

- Oh, quelque part.

Maman avait l'air toute joyeuse cette fois.

- S'il te plaît, maman, ne joue pas avec moi. Je vais être terriblement en retard.

- Je suis sûre de l'avoir mise sur un cintre. Il n'y en avait pas dans ta chambre, aussi je l'ai probablement mise dans mon armoire.

- Je n'avais pas de cintres? Mais j'en ai des tas!

- J'ai trouvé ta jupe sur une chaise, et naturellement j'ai pensé...

Josiane était au bord des larmes.

- Est-ce que ma blouse blanche est repassée?

- Oui, j'ai tout repassé mardi dernier.

- Mais elle est chiffonnée, comment puis-je la mettre?

- Mets-en une autre. Josiane était égarée.

- Mais mes autres blouses sont à laver, ou je les ai déjà mises. Où sont-elles?

- Oh, elles doivent être dans ce tas de vêtements que j'ai trouvé au fond du placard. Il me semble que tu vas être obligée de mettre la chiffonnée.

Josiane pleura doucement.

- Tout le monde va voir qu'elle est chiffonnée!

- Je suis désolée, chérie, mais je l'ai repassée très soigneusement. Et personne n'a fouillé dans ton placard depuis que je l'y ai suspendue.

- Ne me gronde pas, maman, je sais que c'est de ma faute. J'ai serré les habits les uns contre les autres. Pourtant tu m'as toujours dit de laisser de la place entre les cintres. Enfin, je vais mettre un cardigan par-dessus. Maintenant, où est-il?

Josiane commença à tirer les tiroirs et à écarter les cintres, puis maman lui tendit tranquillement son cardigan qu'elle avait ramassé sous une table.

- Comment est-il arrivé là, maman? J'étais si fatiguée hier soir que j'ai dû le laisser tomber. Quelle allure je vais avoir aujourd'hui! Maintenant il me faut mon sac.

- Lequel, chérie?

- Tu ne te souviens pas? Le blanc, je l'avais hier soir dans la cuisine.

Mme Brun se dirigea vers la cuisine.

- Alors, il doit encore y être.

- L'as-tu vu, maman?

Mme Brun sourit.

- Oui, je l'ai vu sur la table. Regarde dans le tiroir à couverts, au-dessus du frigidaire, dans le tiroir de la cuisinière. Il n'y est pas. Oh là là! Laisse-moi réfléchir. Ah, le voilà, dans les épices! N'est-ce pas amusant? Un sac à main dans les épices!

Mais Josiane ne rit pas.

- S'il te plaît, ne range pas ma chambre aujourd'hui, maman. Je le ferai en rentrant.

- Eh bien, au revoir, Josiane. Et ne t'inquiète pas de ta blouse chiffonnée. Tu es très bien.

Josiane embrassa sa mère et partit en courant. Lorsqu'elle rentra, elle alla tout de suite à sa chambre et s'y enferma. Mme Brun entendit bientôt qu'elle changeait les meubles de place, fermait des tiroirs, faisait glisser le lit, mais elle ne l'interrompit pas. Il était déjà tard lorsque Josiane sortit, l'air content.

- Voilà, maman, j'ai tout rangé et nettoyé moi-même. Je sais où sont toutes mes affaires, et devine quoi?

- Quoi ? demanda maman.

- J'ai même préparé mes vêtements pour demain.

- Bravo! s'écria maman.

- Quel travail! Maintenant je ne m'étonne plus que tu aies été si fatiguée chaque fois que tu rangeais ma chambre. J'ai faim. Est-ce qu'on mange bientôt?

Elle s'assit et envoya promener ses chaussures sur le tapis. Puis voyant le regard de sa mère, elle les ramassa et les rangea.

- C'est dur de se débarrasser des mauvaises habitudes, n'est-ce pas, maman?

- Oui, et c'est pourquoi je voudrais tellement que tu en acquières de bonnes.

Mme Brun se mit à explorer tous les crochets de la cuisine. Elle avait l'air un peu embarrassée.

- Je me demande bien...

- Cherches-tu quelque chose, maman? demanda Josiane.

- Mon tablier, le jaune.

- Veux-tu dire que tu ne te souviens plus où tu l'as mis?

- C'est juste. J'ai probablement besoin de ton aide. Josiane se mit à rire.

- Veux-tu que j'aille voir dans ma chambre?

- Penses-tu que j'aurais pu le laisser là?

- Eh bien!

Les yeux de Josiane brillaient de malice. Elle courut à sa chambre et revint avec un tablier jaune.

- Quelqu'un l'a laissé là!

Et Mme Brun éclata de rire en disant:

- Je me demande bien qui?