Il en manque deux


Éric regardait tristement son ballon. Vraiment, il était dans un état ! Le prochain coup de pied le mettrait en pièces!

- Maman, dit-il, j'aurais besoin d'un nouveau ballon. Regarde!

- C'est vrai, mon chéri, tu as raison. Mais vraiment, ce mois-ci, je ne puis faire cette dépense. Il te faut attendre le mois prochain.

- Le mois prochain! ô maman! Alors, d'ici là, je ne pourrai plus jouer!

- Pourquoi n'essaies-tu pas de gagner de l'argent?

- En ce moment, j'en ai besoin pour le Fonds de placement.

- C'est vrai, j'oubliais. Qu'allons-nous faire? Ah! j'ai une idée. Avec les timbres qui se trouvent sur les boîtes de lait, on peut recevoir des cadeaux. Il me semble avoir vu un ballon. Regarde la réclame. Le dépliant est dans le tiroir du buffet.

- Je l'ai, maman, s'écria Éric au bout d'un moment. Et je peux avoir un ballon pour cent quatre-vingts timbres! Combien en as-tu?

- Compte-les. Ils sont dans la boîte fleurie.

Éric atteignit la boîte et, le coeur battant, se mit à compter les timbres. Il fallait les envoyer si possible par paquets de cent.

Il prit une enveloppe, et y inséra la première centaine. Mais la deuxième ne serait évidemment pas complète. Il en manquerait combien pour faire le total souhaité?

Il fit des paquets de dix. Quand il en eut sept, la boîte était presque vide! Il compta un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit... Il en manquait deux!

-Y en a-t-il assez, Éric? demanda la maman. Il ne répondit pas tout de suite. Il réfléchissait.

- Je crois, dit-il enfin.

Il chercha partout. Deux timbres, et il aurait son ballon! Mais il eut beau fouiller tiroirs et étagères, il ne trouva plus rien.

- Tant pis, il faudra que je m'arrange, soupira-t-il. Ils ne s'apercevront pas qu'il en manque deux. Ou bien?

- Maman, est-ce qu'ils comptent tous les timbres avant d'envoyer le cadeau?

- Je n'en sais rien, dit la maman. Je suppose qu'ils font confiance à leurs clients. Pourquoi?

- Oh! je me demandais seulement s'ils m'enverraient mon ballon au cas où je me serais trompé en comptant.

- Tout de même, Éric, je suppose qu'un grand garçon comme toi est capable de compter correctement!

Sur l'enveloppe contenant cent timbres, il écrivit en gros chiffres le nombre cent. Dans une seconde enveloppe, il mit les soixante-dix-huit restants, et écrivit: quatre-vingts. Il en était très mal à l'aise. Ce n'était pas « correct » du tout, mais il avait un tel besoin de ce ballon!

- Les coupons sont prêts, maman, dit-il. Voudrais-tu écrire la lettre? Je ne sais pas quoi dire.

- D'accord. Je suppose que tu voudrais que ta lettre parte à la levée du soir?

- Oh! oui, bien sûr. As-tu des timbres?

- Dans le tiroir du bureau. Va vite les chercher.

Tâchant de ne pas trop réfléchir, Éric alla poster son envoi.

Dans quelques jours, sûrement, il aurait son ballon!

Mais le soir, au moment de faire sa prière, il se sentit troublé.

Il ouvrit la bouche pour dire: « Cher Jésus... », mais rien ne pouvait sortir. Les seuls mots qui lui venaient à l'esprit étaient ceux-ci: « Il en manque deux. » Finalement il grimpa sur son lit et se mit sous les couvertures, mais qu'il eut de peine à s'endormir! Il voyait constamment des gens occupés à compter ses timbres. Ils s'apercevaient qu'il les avait volés, et qu'il avait menti, puisqu'il avait écrit en grand: quatre-vingts sur l'enveloppe. Il regretta sincèrement sa mauvaise action. Mais maintenant, c'était trop tard!

Le lendemain, il prit son petit déjeuner en silence. Car sa résolution était prise. Il devait acheter deux boîtes de lait - maman en avait d'avance, mais cela se conserve - et il enverrait rapidement les deux timbres qui se trouvaient dessus avec une lettre d'explication. Ainsi il pourrait faire sa prière en paix et dormir tranquille!

- Éric, mange, cesse de rêver.

Il avala son bol de chocolat et quitta rapidement la table, car il venait d'avoir une idée! Pour acheter deux boîtes de lait, il lui fallait de l'argent. Eh bien, il vendrait sa jolie petite tortue à Christian qui la lui avait si souvent demandée!

- Que vas-tu donc faire de ta tortue, Éric?

- Oh, j'ai envie de l'emmener à l'école.

- Mais qu'est-ce que... Éric était déjà parti!

Il revint avec deux boîtes de lait.

- Mais enfin, Éric, qu'est-ce qui te prend? J'ai un tas de lait d'avance! As-tu appris que nous serons bientôt en guerre?

Le garçon n'y tint plus. Il vint près de sa maman et lui raconta toute l'histoire.

- je n'aurais plus eu une minute de tranquillité, maman. Je vais envoyer les timbres et écrire la lettre moi-même!

- C'est agir en homme, dit la maman émue. Et en chrétien.

Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes.