Le jardin de Betty


Betty vivait avec ses parents dans une station missionnaire du Bechuanaland, au sud de l'Afrique. Elle y était heureuse, il y avait tant de choses à voir et à entendre! Avec Audrey, la fille du pasteur africain, elle parcourait la concession, regardant les maçons fabriquer des briques pour la nouvelle chapelle, ou les canaux d'irrigation amenant l'eau de la rivière toute proche.

Un jour sa maman décida de planter un potager dans le verger de la mission où mûrissaient des pamplemousses, des citrons, des papayes.

- Maman, dit Betty, j'aimerais avoir mon petit jardin à moi.

Ce serait pour le Fonds de placement.

La maman pensa que c'était une excellente idée, et elles cherchèrent ensemble un bon emplacement.

- Tiens, ici, dit Betty en désignant un endroit un peu à l'écart.

Ce fut une grande joie pour elle de semer radis et carottes, petits pois et haricots. Elle demanda à sa maman si l'on ne pourrait pas enclore son jardin d'une petite barrière, ce qui fut fait. On peignit la barrière en rouge.

Le chaud soleil africain fit germer les plantes que l'eau de la rivière arrosait régulièrement. Ce fut merveilleux. Betty binait souvent son petit jardin, pour détruire les mauvaises herbes et aérer le sol. La maman prenait le même soin de son potager. Celui-ci avait été protégé des bêtes sauvages par une épaisse haie de caoutchoucs entremêlés de buissons épineux.

Un sabbat après-midi, la maman dit à sa fille:

- Mettons ta petite soeur dans la poussette que papa lui a fabriquée et allons ensemble à la réunion M.V., veux-tu?

La réunion était très intéressante, mais comme elle se prolongeait, le bébé devint désagréable, et la maman décida qu'il valait mieux le ramener à la maison pour lui donner à manger. Effectivement le bébé avait faim et pleura tout le long du chemin. C'est juste avant d'arriver que la petite fille s'assoupit un peu.

À ce moment, la maman aperçut quelque chose d'insolite dans le potager. Elle alla donc poser le bébé endormi dans son lit et accompagnée de Betty, ressortit vivement.

Quel désastre! Quelqu'un avait laissé ouverte la porte donnant sur la cour du pasteur africain, et les quatre-vingts chèvres qu'il élevait avaient toutes filé, dévastant le beau potager où elles étaient arrivées à s'introduire. Désolées, Betty et sa mère chassèrent de leur mieux les vagabondes, et quand celles-ci eurent repris le chemin du verger, puis de leur propre enclos, elles retournèrent anxieusement constater les dégâts.

Tout était piétiné et brouté, rongé. Il n'y avait aucun espoir de sauver quoi que ce soit. Elles allaient d'une planche à l'autre, et leur déception était vraiment très grande.

- Et mon petit jardin? dit Betty. Viens maman, allons le voir. Je ne veux pas y aller toute seule.

Oh! quelle différence! et quelle joie! Les bêtes gourmandes, qui avaient trouvé le moyen de franchir une haie extrêmement rébarbative, n'avaient pas - pour quelle raison? - passé la frêle barrière rouge. Les radis, les carottes, les haricots et les pois s'inclinaient gentiment devant les visiteuses, car une légère brise soufflait. Jésus avait protégé le jardin consacré au Fonds de placement!