Qui aura le perroquet


C'était une vieille petite grand-mère qui vivait dans une vieille petite maison. Sous sa tonnelle était suspendue une cage rouge dans laquelle caquetait un perroquet vert et jaune.

Un jour, trois jeunes filles, Alice, Betty et Catherine, passèrent devant la maison et la vieille dame leur dit:

- Fillettes, n'avez-vous pas envie d'un perroquet? J'ai celui-ci depuis des années, et je suis fatiguée de son caquet.

- Donnez-le-moi, grand-mère, s'écria Alice.

- Je le veux aussi! protesta Betty.

- Comme j'aimerais avoir ce perroquet! dit Catherine.

- Bien, bien, bien, dit la vieille petite dame, je n'ai que celui-là, et vous le voulez toutes les trois! Venez, asseyez-vous un moment, nous allons réfléchir à la chose.

Elle resta silencieuse, puis déclara:

- Chacune de vous le gardera une semaine. Et pendant cette semaine-là, elle devra lui apprendre un ou deux mots nouveaux. Vous, jeune fille, dit-elle en désignant Alice, vous lui apprendrez à dire: « Bonjour! » Vous (elle s'adressait à Betty) ce sera: « Bon après-midi! » Et vous (c'était Catherine), vous lui apprendrez à dire: « Bonsoir! » Au bout des trois semaines, vous m'apporterez le perroquet, et je déciderai à qui il doit appartenir.

Alice s'empara de la cage rouge et, en arrivant chez elle, la suspendit dans le salon. Chaque jour, elle s'asseyait près du perroquet pour lui répéter: Bonjour, bonjour, bonjour! Il avait du mal à apprendre, et Alice passait tant de temps près de lui qu'elle en négligeait ses travaux habituels. Quand sa mère l'appelait, elle répondait: « Pas encore, attends un moment! » et elle continuait à parler au perroquet. A la fin de la semaine, celui-ci sut enfin dire: « Bonjour! » et Alice en fut enchantée.

Et puis ce fut le tour de Betty. Elle suspendit la cage au grenier où elle pouvait être seule tout le jour avec l'oiseau. Quand sa mère l'appelait, elle criait du haut de l'escalier : « Ne me dérange donc pas toujours! » Au bout de la semaine, l'oiseau savait très bien dire: « Bon après-midi! » Elle en fut ravie.

Quand Catherine emporta chez elle le perroquet, elle suspendit la cage dans la cuisine, de sorte qu'elle pouvait lui parler tout en lavant la vaisselle et en balayant. Souvent, elle s'asseyait près de la cage et parlait avec l'amusant oiseau, mais quand sa grand-mère l'appelait elle répondait : « Je viens, Mamie. »

Les trois semaines finirent enfin. Les fillettes prirent la cage, et la rapportèrent à la vieille petite dame, qui la posa au milieu de la table. Puis tout le monde s'assit en attendant la décision. Le perroquet grimpa au haut de sa cage, regarda à la ronde et cria: « Bonjour! Bon après-midi! Bonsoir! »

- Oh! dit la bonne petite grand-mère, comment savoir à qui le donner? Et elle eut un sourire malicieux.

Soudain elle appela : « Alice! Alice! » tout comme une maman appelle sa fillette. Mais sa voix s'était à peine éteinte que le perroquet répondait: « Pas encore! Attends un moment! »

- Je me demande où il a bien pu apprendre cela, dit la rusée petite dame, en regardant de coin la jeune fille, qui rougit.

Puis, de la même façon, elle appela: « Betty! Betty! » Et le perroquet répondit: « Ne me dérange donc pas toujours! » d'une voix impatiente. Mais quand la vieille dame appela: « Catherine! Catherine! » l'oiseau répondit en faisant aussi douce que possible sa voix métallique: « Je viens, Mamie! »

- Oh! c'est l'oiseau le plus étonnant que j'aie jamais vu! s'écria Alice. Comme je voudrais l'avoir!

Mais l'oiseau répondit: « Pas encore! Attends un moment! » - C'est avec moi que tu viendras, n'est-ce pas, perroquet chéri? dit alors Betty.

- Ne me dérange pas! dit l'oiseau aigrement.

- Je voudrais pouvoir le garder toujours à la maison, murmura Catherine.

La petite dame sourit, le perroquet battit des ailes et dit de sa voix la plus douce:

- Je viens, Mamie!

- Vous voyez, dit la petite dame, il est très malin et vous a répondu avec vos propres paroles. Ainsi, Catherine, tu peux le prendre.

- Ah! Ah! Ah! dit le perroquet en éclatant de rire. Il battit des ailes gaiement tandis que Catherine passait sa main dans l'anneau de la cage rouge.