Le concours de courgettes


Aline et Élisabeth étaient deux soeurs qui vivaient dans une grande maison pleine de coins et de recoins, située à la sortie de la ville. Un après-midi de printemps, en revenant de l'école, les fillettes trouvèrent leur mère occupée à travailler au jardin, derrière la maison.

- Que fais-tu, maman? demanda Élisabeth.

- Je sème des haricots, répondit la maman. Les journées sont assez chaudes pour leur permettre de pousser. J'ai mis des laitues le long de la palissade et des carottes, là à droite.

- Oh! maman, dit Aline vivement intéressée, est-ce que nous pouvons avoir un morceau de jardin pour nous toutes seules?

- J'y ai déjà pensé et je crois que ce serait une bonne chose, dit la maman. Voici un paquet de graines de courgettes que vous pouvez semer. C'est le légume qui pousse le plus vite. Laissez-moi faire deux raies avec la binette. Vous prendrez soin d'une raie chacune.

Les fillettes mirent soigneusement dans la terre humide les graines en forme d'amande.

- Quand vont-elles sortir? demanda Élisabeth.

- Bientôt, répondit la maman.

Mais le temps semblait bien long à Élisabeth et Aline. Chaque jour, après l'école, elles se précipitaient dans le petit jardin ensoleillé pour examiner les deux raies. Finalement, un après-midi, quelques feuilles vertes avaient poussé au soleil.

- Quelques-unes de mes courgettes sont sorties! cria Aline.

- Les miennes aussi sortent, dit vivement Élisabeth.

- Mais les miennes sont plus belles que les tiennes, lui répondit

Aline pour la taquiner.

Chose triste à dire, les fillettes se mirent à se quereller à propos des deux raies de courgettes. À partir de ce moment-là, elles se disputèrent chaque fois qu'elles travaillaient ensemble.

- Mes enfants, dit un jour la maman sévèrement, je n'ai pas l'impression que votre jardinage vous apporte beaucoup de plaisir.

- Aline dit que ses courgettes sont plus grandes que les miennes! s'exclama Élisabeth.

- Cela doit cesser, dit la maman. N'en parlez plus et un jour je jugerai moi-même vos courgettes.

Aline était très intéressée.

- Quel jour le feras-tu?

- Le premier août peut-être.

- Très bien! dirent-elles.

Les fillettes travaillèrent gentiment dans le jardin la dernière semaine de juin, puis juillet arriva. De grosses fleurs orange apparurent sur les pieds de courgettes et de petits fruits délicats comme des coquillages commencèrent à se montrer sous les feuilles.

- Mes enfants, dit un jour la maman, j'aimerais avoir des courgettes fraîches pour le repas de midi.

- Je regrette, dit Aline, mais je ne peux pas donner les miennes.

Je veux qu'elles deviennent plus grosses que celles d'Élisabeth.

La maman parut attristée en constatant la conduite égoïste d'Aline.

- Maman, tu peux avoir les miennes, dit Élisabeth.

Elle sortit en courant et en ramassa une pleine bassine. Et comme elles étalent bonnes, assaisonnées avec un morceau de beurre! Élisabeth eut du plaisir à les manger, bien qu'elle ne pût s'empêcher de penser combien son plant était dégarni.

Mais il ne le resta pas longtemps. Il fleurit à nouveau la semaine suivante! Naturellement, le plant d'Aline était rempli de grosses courgettes, mais celui d'Élisabeth en portait aussi de nouvelles.

- Comme ce qui arrive à madame Marey est triste, dit la maman tandis qu'elle revenait en voiture de la ville où elle était allée faire ses courses du vendredi.

- Quel régime doit-elle suivre? demanda le papa.

- Le docteur dit qu'elle ne peut manger que certains fruits et légumes. Ses légumes doivent être cuits absolument sans sel, expliqua la maman.

Après le déjeuner, les deux fillettes allèrent dans leur chambre pour faire la sieste. Aline s'endormit rapidement, mais Élisabeth semblait ne pouvoir trouver de repos. Finalement, la maman fut très surprise de la voir arriver par la porte de derrière en portant une petite cuvette.

- Je suis sortie pour ramasser mes courgettes, dit Élisabeth. J'ai pensé que je devrais en donner quelques-unes à madame Marey. Elle est si gentille! Elle aimera ces petites courgettes fraîches.

- J'en suis sûre, ma chérie. Tu peux les lui porter maintenant si tu le désires, dit la maman.

Madame Marey eut une surprise bien agréable quand elle ouvrit la porte. Élisabeth était tellement heureuse d'avoir rendu service qu'elle chanta pendant le trajet de retour.

Mais les pieds de courgettes d'Élisabeth étaient dégarnis de nouveau. Et ils le furent souvent au cours des semaines suivantes. De minuscules fruits apparaissaient à peine sur ses plantes qu'elle trouvait quelqu'un qui en avait besoin. Elle en ramassa même un plein panier qu'elle vendit au profit des missions.

Mais Aline agissait différemment. Elle refusait de ramasser ses courgettes pour quelque raison que ce soit.

- Maman, lui rappela Aline un matin, c'est aujourd'hui que tu dois juger les courgettes.

- En effet, reconnut la maman.

- J'ai oublié, dit Élisabeth. J'ai ramassé mes courgettes il y a deux jours pour les donner à madame Baudry.

- Cela n'a pas d'importance, dit doucement la maman. Allons tout de même voir.

Elles allèrent toutes les trois dans le jardin. La maman vint d'abord voir la raie d'Élisabeth. Elle se pencha et souleva quelques-unes des larges feuilles.

- Regarde, ma chérie, dit-elle joyeusement, les plantes se sont activées à faire de nouvelles petites courgettes. Elles sont juste bonnes à manger.

- Mais regarde les miennes! se vanta Aline. Regarde comme elles sont grosses! Elles sont cent fois plus grosses que celles d'Élisabeth.

- Peut-être, reconnut la maman. Mais est-ce qu'elles sont bonnes?

- Comment cela?

Aline regarda sa mère avec stupéfaction.

- Tes courgettes, Aline, ne sont pas bonnes parce qu'elles n'ont pas été cueillies au bon moment. Tu les as laissées grossir et durcir.

Aline prit un air embarrassé. Elle avait du mal à croire ce que lui disait sa mère.

- Cueillons-en, suggéra la maman, et je les préparerai. Puis vous pourrez juger par vous-mêmes.

Deux heures plus tard, la famille était réunie autour de la table pour le repas. Tout alla bien jusqu'à ce qu'Aline goûte ses courgettes. « C'est mauvais, dit-elle en faisant une grimace. Ce morceau est dur et le reste est amer. Donne-moi un peu des courgettes d'Élisabeth. »

Lorsqu'elle eut goûté celles d'Élisabeth, elle dit: « Les courgettes nous ont appris quelque chose! L'année prochaine, je distribuerai les miennes avec plaisir. »

« Nous sommes semblables aux pieds de courgettes, dit la maman en souriant. Plus nous donnons aux autres, plus nous nous développons et pouvons donner. Et si nous nous arrêtons de donner, nous devenons vieux et amers. Vous en souviendrez-vous, mes enfants? »

« Oui », promirent-elles.