Plus de règles!


Ayant fini de déjeuner, Patty s'apprêtait à aller jouer dans le jardin.

- N'oublie pas de te laver les dents! dit sa maman.

- Lave tes dents, brosse tes cheveux, plie ton pyjama! On dirait que la vie n'est faite que pour ça! grogna Patty. Il y a toujours un commandement pour vous ennuyer!

- Que dis-tu, Patty?

- Je dis que je suis fatiguée de toujours me laver les dents, brosser mes cheveux et plier mon pyjama! Je suis fatiguée de toujours ranger mes affaires! Après tout, il y a beaucoup trop de règles chez nous!

- Très bien, dit la maman, nous ne les observerons plus. Moi-même, aujourd'hui, j'en suis fatiguée aussi!

Patty arrondit les yeux. Quoi! les mamans peuvent être parfois fatiguées de ce qu'elles font!

- Mais bien sûr, continua sa maman. Nous sommes aussi très lasses, parfois! Tiens, aujourd'hui, justement, je m'en vais faire quelque chose dont j'ai rudement envie. Que dirais-tu si je me confectionnais une robe dans ce tissu bleu?

- L'étoffe de mon ensemble! gémit Patty.

- Nous en achèterons d'autre, exactement la même, dit maman distraitement en examinant ses patrons.

Patty sortit, un peu déconfite. Elle n'avait pas brossé ses dents, et ses cheveux pendaient en mèches désordonnées sur ses épaules. Elle regarda autour d'elle en quête d'un amusement quelconque.

Dans le garage, la chatte Frisquette veillait avec amour sur sa portée de chatons. Patty décida d'aller lui rendre visite. Comme il faisait sombre et froid dans ce garage! La fillette prit les quatre petites bêtes et les posa au soleil sur la pelouse. Frisquette suivait, queue en l'air, pas trop rassurée au fond. Et puis elle n'avait pas terminé la toilette des toutes petites frimousses! L'un des chatons se montrait d'ailleurs récalcitrant. De toute évidence, il se serait bien passé de la petite cérémonie. Mais Frisquette ne l'entendait pas ainsi! « Miaou, miaou », disait le chaton plaintivement. Sans écouter ses jérémiades, sa mère posa sur lui sa large patte et procéda à une toilette consciencieuse.

Patty riait doucement! « Pauvre Frisquette, pensa-t-elle, tu as bien du mal! Et encore, tu ne dois pas les obliger à brosser Jeurs dents! »

Elle ramena la petite famille dans le garage. « Maintenant, allons voir les poussins! »

La grosse mère poule picorait avec indifférence au milieu d'une marée de petites boules jaunes ébouriffées. Bébés adorables!

- En voilà au moins une qui n'a pas de soucis, pensa la fillette. Mais au même moment la poule leva la tête et appela impérativement: « Co-o-o-t, cot cot, cot cot cot! » Un chien venait d'apparaître!

Toutes les petites boules jaunes, sauf une, se précipitèrent vers la maman-abri. Mais elle ne leur ouvrit pas ses ailes! Courant vers le jeune contestataire, elle lui donna un bon coup de bec sur le sommet de la tête, et celui-ci eut beau piailler, il dut suivre le mouvement. L'instant d'après, tout le petit monde avait disparu sous les ailes protectrices, et la mère poule, ferme et sereine, regardait le chien noir s'éloigner.

- Eh bien, s'écria Patty en riant, je crois que tu t'es fait comprendre!

La matinée passait. Après avoir joué un peu à la balançoire, puis dans le bac à sable, Patty se dit qu'elle commençait à avoir faim. Elle courut à la cuisine.

D'habitude, à cette heure-ci, maman préparait le déjeuner.

Mais, aujourd'hui, aucune odeur appétissante ne se répandait dans le vestibule. La cuisine était vide.

- Maman, cria-t-elle, il est tard! J'ai faim!

- Vraiment? C'est que je suis en train de coudre, dit la maman.

Regarde comme j'ai avancé!

- Mais, maman, il faut préparer à manger!

- Je comprends bien, chérie. Mais est-ce que nous n'avons pas décidé qu'il n'y avait plus de règles?

- Mais ... mais j'ai faim! clama Patty toute désorientée. Est-ce que nous n'allons rien manger?

- Regarde un peu dans le réfrigérateur. Il doit bien rester quelque chose.

Patty énuméra tristement:

- Quelques petits pois d'avant-hier. Du beurre. La pâtée du chien. Du lait. Une laitue. C'est tout!

- Eh bien fais-toi une bonne tartine, dit la maman. Réellement, il semble qu'on n'entende plus parler ici que de nourriture!

Elle parodiait si bien une phrase prononcée le matin même par la fillette que celle-ci éclata de rire.

- Maman, demanda-t-elle, si je me lave les dents et si je me coiffe et si je range mes affaires, me donneras-tu à manger?

- Si tu n'as pas envie d'accomplir toutes ces tâches pénibles, je ne t'y oblige pas!

- Eh bien, maintenant, j'en ai envie! Tu sais, maman, dans toutes les familles il y a des règles! Même dans les familles de chats et de poulets. Il faut bien que les enfants aient les leurs aussi! ajouta-t-elle en soupirant.

La maman rangea son ouvrage.

- Je me sens aussi un peu fatiguée de faire seulement ce qui me passait par la tête! Es-tu bien sûre que la famille doit continuer à observer ses vieilles règles?

Patty fit gravement aller sa tête d'avant en arrière, plusieurs fois.

- Oui, je crois que j'en suis sûre.

- Dans ce cas, dit la maman, il faut que je me dépêche de faire quelque chose de bon à manger!