La chute de Maxime


- Oh! Je me demande si je ne vais pas avoir une angine! grogna Maxime. Je ne peux presque pas avaler ce jus d'orange.

- Tes joues sont bien rouges, dit la maman. Tu dois avoir un peu de fièvre. Tu n'iras pas à l'école aujourd'hui.

- Mais je dois aller à l'école! Je suis le seul qui puisse écrire au tableau les jeux que nous avons à choisir.

- Pourtant n'importe qui peut le faire, il me semble, dit la maman.

- Non, personne. Je suis celui qui écrit le mieux de toute la classe. Les autres peuvent lire mon écriture, parce qu'elle est parfaite.

- Bien, bien, dit la maman. Comment se fait-il que personne n'ait appris à écrire?

- Oh! ils peuvent écrire, bien sûr! Mais pas aussi bien que moi!

- Eh bien! ils devront apprendre à faire mieux, dit la maman d'un ton décidé, parce que, maintenant, tu vas te gargariser avec ce médicament.

Maxime était désolé. Il pensait justement au concours qui devait avoir lieu le matin même en classe de calcul. Une heure plus tard, il appela:

- Maman! Ma gorge va beaucoup mieux. Je voudrais aller à l'école parce qu'il y aura un concours de calcul.

Tu dois de toute façon rester encore une heure, déclara la maman.

- Alors les garçons ne battront pas les filles, geignit Maxime.

Chaque vendredi nous avons un concours de calcul, et c'est grâce à moi que les garçons gagnent toujours. Je suis le plus fort en arithmétique.

- J'ai l'impression que tu te fais des idées, Maxime.

- Non maman. Je t'assure que je suis le meilleur. D'ailleurs jusqu'ici personne n'a jamais obtenu cent points. Il n'y a que moi.

Est-ce que je pourrai aller à l'École du Sabbat demain ? ajouta-t-il.

- Si tu es tout à fait bien, tu pourras y aller. Ce grand désir t'honore. Mais peut-être as-tu peur qu'ils ne se débrouillent pas très bien sans toi.

- Oh! ils auront du mal à s'en tirer! répondit vivement Maxime. J'aide la monitrice à trouver les nouvelles images qu'elle accroche au mur, et puis pour un tas de petites choses.

- C'est très bien, dit la maman, mais je suis sûre que n'importe quel enfant sera heureux de le faire.

- Ils auront beaucoup de mal à trouver les gravures, dit Maxime, parce qu'ils ne savent pas bien lire les titres. C'est moi qui lis le mieux, la monitrice le sait bien.

- Je crains qu'un jour prochain tu ne fasses une rude chute, mon garçon, dit la maman en lui mettant des gouttes dans le nez.

Maxime ne répondit rien, parce que dans cette position ce n'était pas facile, mais il fut très intrigué. De quelle chute sa maman voulait-elle parler?

Le lendemain matin, le garçon avait encore de la fièvre et son nez coulait comme une fontaine.

- Je ne vais pas pouvoir aller à l'École du Sabbat! gémit-il.

- Non, mais tu iras sabbat prochain. Tu ne voudrais pas distribuer tes microbes à tous tes camarades?

- Je me demande comment ils vont faire! ajouta-t-il, soucieux.

- Je suis persuadée que tout ira très bien, dit la maman d'un ton rassurant.

Personne ne vint le voir, car la maman avait prévenu ses camarades qu'il avait une petite grippe. Mais le lundi soir, il demanda à téléphoner pour savoir qui avait gagné le concours de calcul.

- Fais-le, si tu ne peux attendre demain, dit sa mère. Demande aussi qui a écrit la liste des jeux au tableau.

Quand Maxime revint trouver sa mère dans la cuisine, il paraissait si abattu qu'elle se demanda ce qui avait bien pu lui arriver. Il ne desserra pas les dents jusqu'à ce qu'elle lui ait demandé qui avait gagné le concours.

- Ce sont les garçons, dit-il. Tom et Frédéric ont obtenu cent points. Mais pas une des filles.

La maman sourit, et demanda encore:

- Qui a écrit les jeux au tableau?

- Sophie. La maîtresse a dit qu'elle écrit de mieux en mieux.

Je crois que bientôt ils n'auront même plus besoin de moi. Je suppose que quelqu'un a aussi lu les titres des nouvelles images, à l'École du Sabbat.

- C'est très probable, dit la maman. Viens près de moi, mon fils, ajouta-t-elle.

Elle entoura ses épaules de son bras.

- Écoute-moi bien. Il faut que tu apprennes une chose: Si bien que tu fasses quelque chose, un autre le fera aussi bien que toi. Il est dit dans les proverbes: « L'orgueil précède la chute. » Quand nous sommes trop fiers de nous-mêmes, il arrive toujours quelque chose qui nous remet à notre place.

- C'est pourquoi tu parlais d'une chute? dit Maxime. Je n'avais pas compris ce que tu voulais dire. C'est vrai, je suis tombé, n'est-ce pas?

- Oui, mais tu vas te relever en te disant qu'il vaut beaucoup mieux travailler dans un esprit d'équipe que de vouloir éblouir ses camarades.

- Alors demain j'aiderai Jackie à faire ses problèmes pour qu'il puisse avoir cent points, lui aussi.