Le bébé qui flottait


Très loin d'ici, en Birmanie, dans le petit village de Auckweikwin, vivait une heureuse famille. Le père s'appelait Nga Pyin et la mère Rosy. Le petit garçon de cinq ans s'appelait Saw-Mee-Lo, et la petite fille, un bébé de quelques mois, Hannah.

Ils habitaient une jolie petite maison de bambou au bord de la rivière. Chaque jour, le bateau à vapeur qui passait sifflait: Tou, tou, tou... tou! puis il continuait sa route vers la ville de Pyapon. Souvent, quand Mee-Lo entendait arriver le bateau, il descendait jusqu'à la rivière et agitait sa petite main en criant: Tou, tou, tou, tou... et le capitaine actionnait de nouveau la sirène pour lui répondre.

Un jour en s'éveillant le petit garçon dit à sa mère:

- Maman, je ne me sens pas bien!

Effectivement, il avait très chaud au front, aux mains, partout.

- Je crois que notre petit est malade, dit Rosy à son mari.

- Dans ce cas, dit le père, descendons-le à l'hôpital de Pyapon.

Il y a là un bon docteur, et de bons médicaments.

Le jour même, quand le bateau fut en vue, ils descendirent au rivage et firent signe au capitaine de s'arrêter. Ils grimpèrent sur le ponton de bois, et s'installèrent sur le pont, mais Mee-Lo était trop fatigué pour jouir du voyage.

À l'hôpital de Pyapon, le docteur félicita les parents d'avoir amené si vite leur enfant.

- Ce ne sera rien, dit-il, en trois jours il sera guéri.

Et, trois jours après, toute la famille reprenait le bateau.

Il faisait très chaud sur ce bateau! Nga Pyin étendit une natte par terre, et bientôt Mee-Lo et sa petite soeur, Rosy et Nga Pyin lui-même dormaient profondément de chaque côté d'un vaste parasol.

Tout à coup une voix de femme cria:

- Votre parasol est tombé à l'eau!

Et c'était vrai! Le père en s'éveillant brusquement aperçut le parasol bariolé qui s'en allait à la dérive. Mais il aperçut autre chose encore. Un bébé flottait sur l'eau, leur bébé, la petite Hannah ! Ce fut un branle-bas général.

- Capitaine, capitaine, criait-on de tous côtés, arrêtez, arrêtez! Un bébé est tombé à l'eau.

Ce qui était vraiment extraordinaire, c'est que ce bébé, au lieu de s'enfoncer, fiottait!

Un steamer ne s'arrête pas instantanément. Il court toujours un peu sur sa lancée. Et puis il lui fallait tourner pour revenir chercher l'enfant. La maman était hors d'elle-même. À chaque instant elle croyait voir s'enfoncer le visage de son enfant chérie.

De légères embarcations sillonnaient la rivière, conduites par des riverains. Eux aussi, s'apercevant du drame, firent force rames pour tâcher d'atteindre l'enfant. Enfin une jeune paysanne se trouva à sa portée. Que de cris jaillirent du bateau pour l'encourager dans son sauvetage! Elle cueillit l'enfant étendu sur l'eau comme on cueille un nénuphar. Qu'il était beau, ce bébé! En le tendant à sa mère elle ne put s'empêcher de lui dire:

- Donnez-le moi, s'il vous plaît, je n'en ai pas! Mais la maman secoua doucement la tête.

- Merci, oh! merci de tout coeur! Mais je ne peux pas vous donner Hannah! C'est ... c'est impossible!

La jeune paysanne sourit tristement et s'éloigna à grands coups de godille. Pendant ce temps, une scène curieuse se déroulait sur le bateau. Ce bébé « flottant » avait causé une émotion extraordinaire. Certains passagers, pensant qu'il était un dieu, s'apprêtaient à l'adorer! Mais la maman intervint, tout en débarrassant l'enfant de son vêtement mouillé:

- Qu'allez-vous faire là! Hannah n'est ni un dieu, ni un esprit! C'est un bébé comme tous les autres bébés! Seulement nous sommes chrétiens; et les chrétiens croient en leur ange gardien. Même les bébés ont leur ange, et je pense que celui d'Hannah l'a soutenue de ses bras pour l'empêcher de se noyer.

Chacun écoutait avec attention, et les uns disaient en hochant la tête:

- C'est probablement cela. Mais oui. Les chrétiens ont des anges gardiens.

Après avoir approuvé, lui aussi, le capitaine ordonna de remettre le moteur en marche. La sirène siffla de nouveau: « Tou, tou, tou, tou ... tou! » le moteur fit: « Tchh tchh tchh... » et le bateau reprit sa course dans l'eau claire.

Cet après-midi là, quand la petite famille se retrouva chez elle au complet, saine et sauve, une fervente prière d'actions de grâces monta des coeurs émus. Hannah sauvée des eaux, Mee-Lo guéri... De quelles bénédictions ils avaient été l'objet! Comme ils étaient heureux d'appartenir à un si bon Père céleste!