Une récompense spéciale


Ceci se passait dans une école enfantine de l'une de nos institutions. Pour la première fois, le petit Marc s'y rendait, et tout seul. Quel grand garçon!

- Bonjour, dit l'institutrice en l'accueillant. Tu es un petit nouveau? Qui connais-tu ici?

Marc regarda les enfants qui eux-mêmes l'entouraient avec curiosité. « Je connais Jacques », dit-il. « Très bien, dit l'institutrice, il y a une place libre près de lui, c'est toi qui t'y mettras. »

La cloche sonna; les enfants se mirent en rang et entrèrent en classe. Là, l'institutrice fit l'appel, en cerclant de rouge le nom des petits nouveaux, pour les graver dans sa mémoire. Quand tous eurent répondu : « Présent! » il restait un nom: Stéphane. Stéphane n'était pas arrivé.

- Eh bien, j'en suis contente, dit la gentille institutrice, car j'ai quelque chose à vous dire à son sujet. Prenez tous votre crayon comme ceci, entre votre pouce et votre index. C'est bien. Serrez fort. Bon, maintenant, tenez-le à peine, comme si vous vouliez le laisser tomber. Je vois que vous avez tous de bons petits muscles, qui fonctionnent à merveille.

Marc avait suivi attentivement et fait tout ce que la maîtresse désirait. Il avait un beau crayon rouge tout neuf, et c'était très agréable de faire déjà un exercice avec ce beau crayon.

L'institutrice reprit:

- Oui, vous avez beaucoup de chance, car vous pouvez faire tout ce que vous voulez sans aucune peine. Mais il n'en est pas de même pour votre petit camarade Stéphane. Les muscles de ses mains ne lui obéissent pas. Il ne peut pas serrer les doigts pour tenir un crayon ou boutonner son manteau ou enfiler un pull-over. Aussi nous devons tous l'aider jusqu'à ce que ses muscles soient devenus plus forts. Voulez-vous?

Juste à ce moment Stéphane entra, accompagné de sa maman.

Elle s'excusa d'arriver en retard. Le car n'était pas passé à l'heure, elle avait dû prendre un taxi.

L'institutrice dit quelques mots aimables, puis ôta le gilet de l'enfant et lui montra où s'asseoir. Il se trouva à la droite de Marc, Jacques étant à sa gauche. Quand vint le moment de la récréation, la jeune fille l'aida à mettre son gilet. Mais quand ils réintégrèrent la classe, elle se trouva occupée. Alors elle sentit qu'on lui tirait la manche.

- C'est toi, Marc? Que veux-tu mon petit?

- Mademoiselle, est-ce que je peux aider Stéphane à ôter son gilet? Je l'ai déjà aidé ce matin avec son crayon. Je suis grand, vous savez.

- Bien sûr, Marc. Ce serait pour moi beaucoup de temps de gagner. Quand il neigera, il faudra aussi l'aider à mettre et à retirer ses bottes. Crois-tu que tu pourras?

- Oh! oui! dit Marc, Je l'aiderai tous les jours.

- Je me demande, se dit l'institutrice, combien de temps durera ce beau zèle. Pour le moment il est plein de bonne volonté, mais quand il verra que tous les jours il devra prendre sur le temps de sa récréation pour aider son camarade, il finira par se fatiguer. En hiver il y aura le manteau, les moufles, le cache-nez ... Quelqu'un d'autre devra certainement le relayer.

Mais les jours, les semaines, les mois passèrent, et Marc ne se lassait pas. Si Stéphane arrivait en retard, Marc se dérangeait pour aller l'aider à se déshabiller. En hiver, cela demandait de longues minutes. L'institutrice était de plus en plus étonnée. L'année scolaire entière s'écoula sans que la bonne volonté de Marc faiblisse.

Juste avant les vacances, la coutume voulait que des récompenses spéciales soient accordées. C'était un grand jour! Chaque enfant retenait sa respiration pendant que l'institutrice regardait sa liste.

- Trois de vous ont droit à une récompense pour leur assiduité parfaite, dit-elle. Jamais une absence, c'est très bien. Elle nomma trois noms et trois enfants roses de bonheur se levèrent et vinrent à son bureau où ils reçurent un bel album. Quand ils revinrent à leur place, tous les autres applaudirent.

- Roberte Langlois est celle qui a lu le mieux. Viens, Roberte. Et les enfants défilèrent ainsi pour recevoir leurs récompenses.

Puis de nouveau ils se trouvèrent tous assis à leur banc, sages et attentifs.

- Je suis fière de vous tous, dit la maîtresse. Je peux dire que nous avons eu une bonne année. Vous vous êtes montrés dans l'ensemble réfléchis, loyaux et désintéressés. Il arrive de temps à autre que l'un d'entre vous se montre exceptionnel à ce sujet. S'il fait toujours preuve de bonté et de serviabilité, faisant passer le bien des autres avant le sien propre, il mérite une récompense tout à fait spéciale. Il y a cinq ans que cette récompense n'a pas été accordée, aussi pensez combien elle est précieuse! Eh bien, cette année, j'estime que l'un d'entre vous la mérite. C'est Marc Lanvin.

Marc était si étonné qu'il ne se levait même pas de son banc.

- Je ne sais pas, dit-il en atteignant enfin le bureau de la maîtresse. Je n'ai rien fait de spécial. Je ne mérite pas de récompense.

- Bien sûr, tu ne l'as pas fait pour cela. C'est de tout ton coeur que tu as montré tant de gentillesse envers ton camarade. Continue dans cette voie, Marc, et un jour tu recevras de Jésus une récompense beaucoup plus grande!

En disant ces mots, elle épinglait sur la veste de Marc une très jolie médaille pendue au bout d'un ruban et lui remettait, comme aux autres, un petit paquet.

- Que Jésus nous aide tous, dit-elle encore, à toujours penser aux autres avant de penser à nous-mêmes.