Le plus grand amour


On raconte l'histoire d'un vieux paysan russe qui regagnait sa demeure un soir où sévissait une terrible tempête de neige. Il dépassa un petit soldat qui montait la garde. Le soldat frissonnait de froid. On l'avait appelé subitement, et il n'avait pas eu le temps de retourner chercher son lourd vêtement doublé de fourrure.

Le vieux paysan s'arrêta pour parler au soldat. « La soirée est froide, dit-il à l'homme qui accomplissait son devoir. Tu as besoin de ton manteau. »

« Oh! non, je m'en tirerai très bien », répondit courageusement le soldat.

Mais le vieillard savait ce qu'il disait. Il enleva son manteau usé et rapiécé et le tendit au soldat. « Prends-le, dit-il. Je n'ai pas loin à aller. Ma maison est en bas de la côte. Il y aura du feu et je me réchaufferai. » Le paysan mit de force son manteau dans les mains du planton et disparut dans les ténèbres.

Le vent soufflait fort, et la neige tombait de plus en plus serrée. Le froid saisit le paysan en chemin.

Il y avait une longue distance à parcourir depuis la côte jusqu'à sa maison, plus qu'il ne le pensait. Le vieillard pris froid, il eut une pneumonie et mourut. Mais, dans les cours célestes, le geste du paysan ne passa pas inaperçu de celui qui avait dit: « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Au siècle dernier, alors que les navires sillonnaient les mers à l'aide du vent et des voiles, un bateau quitta New York pour Liverpool. Tout alla bien au début. Le temps était favorable et il y avait tout lieu de croire que le voyage serait agréable. Mais un jour une tempête furieuse éclata. Les vagues s'élevèrent aussi haut que des montagnes, et la petite embarcation fut presque remplie d'eau. Finalement, la tempête s'apaisa et la surface de la mer redevint calme. Les passagers se détendirent, tout heureux que le danger soit passé.

Mais un matin, ils apprirent que le bateau faisait eau de plus en plus et qu'ils étaient sur le point de couler! C'est en vain que l'équipage scruta l'horizon dans l'espoir d'apercevoir une voile amie, il n'y en avait aucune en vue.

Les passagers et l'équipage, effrayés, appelèrent le capitaine pour qu'il leur donne la certitude qu'ils pourraient atteindre un port, mais il répondit: « La voie d'eau semble augmenter malgré tout ce que nous pouvons faire. Il existe un seul moyen de nous sauver. J'hésite à vous le suggérer et en ce moment je ne le conseille pas. » Le capitaine retourna gravement à son poste.

Plusieurs heures passèrent. Le capitaine donna alors des ordres au maître d'équipage: « Appelez tous les hommes. »

En réponse au coup de sifflet strident, les marins se rassemblèrent; et les passagers, qui avaient entendu le brouhaha, se groupèrent eux aussi près du petit groupe étreint par l'anxiété.

Comme vous le savez tous - la voix du capitaine ne trembla, mais ne se brisa pas - notre navire fait dangereusement eau; nos pompes sont incapables d'arrêter l'eau; nos vies sont en danger. La voie d'eau ne semble pas grande, elle a environ à peu près la grosseur du bras d'un homme.

Il s'arrêta et répéta lentement: « la grosseur du bras d'un homme ». Et, en disant cela, il avança son bras et attendit un moment. Puis il reprit lentement et solennellement:

- L'un d'entre vous doit descendre dans la cale, plonger dans l'eau, et passer son bras et son épaule dans le trou. Celui-là mourra, mais il sauvera tous les autres. Y a-t-il un volontaire?

On raconte que le soleil, profitant d'une éclaircie, brillait de tous ses feux au moment où un jeune homme sortit des rangs des marins et, regardant le capitaine dans les yeux, dit: « J'irai, commandant. » Il souriait en faisant son offre, et on ne voyait aucune trace de peur sur son visage tandis qu'il prononçait sa propre sentence de mort, qu'il donnait sa vie pour sauver la vie des autres.

- Toi? s'écria le capitaine, et son visage devint blême.

- Oui, répondit le vaillant marin, d'un air calme et décidé.

Le père et le fils se tenaient l'un en face de l'autre! Les larmes remplirent les yeux du capitaine, et, sans honte, il les laissa couler le long de ses joues. Puis il redressa les épaules, enleva sa casquette, et, tandis qu'il se penchait et embrassait le jeune homme sur le front, il lui dit : « Va, mon fils ! Et que Dieu soit avec toi! »

Quelques heures plus tard, quand le navire arriva dans un port, on trouva le jeune homme mort, mais son bras était passé dans le trou de sorte que le navire et tous ses passagers avaient été sauvés.

Une scène semblable eut peut-être lieu dans les cours célestes quand le Fils de Dieu s'offrit pour la rédemption de l'humanité perdue.

Voici ce qui a été écrit: « Tandis que les anges se voilaient la face, que le choeur des anges suspendait ses chants et que les vieillards s'agenouillaient avec crainte, alors s'avança le plus beau de tous, celui qui n'a pas eu son semblable depuis l'origine des temps et qui n'en aura pas. Et lorsque les temps ont été accomplis, les cieux s'ouvrirent et la terre le reçut, se moqua de lui, le maudit, cracha sur lui, le couronna d'épines et lui donna à porter une croix sur laquelle on le crucifia sur une colline appelée Calvaire. »

Vraiment, « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».