Compter les bénédictions


Terry était assis sur le tapis de sa chambre, le visage maussade.

Il considérait les jouets épars autour de lui. Il y avait le gros camion bleu, six autres petits camions, une toupie musicale, une boîte de construction, un chien en peluche, un marteau, un avion, bref, un très convenable assortiment.

Et pourtant il paraissait malheureux. « Je voudrais avoir quelque chose d'autre! » soupira-t-il.

Sa mère parut à la porte de la chambre.

- Eh bien, Terry, quelque chose ne va pas?

- Je n'ai rien pour jouer, gémit-il.

- Tu veux dire que tu ne sais lequel de tes jouets choisir.

Tu es trop béni, Terry!

- Que dis-tu? Trop quoi?

- Trop béni. Maintenant, jeune homme, mettez toutes vos bénédictions dans la boîte à jouets, et venez avec moi.

- Ce ne sont pas des bénédictions, grommela Terry. Ce sont de vieux jouets. Je voudrais une auto de course rouge.

Mais sa mère avait déjà quitté la chambre. Quand elle reparut, elle était prête pour sortir. Elle portait un grand carton et dit à Terry: « Il y a un petit paquet sur mon lit. Prends-le, je t'en prie. »

Bientôt, ils roulaient tous deux dans les rues de la ville. Ils dépassèrent le centre, arrivèrent dans les faubourgs populeux, et s'engagèrent dans de petites rues inconnues de Terry. Tout y était triste. Les façades étaient lézardées, décrépies, les persiennes pendaient sur leurs gonds. Le garçon en était un peu angoissé. Et pourtant c'est devant l'une de ces maisons délabrées que la voiture s'arrêta. La maman prit le gros carton et dit à son fils:

- Viens. Prends le petit paquet. Et fais bien attention où tu marches.

Terry n'avait aucune envie de la suivre. Mais il avait encore moins envie de rester seul dans la ruelle. Il monta donc derrière elle les escaliers branlants.

La maman s'arrêta devant une porte, et comme une petite voix disait: « Entrez », elle pénétra dans la pièce, Terry sur ses talons. Il aperçut un enfant de son âge jouant sur le plancher. Le garçon tenait en main un vieux magazine et des ciseaux. Autour de lui étaient éparpillées des images de voitures, d'avions, de chiens et d'ours en peluche qu'il avait déjà découpées.

- Bonjour, dit-il joyeusement en apercevant Terry. Tu viens jouer avec moi? Maman est partie travailler. Sa patronne m'a envoyé ce journal avec tous ces jouets-là dedans. Et d'un geste il désigna ses découpages.

Terry ne put répondre un seul mot. Un étau semblait lui serrer la gorge. Il aurait voulu pleurer.

- Charlie dit la maman, voici mon petit garçon, Terry. Nous pourrons peut-être revenir demain, et alors il jouera avec toi. Je laisse ces paquets sur la table pour ta maman.

- Oh! merci! dit Charlie. J'espère qu'il pourra venir demain.

Je suis tout seul pour jouer, ce n'est pas gai. Heureusement que j'ai pu avoir tous ces jouets, ajouta-t-il avec un bon sourire.

Mais Terry ne put prononcer un seul mot. Tout le long du chemin, il fut silencieux.

- Maman, dit-il enfin, comme je suis béni! Je voudrais partager avec Charlie! Jamais plus je ne dirai que je n'ai rien pour jouer.

Et il ne tourna même pas la tête pour regarder la belle voiture de course rouge qu'il avait aperçue dans une vitrine en venant.