Un lion dans la nuit


Tommy habitait une station missionnaire en Afrique, au milieu de huttes indigènes. Son père et sa mère consacraient tout leur temps à parler de Jésus et de son grand amour. Souvent, Tommy les accompagnait quand ils se rendaient dans la brousse pour tenir des réunions évangéliques. Il comprenait le grand besoin de ces gens. Il apprenait à les aimer. Aussi, quand il voyait son père sortir la voiture, il se précipitait toujours vers lui en lui demandant la permission de l'accompagner. Mais un jour, son papa répondit:

- Je regrette, Tommy, pas cette fois-ci. Je dois me rendre à l'hôpital du gouvernement pour rendre visite à la femme de notre charpentier. Tu sais qu'elle est très malade. Je serai bientôt de retour et après souper nous préparerons ensemble du pop-corn, puis je te raconterai ma visite.

Le papa partit donc pour l'hôpital, mais, quand il revint, ce fut une bien triste histoire qu'il raconta à son petit garçon:

« Ceci est arrivé la nuit dernière, dans le village de Chimala, à environ 90 km d'ici. La nuit était froide, aussi, après le souper, Undilido fut envoyé au-dehors pour chercher du bois. Un feu était allumé au centre de la hutte et il fallait que ce feu brûle toute la nuit. Tu sais que ces gens dorment sans couverture, sur une mince natte de paille. Quand il fait froid, ils ont beaucoup de mal à se réchauffer. Ils allèrent se coucher tôt, le petit Undilido dans son coin, près du mur de boue séchée, et ses parents de l'autre côté du feu.

» Non loin de là, une bande de lions, qui avaient dormi tout le jour comme font les chats - tu sais qu'ils appartiennent à la même famille - se mirent en quête de nourriture. Il faut dire que tous les lions ne sont pas mangeurs d'hommes. La plupart se contentent de voler le bétail dans les villages ou de chasser des animaux plus faibles qu'eux. Mais les lions qui vivaient dans ce secteur étaient tous des mangeurs d'hommes.

» Quand ils passèrent près du village où vivaient Undilido et sa famille, l'un de ces lions décida que les autres pouvaient aller chercher plus loin. Quant à lui, il tenterait sa chance ici-même. Il tourna en flairant autour de la hutte où ces pauvres gens dormaient. C'était bien téméraire de sa part, et il est rare que les lions prennent tant de risques. Ayant senti l'endroit où le petit garçon reposait, il commença silencieusement à se frayer un chemin à travers le mur.

» Un étrange grattement éveilla la maman. Elle se leva, regarda autour d'elle ce qui pouvait causer ce bruit, mais tout semblait tranquille. Pensant qu'elle avait rêvé, elle décida de se recoucher. Pourtant, comme le feu allait s'éteindre, elle sortit rapidement pour chercher un peu de bois, tout à fait ignorante du danger qu'elle courait ainsi. Elle rentra, plaça le bois sur les braises et se rendormit.

» Voyant que tout était redevenu tranquille, le lion se remit au travail. Plus il creusait, mieux il sentait les effluves venant de l'intérieur et plus il était en appétit. Enfin le trou fut assez grand pour qu'll pût y passer la tête et les pattes de devant.

» Soudain, un cri de terreur retentit. La mère s'éveilla. Voyant qu'un lion se saisissait de son petit garçon et essayait de l'attirer à travers l'ouverture, elle se jeta sur l'enfant, l'attrapa par la taille et se mit à tirer de toutes ses forces. C'était une bataille perdue d'avance, car la force d'une femme ne peut se comparer à celle d'un lion.

» Le père d'Undilido saisit sa lance et, comme un forcené, sortit de la hutte. Courageusement, il essaya de lutter contre le fauve. En effet, le lion lâcha prise et le garçon fut sauvé, mais dans quel état il se trouvait! Undilido souffrait horriblement et pleurait à chaudes larmes. Le lendemain matin, sa mère se mit en devoir de l'emmener à l'hôpital, situé à cent vingt kilomètres. Mais comme elle ne disposait d'aucun moyen de locomotion, elle dut le porter sur son dos. Elle marcha ainsi toute la journée. Finalement, dans fa soirée, alors qu'elle avait l'impression qu'elle ne pourrait pas aller plus loin, un camion passa sur la route. Lorsqu'il la vit, le conducteur s'arrêta, la fit monter dans le véhicule et la conduisit aussi vite que possible à l'hôpital. Je te signale, en passant, que ce n'était pas un hôpital chrétien, Tommy.

» À son arrivée, elle constata que le docteur avait beaucoup bu et se montrait indifférent à la souffrance de son fils. La nuit était venue et il ne voulait pas se déranger. Bien que le jeune garçon souffrît depuis vingt heures et que son état nécessitât des soins urgents, il lui faudrait attendre jusqu'au matin, s'il vivait encore, pour qu'on s'occupe de lui.

» Voici comment j'appris cette histoire: Tandis que je parlai avec la femme de notre charpentier, on fit entrer le garçonnet. Il souffrait tellement qu'il pleurait à fendre l'âme. Après avoir parlé à la mère, je m'agenouillai à côté du lit d'Undilido et priai Jésus, qui guérit tant de malades quand il était sur cette terre, de veiller sur ce petit garçon et de lui accorder du soulagement et du repos pendant la nuit. La mère me remercia, les larmes aux yeux et, tandis qu'il se calmait pour la première fois, elle poussa un soupir de soulagement.

» Oh! combien nous avons besoin d'un plus grand nombre d'hôpitaux et de dispensaires sur nos stations missionnaires pour donner aux autochtones les soins dont ils ont tellement besoin et leur parler de Jésus qui les aime et désire apporter la paix et le bonheur dans leurs vies! »

C'est en réfléchissant profondément que Tommy alla se coucher, ce soir-là. Il pensait aux longues distances qu'il fallait parcourir pour recevoir un secours, qui parfois était refusé. « Un jouir, se dit-il, je deviendrai médecin et je contribuerai à fonder davantage d'hôpitaux et de dispensaires pour les Africains. »