Sybelle, un guide fidèle


Les frères de Joseph ne comprirent pas que c'était grâce à sa loyauté et à sa fidélité qu'ils avaient été préservés de la faim, quand la famine s'était fait sentir si durement. Nous voyons que ceux qui font le bien et sont fidèles à Dieu peuvent être assurés qu'îl ne les abandonnera jamais.

Notre histoire, aujourd'hui, ne nous parle pas d'un homme comme Joseph, qui sauva ses frères de la mort, mais d'un chien d'aveugle fidèle, qui sauva sa maîtresse d'un grand danger et probablement de la mort.

Je suis sûre que tous les garçons et les fillettes qui sont ici ont entendu parler des écoles spéciales qui forment les chiens d'aveugle. On y apprend aux chiens à conduire les personnes qui ont perdu la vue. Ces chiens sont souvent de beaux et forts bergers allemands. lls sont issus des plus belles et des meilleures chiennes et leur dressage commence dès leur enfance. Il faut de nombreuses semaines avant que l'on puisse compter sur eux et qu'ils arrivent à ne jamais se tromper dans leur manière de conduire des aveugles.

Les aveugles ont un sens du toucher très développé et généralement une ouïe très fine. La perte de la vue a pour conséquence une plus grande sensibilité des autres sens. Mais il est certaines choses que les aveugles sont dans l'impossibilité de faire, aussi les chiens sont dressés afin de servir d'yeux à ces infortunés. On leur passe un harnais spécial qui permet à leurs maîtres de les tenir. Ils savent qu'ils ne doivent pas avancer si leur maître n'est pas prêt ou s'il y a un danger.

Quand Marie-Line était toute petite, elle contracta une très grave maladie qui lui fit perdre la vue. Elle n'était encore qu'une fillette quand ses parents lui donnèrent une belle chienne d'aveugle, qui s'appelait Sybelle. Marie-Line aima Sybelle et se fia à elle pour traverser les rues ou pour se préserver de tout danger. Elle se servait de Sybelle pour remplacer ses yeux et, conduite par la chienne, elle pouvait se déplacer presque aussi bien que si elle jouissait de la vue.

Marie-Line se trouvait dans un grand hôtel. Soudain, le feu éclata à l'un des étages inférieurs. La maîtresse aveugle de Sybelle, qui avait sa chambre au onzième étage, avait repéré à l'avance l'endroit où se trouvait l'escalier de secours, comme on doit toujours le faire lorsqu'on se trouve dans un hôtel qu'on ne connaît pas. Elle avait appris par coeur le trajet qui la conduisait à cet escalier, puis était entrée dans sa chambre.

Très tôt, le matin, le signal d'alarme de l'hôtel se fit entendre. La jeune aveugle sauta de son lit, enfila rapidement une robe et mit son harnais à Sybelle.

Marie-Line ne put sentir la fumée quand elle ouvrit la porte du couloir, parce que la maladie qui lui avait fait perdre la vue lui avait aussi fait perdre l'odorat. Il n'y avait pourtant aucun doute que Sybelle la sentait. La jeune fille se rendait compte de sa présence à cause de la sensation de suffocation et de brûlure qu'elle ressentait à la gorge. La confiance qu'elle avait dans sa chienne était sans limites.

« Allons, ma fille, en avant », dit-elle, en flattant sa chienne. Sybelle trépigna un instant sur place, éternua, puis partit pour accomplir sa tâche. Elle suivait les directives que sa maîtresse lui donnait calmement et elles arrivèrent à l'entrée de l'escalier de secours. La panique avait saisi les clients de l'hôtel, mais il se trouva néanmoins quelqu'un pour aider la jeune fille à franchir la première marche de l'escalier. Marie-Line remercia puis dit: « Maintenant, Sybelle prendra soin de moi. » Et Sybelle la guida et lui fit descendre, marche après marche, tous les étages de l'escalier de secours.

Les personnes qui étaient en bas acclamèrent Sybelle et sa maîtresse quand elles atteignirent le trottoir; mais voici ce que Sybelle aurait dit, si elle avait pu parler: « Je n'ai rien fait d'extraordinaire. Nous, chiens d'aveugle, nous avons appris à guider nos maîtres et maîtresses, chaque jour, en toute sécurité, où qu'ils aillent. C'est notre travail. Un feu ne peut nous arrêter! » Mais des personnes qui n'étaient pas aveugles moururent dans l'incendie de cet hôtel.