Frappez à toutes les portes


Betty se tenait devant la porte du grand immeuble. Il devait y en avoir du monde, là-dedans! Des tas d'escaliers à monter! Elle n'aurait jamais cru que faire la collecte annuelle soit un tel travail!

Elle regarda autour d'elle. Le petit groupe avec lequel elle était venue s'était dispersé. Personne ne saurait qu'elle avait sauté cet immeuble. Et puis les paroles du pasteur retentirent à son oreille : « Frappez à toutes les portes, avait-il dit. Vous ne savez pas si derrière l'une d'elles ne se trouve pas quelqu'un qui ait particulièrement besoin de Jésus. » Elle soupira, entra et sonna à la première porte...

Arrivée au troisième étage, elle se trouva bien fatiguée. Mais elle avait reçu partout un assez bon accueil, de sorte qu'elle souriait quand la porte du dernier appartement s'ouvrit.

Une fillette de son âge apparut, et, par la porte entrebâillée, Betty aperçut une femme décoiffée, à l'air un peu hagard, qui tenait un verre à la main. La fillette sortit, repoussa la porte derrière elle et s'y appuya. Mais elle faillit tomber, car de l'intérieur on avait ouvert la porte toute grande et la femme s'écria:

- Que veulent dire ces manières, Francette? Pourquoi ne fais-tu pas entrer ta petite amie?

Les deux fillettes entrèrent.

- Vous habitez ici? demanda Betty.

- Bien sûr! Je suis madame Colin, elle-même! s'esclaffa cette étrange femme. On peut faire quelque chose pour vous, petite?

- Je travaille pour Jésus, dit Betty un peu émue. Aimeriezvous me donner quelque chose pour les missions?

En entendant prononcer le nom de Jésus, la femme changea de visage. Elle tomba sur une chaise et cacha sa tête dans ses mains.

- Est-ce que Jésus se soucie de moi? demanda-t-elle.

- Oh! oui! s'écria-t-elle. Elle savait très bien ce qui arrivait à cette femme parce qu'elle avait vu son oncle Jacques dans le même état. Elle était ivre. Elle pria pour savoir exactement que répondre.

- Jésus est venu sur la terre, et il est mort sur la croix pour nous sauver, dit-elle. Tout ce que vous avez à faire est de vous mettre à genoux et d'implorer son pardon. Et puis demandez-lui aussi de vous aider à l'avenir.

- Vous en parlez à votre aise, dit la femme. J'ai entendu dire maintes fois que je dois aller à l'église pour me confesser.

Betty se sentit heureuse d'avoir été élevée dans un foyer chrétien:

- La Bible dit ceci, expliqua-t-elle: « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner. » Vous croyez que l'endroit a de l'importance?

- Mais je bois comme une ivrognesse! s'écria la pauvre femme. J'ai essayé de m'arrêter. Je n'y arrive pas!

- Vous n'avez pas demandé à Jésus de vous aider, dit Betty.

Oncle Jacques aussi voulait y arriver tout seul. Le jour où il a vraiment prié, tout a changé, et tante Suzanne était bien contente!

Mme Colin jeta un regard vers sa fille.

- Francette aussi serait bien contente, n'est-ce pas? ajouta Betty.

- C'est justement pourquoi je veux guérir! gémit la femme.

Voulez-vous me dire comment il faut demander à Jésus de m'aider? Voulez-vous me le dire maintenant?

- Voici comment nous faisons à la maison.

Elle plaça sur la table ses journaux et le sachet contenant sa collecte. Elle s'agenouilla, madame Colin et sa fille l'imitèrent. Elle demanda simplement à Jésus d'aider madame Colin à cesser de boire, et quand elle eut terminé: « A vous », dit-elle.

Madame Colin demanda à Dieu de lui pardonner ses péchés, le mal qu'elle faisait à toute sa famille. Elle lui demanda de l'aider à renoncer à sa terrible habitude. Puis, se relevant, elle se dirigea vers un placard, saisit une bouteille de whisky, l'ouvrit.

- Je me préparais à boire un autre verre quand vous êtes arrivée, dit-elle.

Betty retint sa respiration et pria silencieusement. Madame Colin éleva la bouteille à la hauteur de ses yeux et la regarda. Puis elle la respira longuement. Enfin elle alla vers un lavabo et l'y vida. Immédiatement sa fille se précipita vers elle et l'entoura de ses bras.

- Tu n'avais encore jamais pu le faire! dit-elle joyeusement.

- Vous voyez? dit Betty. Je vous avais dit que Jésus vous aiderait!

- Je voulais boire cette bouteille! dit madame Colin.

- Mais Jésus vous a aidée à ne pas le faire. Il vous faut prier beaucoup. J'ai entendu à l'École du Sabbat que quand nous prions, Satan ne peut pas entrer dans notre coeur pour nous faire pécher.

- Je voudrais que Francette connaisse Jésus comme vous le connaissez, soupira la femme.

- Si vous venez toutes les deux chaque semaine à l'École du Sabbat, vous le connaîtrez, dit Betty.

- Est-ce que vous viendriez prier avec moi tous les jours?

- Je viendrai avec maman, promit la fillette en ramassant ses journaux et son sachet. Puis elle se dirigea vers la porte.

- Attendez, attendez, dit la femme.

Elle prit dans son porte-monnaie un gros billet et le tendit à la jeune visiteuse.

- J'avais mis cela de côté pour m'acheter une autre bouteille!

Prenez-le pour vos missions! Je suis si reconnaissante à Jésus de m'avoir aidée.

- Merci, dit Betty toute rouge de plaisir. Elle remit à Francette un petit journal en disant encore : « Nous prierons pour vous ce soir. »

Bien entendu, les autres l'attendaient devant la porte, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire. Elle le leur raconta, et le raconta aussi à sa mère en arrivant.

Le lendemain, quand elles se présentèrent à la porte de l'appartement, madame Colin les accueillit, toute pomponnée.

- Yvonne! s'écria madame Colin.

- Raymonde! s'écria la maman de Betty.

Elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre.

- Vous vous connaissez, alors? demanda la fillette.

- C'était la meilleure élève de la classe! répondit sa maman.

Les deux femmes se mirent à parler, tandis que les fillettes, de leur côté, faisaient plus ample connaissance.

- Nous viendrons chaque sabbat chercher Francette et sa maman, es-tu contente, Betty?

Les deux fillettes s'embrassèrent de bon coeur. Quelle joie pour l'une et pour l'autre!

Quand les deux visiteuses furent rentrées à la maison, la maman de Betty prit un album de photographies et dit à sa fille:

- Tu verras comme l'alcool peut dégrader la plus charmante des jeunes filles. Et elle lui montra un groupe.

- Ici, regarde, c'est madame Colin.

- Non, ce n'est pas possible! s'écria Betty.

- Non seulement l'alcool et le tabac nous volent notre santé, mais aussi notre jeunesse et notre beauté. Tu vois comme Raymonde était fraîche et attirante il y a quelques années? La voilà éteinte et méconnaissable. Pourtant, Jésus peut faire en elle une oeuvre merveilleuse. Les années passées ne reviendront plus. Mais si madame Colin laisse Jésus transformer sa vie, elle retrouvera une beauté plus grave, plus mûre, mais tout aussi attirante.

- Comme je suis contente, maman, s'écria Betty, de m'être rappelée à temps les paroles de notre pasteur: « Frappez à toutes les portes! »