Betty-de-l'Evangile


Papa avait apporté du verger un beau panier de pommes, et Betty, ravie, en choisit quelques-unes, les frotta avec un torchon propre, et quand elles furent bien brillantes, les disposa dans une coupe qu'elle mit avec précaution sur la table basse du salon, devant le canapé où se trouvait sa mère. S'asseyant près d'elle, elle saisit une pomme et se mit à y croquer à bel les dents.

- Que j'aime cette saison, dit-elle, où les pommes sont mûres.

- Mais oui, ce sont des fruits excellents pour toi, dit sa mère.

À propos, sabbat prochain est un sabbat missionnaire. Tu deviens grande maintenant et je me demandais si tu ne viendrais pas avec moi distribuer quelques imprimés.

- Oh! maman, je n'aime pas ce travail! Ce n'est pas amusant du tout!

- Mais il ne faut pas penser qu'à toi-même, petite fille. Il y a des gens qui attendent qu'on leur parle de Jésus!

Betty mangeait toujours sa pomme et bientôt les pépins bruns apparurent. Leur vue rappela une histoire à sa maman.

- Voudrais-tu que je te raconte l'histoire de Jean-des-Pépins?

En réalité il s'appelait Jean Chapman. C'était un homme qui se sentait appelé à venir en aide aux pionniers qui s'en allaient vers l'Ouest.

- Jean-des-Pépins, quel nom, pouffa Betty! Était-ce un missionnaire?

- Dans un certain sens, oui. Mais tu vas voir. Quand il était petit, il aimait énormément les pommes, comme tu les aimes toi-même. Aussi quand il fut devenu un homme, il planta un beau verger à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Un jour, il lui sembla entendre une voix murmurer à son oreille: « Va vers l'Ouest. Plante des vergers. Apporte de la beauté et de bons fruits à ces gens qui s'installent dans des régions sauvages. Apporte un peu de bonheur à ces courageux pionniers! »

Ceci se passait il y a fort longtemps, et les grandes villes d'aujourd'hui étaient loin d'être construites. Il savait que le voyage serait long et dangereux. Mais il ne pensa pas à lui-même. Son but était d'apporter du bonheur aux autres.

Il partit à pied, transportant des sacs de pépins provenant de sa dernière récolte. Dans la poche de sa veste, il y avait une Bible. Souvent, quand il passait la soirée dans un campement, il lisait un chapitre à la famille assemblée, leur recommandant d'être bons les uns pour les autres.

Les enfants l'aimaient. Ils l'aidaient à planter ses vergers.

Comme il était un grand conteur, il les charmait par ses histoires d'animaux.

Pendant quarante ans, Jean-des-Pépins parcourut les bois, les prairies de la Frontière sauvage, parce qu'il pensait que c'était là sa mission. Partout, il déposait dans de la terre bien préparée ses graines de pommiers,

- Mais n'a-t-il pas été inquiété par les Indiens? demanda Betty.

- Il ne semble pas. Ils savaient que cet homme ne portait pas d'armes, et qu'il aimait les ruisseaux, les oiseaux, les animaux sauvages. Ils découvrirent qu'il était courageux, et ils ne lui firent jamais de mal. Bien des personnes furent encouragées par la bienveillance et le désintéressement de ce Jean-des-Pépins.

- Quelle jolie histoire, dit Betty. Pourquoi y as-tu pensé juste maintenant?

- Parce que j'ai vu les pépins de ta pomme, tous noirs, bien mûrs. Ils m'ont fait penser à cet homme. Et aussi aux graines, c'est-à-dire aux imprimés que Jésus nous demande de semer tout autour de nous. Ce sont des hommes, Betty, et non des anges qui sont chargés par Jésus de raconter au monde sa belle histoire. Il a promis que, si nous semons, il prendrait lui-même soin de la semence.

La maman choisit à son tour une belle pomme rouge dans la coupe. Et elle continua:

- J'ai pensé à un joli nom pour toi: « Betty-de-l'Evangile ».

Quand nous irons distribuer nos imprimés, ce sera un peu l'histoire de Jean-des-Pépins qui se renouvellera. Il avait lui aussi une mission, celle de rendre les gens plus heureux.

Betty répéta son nouveau nom: « Betty-de-l'Evangile ».

- Oui, cela ne sonne pas mal. Je n'y aurais jamais pensé! Nous serons des pionniers dans notre voisinage, pas vrai, maman?

La maman rit et dit:

- Oui, et nous n'aurons pas à craindre les Indiens.