Bibles contre canons


Pour que la Bible puisse être répandue partout, apportant la lumière à la multitude, certains hommes ont dû peiner longtemps, faire preuve de beaucoup de fidélité, supporter même la persécution. Aujourd'hui, dans notre pays, il est facile de se procurer une Bible. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

L'Amérique était déchirée par une horrible guerre civile. Le Sud se battait contre le Nord, et on se demandait s'il y aurait deux gouvernements ou si l'union subsisterait au sein de la grande nation. Pendant quatre années, les combats s'étaient poursuivis et les conséquences de cette lutte se faisaient durement sentir dans le pays. En particulier, il était presque impossible de trouver des Bibles. Beaucoup d'entre elles avalent été perdues, brûlées, détruites d'une façon ou d'une autre. Comme les imprimeries ne pouvaient se procurer ni ouvriers ni papier, il n'était plus question d'en éditer.

Pourtant, les soldats auraient eu bien besoin de cette précieuse parole. Car un grand nombre étaient hospitalisés par suite de blessures ou de maladie, ou se trouvaient enfermés dans des camps.

Un vaillant pasteur de Virginie, M. Hoge, voyait tout cela. Et il savait que le seul moyen de se procurer cette précieuse Bible, c'était d'aller la chercher en Angleterre où elle était imprimée. Entreprise impossible, désespérée! En effet, les États du Nord avaient placé des canonnières en sentinelles devant tous les ports du Sud. Ces canonnières coulaient les bateaux essayant d'entrer dans ces ports ou d'en sortir. Ceci afin d'empêcher le Sud d'échanger son coton, ou autres produits, contre des armes ou des munitions.

- Et pourtant, il faut absolument que ces hommes aient la Blble, disait M. Hoge.

- Comment pourriez-vous la leur procurer? demandaient ses amis.

Oubliez-vous le blocus?

- Je passerai au travers en me confiant au Seigneur, qui m'aidera à triompher, répliquait-il plein de foi et de courage.

Pour se frayer un passage, il fallait quitter secrètement le port en bateau, naviguer en pleine nuit, toutes lumières éteintes, et s'éloigner sans avoir éveillé l'attention des vigilantes sentinelles. M. Hoge en prit le risque et commença ses préparatifs. Il ne confia à personne le nom du port d'où il pensait s'échapper. Personne ne devait connaître non plus la date de son départ. Ce fut au début du mois de mars, un jour où la mer était agitée et les nuages menaçants, qu'il entreprit son voyage.

Par une nuit très obscure, son voilier s'éloigna silencieusement des quais. Aucune lumière à bord. L'équipage respectait scrupuleusement les consignes. Très vite le vent se leva, les vagues se creusèrent, rendant la navigation périlleuse. Mais ceci voulait dire que les canonniers étaient eux aussi occupés à de difficiles manoeuvres. Le voilier louvoyait dans la tempête, s'efforçant d'éviter le dangereux voisinage des ennemis. Quelle joie pour tous, quand, aux premières lueurs de l'aube, ils virent disparaître derrière eux, à l'horizon, la passe où veillaient les canons!

Mais ce n'était qu'une étape du voyage. Il fallait se procurer les Bibles et les ramener en Amérique. M. Hoge était un homme de foi et il avait déjà accompli bien des exploits difficiles. Il s'adressa à différentes sociétés bibliques, leur exposa le grand besoin des soldats et obtint dix mille Bibles et cinquante mille Nouveaux Testaments. Plein de joie, il remercia Dieu et dressa immédiatement ses plans de retour.

Il avait presque de quoi remplir son bateau, mais de ces précieux volumes aucun ne devait se perdre. Sans révéler l'endroit où il se rendait, il fit son chargement et mit le cap sur Wilmington, en Caroline du Nord. Malheureusement, il ne put atteindre ce port pendant la nuit. Il lui faudrait donc affronter les redoutables canonnières.

La veille de ce jour fatidique, le temps était clair et beau. On était en vue du port quand tout à coup l'équipage aperçut les bateaux ennemis se dirigeant sur leur voilier. Les canonniers chargeaient déjà leurs engins de mort. Le danger était imminent. Mais, plein de détermination, M. Hoge demanda que l'on avance le plus rapidement possible, priant le Seigneur de leur épargner tout désastre. Les obus commencèrent à tomber autour d'eux; le voilier força hardiment sa vitesse et peu à peu se trouva hors de la portée des lourds navires. Alors, comme l'équipage reprenait espoir, le bateau heurta un banc de sable. Par bonheur, les vagues, qui étaient hautes, le soulevèrent et lui permirent de continuer sa route et d'atteindre son port d'attache. Quelle joie de débarquer sain et sauf avec une cargaison intacte! M. Hoge put ainsi offrir la Bible à plusieurs chefs militaires, en particulier au général Robert E. Lee, le célèbre héros du Sud. Certains de ces personnages importants en furent si reconnaissants qu'ils envoyèrent de l'argent au vaillant pasteur pour l'aider dans son oeuvre salutaire.

Ainsi nous voyons combien les hommes de foi peuvent accomplir de grandes choses pour Dieu, même en des temps troublés.