Mary Jones et sa Bible


- Papa! Maman! J'ai appris quelque chose de merveilleux! s'écria Mary Jones, une jeune fille de 16 ans, en pénétrant en coup de vent dans la maison.

Elle vivait avec ses parents dans un petit village du pays de Galles, en Grande-Bretagne, il y a bien, bien longtemps.

- Qu'y a-t-il donc de si intéressant? demanda son père.

Encore tout essoufflée, Mary reprit:

- J'ai couru tout le trajet pour venir vous annoncer la nouvelle. Ce que j'ai entendu semble presque trop beau pour être vrai. Tout à l'heure, j'ai rencontré un des diacres de notre église, et il m'a dit qu'il avait entendu parler d'un endroit où je pourrais acheter une Bible.

- C'est en effet une bonne nouvelle, répliqua le papa de Mary. Mais où est-ce, et quelle est la personne qui vend des Bibles en gallois? Très peu de Bibles ont été imprimées dans notre langue celtique, et elles coûtent tellement cher qu'elles ne sont qu'à la portée des riches.

- Oui, ajouta la mère, même la Bible de notre église est enchaînée à la chaire afin que personne ne puisse l'emporter.

- Le diacre m'a dit, expliqua Mary un peu plus posément, car elle avait repris haleine, qu'un certain M. Charles, à Bala, avait quelques Bibles à vendre. Elles sont en gallois et ne coûtent, paraît-il, pas trop cher. Depuis que j'ai appris à lire, il y a trois ans, j'ai économisé tout l'argent que j'ai gagné, dans l'espoir qu'un jour je pourrais me procurer une Bible. J'ai mis chaque sou dans la petite cassette en bois que tu m'as faite, papa, et je suis sûre que j'ai assez d'argent pour acheter une Bible.

- Oui, Mary, dit sa mère, nous savons combien tu as travaillé depuis que notre bonne voisine t'a donné deux poules afin que tu puisses vendre les oeufs pour avoir un peu d'argent à toi.

- C'est vrai, répondit Mary en souriant, tout le monde m'a aidée à gagner de l'argent en me confiant toutes sortes de petits travaux. Maintenant, papa, est-ce que je peux me rendre à Bala pour acheter une Bible? - Bala est très loin, dit la mère... Comment penses-tu y aller?

- J'irai à pied, répondit Mary. Le trajet ne me paraîtra pas trop long.

- Tu sais qu'il y a trente milles (une cinquantaine de kilomètres) jusqu'à Bala et que le chemin pour y aller est escarpé et rocailleux. La région est presque inhabitée, de sorte que personne ne pourrait te secourir en cas d'accident.

- S'il te plaît, papa, permets-moi d'y aller. Dieu peut sûrement me protéger aussi bien à travers les montagnes solitaires qu'ici à la maison. S'il vous plaît, papa et maman, dites oui! Vous m'avez déjà tant aidée que vous ne pouvez pas me défendre d'aller chercher une Bible maintenant que j'en ai enfin l'occasion!

Le papa hésitait. Il regarda la maman. Finalement, il dit:

- C'est bon; tu peux y aller.

La mère sourit et hocha affirmativement la tête.

Mary débordait de joie. Elle ne pensait pas à la longue marche solitaire ni à la fatigue qu'elle devrait supporter, mais seulement au fait que bientôt elle posséderait une Bible.

Il ne lui fallut pas longtemps pour se préparer. Elle mit un châle et quelques provisions dans un petit sac, ainsi que la cassette contenant l'argent pour l'achat de la Bible. Sur son épaule, elle suspendit par les lacets une paire de chaussures qu'elle avait empruntée.

- Je ne les mettrai pas avant d'arriver à Bala, dit-elle. Je ne veux pas les abîmer.

Et elle se mit en route, remplie d'espoir et le coeur léger; mais plus tard elle eut besoin de rassembler tout son courage à mesure que la distance s'allongeait et que la fatigue s'emparait d'elle. Comme son père le lui avait dit, le sentier était escarpé et rocailleux. Ses pieds lui faisaient mal et elle était presque épuisée lorsqu'elle arriva enfin à Bala et qu'elle demanda où habitait M. Charles. Auparavant, elle s'était lavé le visage au ruisseau qui coulait à l'orée du village et avait mis les souliers empruntés.

Lorsque M. Charles entendit son histoire, ses yeux se remplirent de larmes. Il dit à Mary:

- Mon enfant, je ne sais comment te l'annoncer, mais je n'ai plus de Bibles; j'ai vendu toutes celles qui me restaient. Je n'en avais d'ailleurs que quelques-unes, et beaucoup de personnes en voulaient. Il ne me reste que ma propre Bible.

Rien d'étonnant à ce que Mary éclatât en sanglots, le coeur brisé! S'était-elle donc donné tant de mal pour rien?

Ne pouvant plus supporter le spectacle de son chagrin, M. Charles lui dit finalement:

- Mon enfant, prends ma Bible. Je pourrai plus facilement m'en procurer une autre que toi. Tu m'as montré où était mon devoir: il faut que je fasse tous mes efforts pour que les gens de tous les pays aient la possibilité de se procurer la Bible dans leur propre langue, afin qu'ils puissent la comprendre et qu'ils apprennent à connaître le Sauveur.

M. Charles tint parole. Comme résultat de ses efforts, une société fut organisée dans le but de publier la Bible dans de nombreuses langues, afin que partout les gens puissent la lire. Ainsi naquit la Société Biblique Britannique et Étrangère, qui, depuis lors, a imprimé et répandu des millions d'exemplaires de la Bible dans plus de mille langues. Tout cela arriva parce qu'une jeune fille eut le courage de marcher cinquante kilomètres à travers les montagnes pour se procurer une Bible, et qu'en arrivant elle découvrit qu'il n'en restait plus une seule à acheter. Fit-elle vraiment ce voyage en vain?

Pendant de longues années, Mary lut la Bible que M. Charles lui avait cédée. Plus tard, cet exemplaire fut exposé dans la vitrine d'un musée à Londres. A l'intérieur, sur la page de garde, on peut lire ces mots que Mary inscrivit de sa propre main:

Mary Jones, née le 16 décembre 1784. j'ai acheté ce livre au cours de ma seizième année. Je suis la fille de Jacob Jones et de Mary Jones. Puisse le Seigneur m'accorder sa grâce. Amen.

Mary Jones est la vraie propriétaire de cette Bible.

Achetée en l'an 1800, à l'âge de 16 ans.