La pièce magique de Régis


Les yeux bruns de Régis étincelaient de joie. Il allait gagner 2 F 50 en faisant des courses pour madame Brun. Il devait livrer les pains qu'elle avait fait cuire.

Le moniteur de l'École du Sabbat de Régis avait promis d'emmener sa classe en excursion dans les Pyrénées. D'autres classes de l'École du Sabbat avaient projeté de se joindre à eux. Régis avait besoin de 30 F pour payer ce voyage. Le moniteur avait demandé aux enfants de gagner eux-mêmes l'argent de la course, s'ils le pouvaient. Maintenant, Régis allait avoir déjà 2 F 50 et il était impatient de les gagner.

« Je dois 15 F à l'épicerie Thomas. Veux-tu prendre ces deux billets de 10 F et payer ma dette, en allant porter du pain aux Thomas? » dit madame Brun à Régis, tandis qu'elle lui remettait le pain qu'il devait livrer.

« Je le ferai avec plaisir », lui dit-il avec empressement, en prenant les billets et en les mettant soigneusement au fond de sa poche pour ne pas les perdre.

Il se dirigeait à grands pas vers l'épicerie lorsque madame Brun le rappela. « Mon fils Robert livrera le pain les fois suivantes, dit-elle. Il revient demain de chez sa grand-mère. Je ne voulais pas te laisser croire que j'avais l'intention de continuer à te déranger avec ce pain. »

« Vous ne me dérangez pas du tout. Faites-moi savoir quand je peux vous être utile », dit Régis, et il partit pour livrer les pains. Mais la déception assombrit ses yeux.

« Comment pourrai-je gagner encore 27 F 50? se demandait-il. Ma livraison de pains ne m'a pas procuré d'argent! » Il essaya de plaisanter, mais il ne réussit pas à en retirer une satisfaction.

Régis livra les pains. Puis il alla payer l'épicier.

« Cela ne te fait-il rien que je te rende la monnaie en pièces? » demanda M. Thomas tandis qu'il prenait les deux billets de 10 F.

« Les pièces sont aussi de l'argent. Elles peuvent payer aussi bien que les billets. C'est ce que Papa dit toujours », répondit Régis en plaisantant.

Quand le marchand lui eut rendu la monnaie, Régis vit qu'il avait reçu vingt centimes de trop. « Cela fera vingt centimes de plus pour mon voyage dans les Pyrénées », se dit-il.

Il sortit du magasin et prit ta direction de sa maison. Il savait que ce n'était pas bien de garder la pièce. Bientôt, il ralentit son allure. Continuellement lui revenait la pensée qu'il devait faire immédiatement demi-tour et rendre l'argent à son propriétaire.

« M. Thomas ne s'en apercevra jamais. Cette simple petite pièce ne peut ni le léser ni l'aider beaucoup. J'en ai davantage besoin que lui - se disait Régis en lui-même. Néanmoins, il savait qu'il n'agissait pas bien et il n'était pas heureux.

Malgré son trouble, le garçonnet continuait à avancer. Maintenant, il allait tout doucement. Il admira des roses qui poussaient contre un treillis chez madame Blévin. Elles semblaient pures et parfaites. Une petite voix en lui-même disait à Régis qu'il n'était pas pur comme les roses, qu'il ne pourrait pas l'être tant qu'il garderait la pièce.

Régis regarda une autre rose. Une petite chenille était en train de manger les beaux pétales de la fleur. Dans une troisième rose, il vit une chenille beaucoup plus grosse. Celle-ci détruisait la fleur plus rapidement que la petite sur la première fleur.

« Maman dit que le péché ruine la vie de la même manière, pensa Régis. Les petits péchés ou les gros péchés chasseront la beauté de nos vies comme les chenilles détruisent la beauté des fleurs. » Plus Régis y songeait, plus il était persuadé que la pièce reçue en trop serait comme une chenille dans sa vie, et il ne voulait pas que son caractère soit détruit de la même façon que la chenille avait détruit la beauté de la rose.

Il fit bientôt demi-tour et courut vers le magasin. « Vous m'avez donné une pièce de trop, dit-il, hors d'haleine. La voilà. Elle n'est pas à moi, elle est à vous », ajouta Régis, en se sentant soulagé.

En prenant la pièce, M. Thomas dit: « Régis, voudrais-tu faire quelques livraisons d'épicerie? M. Lavorel livrera les commandes les plus importantes ainsi que celles des clients les plus éloignés. Tu peux livrer les petites commandes aux alentours du magasin et celles qu'il t'est possible de mettre dans le grand panier qui est sur ta bicyclette. Je crois que tu es le genre de garçon que nous recherchons. Tu as prouvé que tu étais réfléchi et honnête en me rapportant cette pièce. Je m'en suis servi pour t'éprouver », lui dit le commerçant en lui tapant sur l'épaule.

En pensant à cette récompense inespérée pour son honnêteté, Régis avait de la peine à contenir sa joie.

« Quand voulez-vous que je commence? » demanda-t-il joyeusement à M. Thomas.

« Maintenant. Voici une commande pour ta famille. Fais une surprise à ta maman en lui livrant sa commande », suggéra le commerçant.

Régis partit comme un éclair. « C'était une pièce magique. Elle deviendra des billets qui paieront mon voyage à la montagne », se dit-il en riant tout bas.