En le contemplant


« Viens, Nthanda, nous voulons aller à l'École du Sabbat aujourd'hui », dit une maman africaine à sa petite fille.

Nthanda venait de s'éveiller. Elle s'assit sur sa natte et demanda, surprise:

- Où est l'École du Sabbat?

- C'est loin. Il faut grimper la colline, traverser la rivière . Je l'ai entendu dire hier quand j'étais au marché. À cette École du Sabbat, il paraît que l'on donne de jolies images. Vite, ma petite fille, dépêchons-nous d'y aller.

Nthanda roula sa natte et la mit dans un coin. Elle drapa autour d'elle le morceau de tissu qui l'avait couverte pendant la nuit, et se trouva prête à partir!

La maman plaça dans un morceau de chiffon sale deux morceaux de sucre de canne et une poignée de blé. Puis, la main dans la main, elles se mirent en route. Le sentier de la colline était bien rude pour les sept ans de la petite fille, mais la maman la tirait par la main, et il fallait grimper.

Nthanda allait bravement, pensant à l'image qu'elle tiendrait dans sa main au retour. Dans la hutte d'une voisine, elle avait vu un découpage de magazine, et quoiqu'il fût sale et déchiré, elle l'avait trouvé très beau. Peut-être aurait-elle aussi une image comme celle-là!

Enfin, elles entendirent chanter. Ce n'étaient pas du tout les rythmes auxquels elles étaient habituées pour les avoir entendus aux fêtes du village. Bientôt elles atteignirent une clairière où se dressait une hutte servant de chapelle. Elle était pleine, et Nthanda recula, gênée, en voyant des fillettes de son âge circuler, proprement vêtues et bien peignées. Sa chevelure à elle, elle le savait, était tout emmêlée et plus ou moins terreuse.

- Viens, viens, lui dit sa mère. Regarde!

Elle l'obligea à s'asseoir et désigna, dans le fond de la chapelle, l'image d'un homme. Il se tenait devant une porte, il frappait et écoutait, attendant qu'on lui dise « Entrez! » Oh! comme il avait l'air bon!

Nthanda se tenait toute droite, ne pouvant détacher ses yeux de l'image. Si cet homme était venu à sa porte, elle ne l'aurait pas fait attendre. Elle aurait ouvert tout de suite!

- Mais que peut-il bien vouloir? se demandait-elle.

Elle n'entendit ni les chants, ni la prière, ni la prédication.

Elle regardait l'homme. Soudain, quelqu'un mit dans sa main une carte. Elle tressaillit. C'était la même image, en plus petite.

Elle emporta son trésor à la maison, et le contemplait plusieurs fois par jour. Elle en vint à vouloir ressembler à cet homme si beau et si bon. Elle désira être propre, avoir les cheveux bien peignés. D'un morceau de bois elle fit un peigne avec lequel elle nettoyait sa chevelure crêpée.

Chaque semaine, elle attendait avec impatience le moment de partir pour l'École du Sabbat. Elle tressaillait de joie en recevant chaque fois son image, et cherchait une place sûre dans sa pauvre hutte pour y étaler sa collection merveilleuse.

Quand elle entendit parler de l'école missionnaire, elle supplia son père de l'y laisser aller.

- Non, répondit-il, il y a trop de travail dans le jardin.

- Et si je travaille au jardin d'abord, je pourrai y aller?

- Si tu as été courageuse, oui.

Elle était heureuse. Elle avait son plan.

Tôt le matin, elle quitta la hutte et alla au jardin. Elle y bina les longues rangées de blé africain. À l'aide d'une jarre, elle alla puiser de l'eau au ruisseau et arrosa. Puis elle lava sa figure, peignit ses cheveux et se rendit à l'école de la mission. Mais quand elle revint, son père l'interpella.

- Ah! paresseuse! Il y a du blé à moudre!

Alors elle prit le panier contenant le blé, se rendit derrière la hutte où se trouvait la souche creuse dans laquelle on écrasait le blé, et pilonna, pilonna, jusqu'à ce que le grain fût devenu de la fine farine. Puis elle souilla pour éliminer le son. C'était très fatigant.

Mais elle fit ainsi chaque jour. Le matin, elle travaillait au jardin, très tôt, puis en revenant de l'école elle s'occupait du blé. Comme elle était heureuse d'apprendre à lire et à écrire! Et surtout, surtout, elle entendait parler de cet homme si bon auquel elle voulait ressembler. Elle apprit qu'il s'appelait Jésus, et qu'il frappait à la porte de son coeur, parce qu'il voulait entrer. Son père et sa mère, grâce à elle, acceptèrent aussi Jésus pour leur Sauveur.

Nthanda conserve toujours ses images, quoiqu'elles soient maintenant jaunies et abîmées. Mais, mieux que sur un mur, elle a Jésus dans son coeur.