Et l'essence?...


- Bon. Tous les conducteurs savent-ils exactement où aller? demanda madame Huttin qui dirigeait le groupe des quêteurs. Chacun doit avoir une liste des enfants qu'il transporte et une carte où sont indiquées les villes où ils doivent collecter.

Les chauffeurs des voitures acquiescèrent.

- Avant de prendre la route, demandons à Dieu de bénir notre travail.

Après un moment de recueillement, chacun se dirigea vers sa voiture. Les enfants se montraient particulièrement joyeux. Madame Martin, qui était l'un des conducteurs, attendit que ceux dont elle avait la charge soient tous montés, puis elle se mit au volant.

Une demi-heure plus tard, elle atteignait la première des petites villes qui lui étaient assignées. Elle s'arrêta au coin de la première rue.

- Vous, dit-elle en s'adressant à deux garçons, traversez la rue. Et vous, fillettes, restez de ce côté.

- Oh! que j'ai peur de commencer, dit Suzanne. Maintenant que nous sommes arrivés, je n'ai plus de courage.

- J'ai les jambes qui tremblent, dit Christiane. Qu'allons-nous faire si quelqu'un se met en colère contre nous?

- Rappelez-vous que nous avons prié avant de partir, dit madame Martin. L'argent que vous demandez n'est pas pour vous-mêmes, mais pour aider les autres. Tout le monde ne donnera pas, évidemment, mais soyez aimables malgré tout et laissez notre petit journal. Les gens qui le liront donneront peut-être la prochaine fois.

- Viens, Dany, dit l'un des garçons à son camarade. Montrons aux filles que nous n'avons pas peur.

Les fillettes les regardèrent traverser la rue. Ils frappèrent à une porte. Une dame ouvrit, et, après un instant, ils la virent rentrer dans la maison, et reparaître. Il était évident que les jeunes quêteurs avaient reçu une offrande. Encouragés par leur succès, ils se hâtèrent vers la maison suivante.

- À nous! dit Christiane. Viens vite, Susie.

À la première porte, il y eut un peu de flottement. Mais ensuite tout se déroula très bien. Vers dix heures trente, le groupe avait visité les principales maisons de la ville. Mme Martin regarda la carte.

- Voulez-vous que nous continuions? demanda-t-elle. Je vois un endroit où nous pouvons encore aller.

- Continuons, continuons, dirent les enfants.

- Alors, en route!

C'était presque un village, et en une heure ils avaient fini.

- Maintenant nous rentrons.

Les enfants tout excités comptèrent leur collecte. Il manquait quelques francs pour que leur objectif soit atteint. Quel dommage!

- Oh! comme je voudrais que nous puissions nous arrêter encore une fois! dit Dany.

- Eh bien, dit la conductrice, il y a ici une petite route qui doit bien mener quelque part. Nous allons la prendre.

Cette petite route montait au flanc d'une colline, et arrivés en haut ils n'aperçurent aucune maison, de sorte qu'ils continuèrent leur chemin. Finalement, ils virent une grande ferme, et ils s'engagèrent dans le chemin qui y conduisait. Dany sauta de la voiture avant même qu'elle fût complètement arrêtée, et ressortit bientôt tenant dans sa main un beau billet. Quelle victoire! L'objectif était maintenant dépassé!

- Cette ferme était vraiment éloignée, dit tout à coup Mme Martin. Nous avons fait beaucoup plus de chemin que je ne pensais. J'espère que nous trouverons un poste d'essence.

Mais à la ville suivante, le poste était fermé, car c'était dimanche. Mme Martin montra quelque inquiétude.

- J'espère que nous en aurons assez, murmura-t-elle.

- Pourquoi ne demanderions-nous pas à Jésus de nous aider à trouver une station ouverte? Nous avons travaillé pour lui, dit un enfant à ses camarades.

- Mais oui, dit un autre. Faisons-le tout de suite.

Sans rien dire à la conductrice, ils inclinèrent la tête et Dany pria à haute voix, de sorte qu'ils ne remarquèrent pas les toussotements inquiétants du moteur... Au moment où s'achevait leur prière, le moteur repartit. La voiture fit un petit bond, et dévala la côte qui se présentait à ce moment-là. Mme Martin , qui avait entendu les enfants prier, pensa que tout irait bien.

Environ huit kilomètres plus Join, ils trouvèrent une station d'essence ouverte. Après avoir fait « le plein » l'homme demanda à la conductrice:

- Comment êtes-vous venue jusqu'ici? Il ne devait pas y avoir une goutte d'essence dans votre réservoir.

- Je le sais, répondit-elle calmement. Nous avons roulé ainsi pendant huit kilomètres.

- C'est l'essence du Bon Dieu qui nous a amenés ici, dit Dany.

Et il raconta toute l'histoire à l'homme étonné.

- Eh bien! Je n'ai jamais entendu une chose pareille! dit celui-ci.

Il plonge la main dans sa poche, et en retira un billet qu'il tendit au garçon. Puis il rentra dans sa boutique en grommelant:

- L'essence du Bon Dieu! Vrai! je n'en avais jamais encore entendu parler!