Près d'un aéroport


Maman était tranquillement assise à son bureau, occupée à écrire une lettre, quand soudain la porte s'ouvrit et Laurette entra en coup de vent. Elle avait tant d'énergie à dépenser qu'elle semblait toujours vivre dans un tourbillon, et il fallait constamment essayer de la calmer. Cette fois, dans son élan, elle glissa sur le petit tapis de l'entrée presque jusqu'au milieu de la pièce, perdit l'équilibre et tomba.

- Eh bien! lui dit sa mère, as-tu fait un joli voyage sur ton tapis volant?

Laurette, tout en frottant son genou meurtri, accepta le jeu et répondit:

- Oh! oui, maman, je reviens de chez Mamie, et je me suis bien amusée! Puis, redevenant sérieuse:

- Te voudrais bien y aller réellement, tu sais. Mais elle habite si loin maintenant!

- Ma chérie, tant que ton père sera pilote, nous pourrons y aller quand nous voudrons. J'écrivais justement à tes grands-parents pour en discuter avec eux. Est-ce que tu n'écriras pas toi aussi un petit mot?

Mais les pensées de Laurette avaient déjà pris un autre tour.

- J'ai hâte que papa ne soit plus pilote militaire, maman.

Toujours habiter sur une base, comme c'est ennuyeux. Simone m'écrit que dans sa ferme elle a son petit poney, des chèvres, des montons, et des tas de petits poussins. Oh! que j'aimerais habiter une ferme!

- Bien sûr, nous n'aurions pas la place de loger ici tant de bêtes. Mais tu as quand même ton joli perroquet bleu, Jacquot, et Fripon, ton petit chat.

- Je sais, maman, mais tu comprends que ce n'est pas la même chose. Ce doit être formidable d'avoir un poney qui s'appelle Princesse. Qu'est-ce que j'ai comme chevaux, moi? Juste ces gros monstres, avec des ailes, dit-elle en montrant du doigt les avions que l'on apercevait au loin.

La maman réfléchit un peu.

- As-tu pensé, dit-elle enfin, que peut-être Simone aimerait changer de place avec toi? Elle aime tellement les avions! Elle a demandé à sa maman de pouvoir passer quelques jours ici, rien que pour les voir décoller et atterrir. Écoute, je vais te raconter une histoire.

« Il y avait un jour un petit garçon bien heureux chez ses parents. Dieu l'avait béni de toutes sortes de façons, mais il ne s'en rendait pas du tout compte. Tous les matins il pouvait apercevoir, au loin sur une colline, une sorte de château dont les fenêtres lui paraissaient en or. Oh! se disait-il, si je pouvais vivre dans une demeure comme celle-là, comme je serais heureux!

» Un jour, n'y tenant plus, il se mit en route vers la colline. Quand il y arriva, bien fatigué, après plusieurs heures de marche, il se rendit compte que ce n'était pas un château du tout, et que les fenêtres étaient tout ordinaires. Il en fut très désappointé. L'après-midi était bien avancé, et il reprit très vite le chemin de sa maison. En regardant au loin, il l'aperçut à un tournant, et il en resta stupéfait. Comme elle était jolie, blanche avec ses volets verts, son toit de tuiles rouges, et les arbres autour qui l'entouraient coquettement. Le soleil baissait à l'horizon, et ses rayons illuminèrent bientôt les fenêtres. Alors elles resplendirent comme de l'or!

» Le petit garçon arriva très tard chez lui et fut grondé de son escapade. Mais il avait appris une leçon. Il savait maintenant que les choses ne sont pas toujours réellement ce qu'elles paraissent, et il fut tout heureux, après cette excursion décevante, de revoir son bon papa, sa chère maman, son petit chien qui lui faisait fête, sa chambrette avec ses livres et ses jouets. Tout ce qu'il possédait était très précieux, mais il ne le savait pas. Je crains, ma petite Laurette, que tu ne ressembles à ce petit garçon. »

La fillette baissa la tête.

- C'est vrai, maman. Je le comprends maintenant. Je ne vais plus me plaindre, je t'assure.

- Nous remercierons Jésus pour tout ce qu'il nous donne, n'est-ce pas, chérie? Maintenant, viens écrire à Mamie. Tu lui diras que c'est bien agréable de penser que nous pourrons aller la voir tous ensemble.