« Elle me déteste ... »


Viviane n'avait pas envie du tout d'aller à l'école. Pourtant, les années précédentes, elle s'y rendait avec plaisir. Mais comme tout était différent maintenant! Sa maîtresse la détestait! Elle en était absolument convaincue.

- Je suis sûre que tu te trompes, lui disait sa maman.

- Mais non, je vois bien comment elle est! Elle ne peut pas de moi. Jamais elle ne me sourit comme aux autres. Elle ne me demande pas de rester après la classe pour l'aider. Elle ne s'adresse qu'à ses favorites!

- Elle pense peut-être que tu ne le ferais pas volontiers.

- Non, c'est tout simplement parce qu'elle me déteste!

Quelques jours plus tard, elle arriva à la maison l'air consterné.

- Bien entendu, je ne passerai pas dans la classe supérieure.

Jamais elle ne me met une bonne note. Regarde ce devoir-là! Comme elle l'a annoté avec son vieux crayon rouge! À Nancy elle ne met presque rien.

La maman regarda la feuille qu'elle lui tendait.

- Mais, dit-elle, il me semble que j'aurais fait encore plus de corrections! Ce devoir a certainement été bâclé.

- Il est tout à fait inutile de faire mieux, dit Viviane, elle ne me met jamais de bonnes notes, à moi!

- Oh! comme tu es à plaindre! dit le papa avec quelque ironie. Et il se replongea dans son journal.

- Mais toi aussi, tu serais à plaindre si ton patron te détestait!

- Tu as des devoirs à faire, ce soir? demanda la maman.

- C'est déjà fait, répondit vivement la petite fille.

- Montre-moi...

Viviane rougit.

- Pas maintenant, maman. Je voudrais écouter mon émission de radio.

- Je veux voir ton travail immédiatement, dit la mère d'un ton sans réplique.

Bien à contrecoeur, Viviane chercha son cahier et le tendit à sa mère.

- Tu vas encore dire que c'est négligé!

- Certainement, s'écria la maman! Refais-moi cet exercice proprement, s'il te plaît!

- Mais, maman, pleurnicha Viviane, je vais manquer mon émission.

- Peut-être. Mais je ne veux pas que tu manques une bonne note. Tu me montreras ton cahier quand ta maîtresse y aura mis ses annotations.

Viviane s'appliqua, cette fois, et sa mère fut très satisfaite.

- Comme tu peux bien faire quand tu t'appliques! Je suis persuadée que tu auras une bonne note:

- Moi je te dis que tu te trompes! Elle en est incapable!

- Mais enfin, dit la maman, elle ne peut mettre un dix à ce qui mérite un trois! As-tu réfléchi à cela?

Le lendemain à midi, quand Viviane rentra, sa mère lui demanda si elle avait passé une bonne matinée.

- Comment le pourrais-je, quand elle me regarde toujours en fronçant les sourcils? Elle ne m'aime pas!

- Tu l'aimes, toi?

- Moi?... moi, non! Je ne peux pas. Je la trouve impossible!

- Peut-être ne t'aime-t-elle pas pour les mêmes raisons? Es-tu gentille et souriante avec elle?

- Euh... pas toujours...

La maman mit dans la main de sa petite fille confuse un bouton de rose.

- Prends ceci, et donne-le-lui. Tu verras ce qui arrivera.

Viviane eut un mouvement de recul.

- Lui donner... à elle!

Elle n'osa refuser. Pourtant elle se révoltait à l'idée de ce présent. Comme elle aurait préféré l'offrir à son amie Suzanne! Arrivée dans la classe, elle se dirigea rapidement vers le bureau de l'institutrice.

- Je vous ai apporté cette rose, dit-elle.

Un sourire radieux illumina le visage de la jeune femme.

- Quelle beauté, s'exclama-t-elle. Comment savais-tu que j'aimais tellement les roses?

Viviane, surprise, la regardait. Non, sa maîtresse ne la détestait pas, elle le comprenait maintenant. Et à la pensée du devoir si net qu'elle avait remis le matin même, elle se sentit contente. Peut-être, après tout, s'était-elle trompée! Le sourire persistait sur le visage si souvent pensif, et la petite fille sut que les choses iraient très bien désormais.