Qui le saura?


Donald referma la main sur l'argent qui se trouvait dans sa poche. Sa maman lui avait donné un billet de cinquante francs pour faire des commissions, et il ne voulait pas le perdre. En passant devant la porte voisine, il s'arrêta et appela: « Eh, Milou, tu ne veux pas venir avec moi? Je m'en vais au supermarché acheter des choses pour maman. »

- Attends une minute, répondit une voix de l'intérieur. Je vais demander à grand-mère.

Il ressortit bientôt, en disant : « Grand-mère veut bien, mais il faut que nous fassions attention en traversant.

- Tu vois, j'ai un billet de cinquante francs. Il y a pas mal de choses à acheter. Pour la peine, je peux m'offrir une glace.

- Tu dois te sentir plus grand avec tant d'argent dans ta poche.

- Tu penses! dit Donald. Mais il ne faut pas que je le perde!

Sinon, pas de glace!

- Oh! dis, ce serait dommage, s'exclama Milou.

Ils arrivaient au supermarché. « Tu pousses le chariot, expliqua Donald, et moi je mets les choses dedans. Ça va? »

Milou approuva. Ils passaient lentement dans les allées, et Donald saisissait les articles marqués sur sa liste pour les mettre dans le chariot. Bientôt, ils eurent terminé, et se dirigèrent vers l'une des caisses. Donald tendit son billet de cinquante francs, et la caissière lui rendit la monnaie, tandis que Milou commençait à enfourner les marchandises dans les cabas.

- Et maintenant, dit Donald, nous allons nous arrêter à la pâtisserie pour acheter deux glaces.

- Deux glaces à cinquante centimes, madame, s'il vous plaît.

Quel parfum pour toi, Milou? Moi, c'est au chocolat.

- A la framboise, s'il vous plaît. Mangeons-les ici, dit Milou, parce que, avec ces sacs, ce ne sera pas pratique.

Ils savourèrent leurs cornets avec gourmandise, et Milou commenta: « C'était très bon. »

- Si je comptais tout de suite ma monnaie? dit Donald. Je serais sûr de ne rien avoir perdu. Voyons... tant pour l'épicerie plus nos deux glaces, ça fait... Bon. Et il doit me rester...

Donald compta une fois, deux fois, trois fois...

- Tu as perdu quelque chose? demanda Milou inquiet.

- Non, dit Donald, c'est ça qui est drôle. J'ai dix francs de trop.

- Alors, achetons-nous encore une glace, s'écria vivement Milou.

- Mais nous avons déjà dépensé l'argent que ma mère m'avait donné pour...

- Et les dix francs, alors? La fille ne saura jamais qu'elle nous les a donnés en trop.

- Elle aura des ennuis quand elle fera sa caisse ce soir, murmura Donald.

- Tiens, c'est sa faute. Pense à ces bons cornets!

Donald s'assit dans la pâtisserie. Il faisait chaud, et il aurait bien aimé, lui aussi, manger une glace de plus! Mais que dirait sa maman? Bah! Pas besoin de lui raconter... Seulement, ce serait comme mentir. Ce serait très mal de garder cet argent. Il décida de retourner et de le rendre. Il se leva.

- Je vais au supermarché, dit-il à son camarade. Attends-moi.

- Comment? s'écria Milou. Es-tu fou? Je te dis que c'est la faute de la fille. Tant pis pour elle!

- Tu ne comprends pas, dit Donald. C'est mal de garder quelque chose qui ne nous appartient pas.

- Mais qui le saura?

- Dieu le saura, répondit le garçon. Si je commets ce péché, je serai malheureux. Je retourne.

- Ah! si c'est ainsi, dit Milou, je vais avec toi.

La caissière du supermarché les regarda entrer avec étonnement.

- Avez-vous oublié quelque chose?

- Non, mademoiselle. Nous venons parce que vous m'avez rendu trop d'argent.

- En êtes-vous sûr?

- Oui, mademoiselle. J'ai compté trois fois. Regardez.

Il compta devant elle, et dit: En plus, nous avons acheté deux glaces.

- Vous avez raison, dit la jeune fille. Je vais appeler le gérant.

Il fut là très rapidement.

- Mes enfants, c'est honnête ce que vous avez fait là. Oui, c'est très bien.

- Nous ne l'avons pas fait pour être honnêtes, dit Donald.

Seulement parce que c'était juste.

- Oui, je vois. Seriez-vous contents de manger un cornet de glace?

- Mais nous ne l'avons pas fait non plus pour une récompense...

- Oh je comprends bien!... Rapidement, le gérant avait empaqueté toute une boîte contenant un gros pavé de crème glacée, et leur dit cordialement au revoir.

- Dépêchons-nous d'aller la mettre au réfrigérateur, dit Donald. Maman va nous en donner une bonne portion.

- C'est chic, quand même, dit Milou, d'avoir rapporté l'argent et de pouvoir encore manger de la glace!

- Es-tu gourmand, quand même! dit son camarade, en passant lui-même sa langue sur ses lèvres. Mais rappelle-toi, Milou, on n'est pas retourné pour ça!