Le rouge-gorge estropié


- Maman! cria Daphné tout excitée. Viens voir ce que j'ai trouvé dans le jardin. Vite!

- Qu'y a-t-il, chérie? demanda la maman. Pourquoi cette précipitation?

- Oh! je t'en prie, viens tout de suite! Il y a un oiseau dans l'érable. Je suis sûre qu'il est blessé!

Maman sortit enfin.

- Ici! cria Daphné. Regarde, il ne bouge pas, même quand je m'approche. Tu vois comme il se tient sur une seule patte?

- Tu as raison, dit la maman. Cet oiseau me paraît bizarre.

Je vais prendre l'échelle et monter voir ce qui ne va pas.

Avec beaucoup de précautions, la maman s'approcha de l'oiseau.

C'était un rouge-gorge. Curieux, tout de même, qu'il n'essaie pas de s'envoler! Il ne remuait même pas, tristement perché sur son unique patte. Très doucement, la maman le prit et l'apporta à sa petite fille.

- Oh! maman! comme tu t'y es bien prise! J'avais tellement peur qu'il ne s'en vole en te voyant. N'est-ce pas qu'il est malade?

- Sa patte est cassée. Pauvre petite bête. Tu vois, elle ne tient que par un petit bout de peau. Il a reçu une balle, ou il s'est dégagé d'un piège. Va me chercher les ciseaux.

Daphné revint bien vite, et avec beaucoup de douceur, maman libéra la patte brisée.

- Je vais lui chercher de l'eau et des miettes, n'est-ce pas, maman?

Mais avant que sa mère ait pu répondre, l'oiseau avait ouvert ses ailes et s'était envolé!

- Eh bien! s'écria Daphné, voilà qu'il s'en va, maintenant!

- Il n'avait besoin que d'être délivré de ce poids mort. Quelle chance que tu l'aies vu dans cet arbre, ma chérie!

- J'aurais voulu qu'il reste, dit Daphné les yeux pleins de larmes. Il est parti, nous ne le verrons plus!

Des mois passèrent, les saisons déroulèrent leur cours, et le rouge-gorge se trouva tout à fait oublié. Mais un beau jour du printemps suivant, la petite fille appela sa mère, le visage resplendissant de joie.

- Il est revenu! cria-t-elle. Notre rouge-gorge est revenu! Je l'ai vu dans l'érable, là où il était l'an passé. Je suis sûre que c'est le nôtre. Il n'a qu'une patte!

La maman était, elle aussi, bien heureuse.

- C'est lui, sans aucun doute.

Elle ajouta à voix basse, après avoir observé l'oiseau un long moment:

- Sais-tu ce qu'il fait? Il fait son nid. Viens, ne l'effarouchons pas!

Effectivement, la maman rouge-gorge préparait un nid douillet pour sa future nichée. Quand vint le temps, elle y pondit ses oeufs, éleva sa couvée, et puis... pfff... un beau jour toute la famille s'envola.

Daphné regardait avec tristesse le nid vide.

- Cette fois, c'est fini. Je suis sûre que nous ne les reverrons plus!

Elle se trompait. Printemps après printemps, la maman rougegorge, qui savait que dans le vieil érable on pouvait élever des petits sans crainte, revint avec une fidélité réjouissante. Oui, comme elle était heureuse, Daphné, de penser que la chère petite bête savait infailliblement retrouver un endroit où on lui avait montré de la bonté.