Une surprise pour Jerry


C'était un chaud matin de juin. Jerry sarclait activement le jardin de sa grand-mère. Le sol était sec et dur, Jerry trouvait son travail bien fatigant!

Justement, Benjy, le petit voisin, vint à la barrière l'appeler. « Viens donc un peu chez moi, Jerry! »

- Je ne peux pas, Benjy. Il faut que je finisse mon travail.

Pourquoi n'entres-tu pas, nous bavarderions un peu.

- Il fait trop chaud! Je vais me baigner. Tu ne viens vraiment pas?

Benjy descendit la rue en sifflant. Jerry sarclait toujours, mais sa tâche lui semblait encore plus rude. Plus il y pensait, plus il se prenait en pitié. Le soleil devenait de plus en plus chaud!

- Comme je voudrais aller moi aussi me baigner, soupirait-il.

Je ne vois pas pourquoi il faut sarcler ce vieux jardin justement aujourd'hui! Chacun prend du bon temps, et moi je dois travailler!

Pourtant, il continuait vaillamment. Et peu à peu, il arriva au bout de la rangée de carottes. Se relevant enfin, il eut du plaisir à regarder son oeuvre. Comme c'est réconfortant, une rangée bien nette! Le feuillage des jeunes carottes ressemblait à des plumes. Jamais auparavant il n'avait remarqué comme c'était gracieux. Et maintenant, il fallait s'attaquer à la rangée d'épinards. En réalité, il y avait tant de mauvaises herbes qu'on les voyait à peine, ces pauvres épinards! Jerry se sentit furieux contre ces herbes parasites qui prenaient toute la bonne nourriture de la terre quand les épinards en avaient tant besoin!

- Attendez, un peu, brigandes! J'arrive! Vous allez partir de là! Et en vitesse, parce que je veux aller me baigner!

Il tirait dessus à toute vitesse et de toutes ses forces, en veillant bien à arracher aussi les racines, sans nuire à celles des épinards!

- Je suis un bulldozer, disait-il. J'éclaircis la jungle!

Son zèle fut tel que la rangée d'épinards prit l'allure d'un joli chapelet vert, appétissant et digne. Grand-maman arriva pour encourager son petit-fils.

- Oh! Jerry, comme tu as déjà travaillé! Tu ne peux savoir quel soulagement c'est pour moi de voir mes pauvres plantes respirer.

Depuis que je me suis blessée au genou, il m'est impossible de me courber pour sarcler. Encore quelques jours, et tout était étouffé! Vraiment je te suis bien reconnaissante. Mais comme tu dois avoir soif! Attends un peu, je reviens!

Pendant qu'elle préparait une citronnade fraîche dans la cuisine, Jerry sarclait avec ardeur les derniers plants, de sorte que la vieille dame poussa encore de petits cris de joie.

- Rentre vite, maintenant, tu boiras sous la véranda.

Après avoir bavardé quelque temps avec sa grand-mère, Jerry acquit la conviction que ce n'était pas sur sa demande qu'il avait dû venir jardiner. Son père avait dû en prendre l'initiative. Après tout, c'était bien normal.

- Je n'aurais jamais cru pouvoir finir si vite, dit-il.

- C'est toujours ainsi, tu sais. Tu t'y es mis avec tant d'ardeur que tu n'as pas vu le temps passer. Plus on lambine, plus c'est pénible. On a beaucoup plus de peine, et on en garde un mauvais souvenir, qui ôte tout entrain pour une autre fois. C'est ainsi qu'on devient paresseux ...

- Oh! grand-maman, sais-tu aussi ce qui m'a donné du courage? Rappelle-toi comme tu m'as soigné pendant ma dernière maladie. Maman travaillait au magasin, et toi, tu as quitté ta maison pour t'installer près de moi. Tu as même voulu dormir dans ma chambre, et tu te levais la nuit pour voir si je ne m'étais pas découvert. Je ne peux pas l'oublier, tu sais!

- Est-ce vrai, s'écria la bonne dame? Quelle bonne petite mémoire tu as, mon Jerry!

Elle en avait les larmes aux yeux. Juste à ce moment, une voiture vint s'arrêter devant la véranda.

- C'est papa, cria Jerry!

Mais le papa ne vint pas les rejoindre immédiatement. Après leur avoir fait un petit signe de la main, il se dirigea vers le jardin potager, et revint avec un grand sourire.

- Bravo, fils, dit-il. Je vois que tu sirotes déjà ta récompense.

Mais tu l'as bien méritée.

- Allons, viens boire aussi avec nous, dit joyeusement l'aimable dame.

- Excuse-moi, chère maman, ce sera pour une autre fois. Je viens chercher ce jeune homme, car nous sommes prêts à partir.

- Partir où? demanda Jerry tout excité.

- C'est demain ton anniversaire, fils, n'est-ce pas? Alors nous avons décidé d'aller camper au bord du lac. Nous resterons là-bas toute la journée.

Il ajouta devant l'air ébahi du garçon:

- C'est un peu pourquoi je t'ai envoyé ici, tu comprends? Je voulais que tu nettoies le jardin de grand-maman, mais je voulais aussi que nous puissions nous préparer sans toi. Es-tu content de la surprise?

La grand-maman avait disparu. Il courut après elle en l'appelant et elle reparut, son chapeau de paille abritant son visage détendu.

- Grand-maman, nous partons camper. C'est une surprise.

- Oh! pas pour moi, dit-elle, parce que je vais avec vous! Ce soir Benjy viendra arroser, de sorte que je peux m'en aller tranquille.

- Hourrah! cria Jerry. Et il s'installa, près de la vieille dame, le coeur content.