Obéir, c'est bien mieux!


- Maman, est-ce que nous pouvons prendre notre goûter pour aller dans les champs et chercher des choses? demanda Albert en pénétrant, tout essoufflé, dans la cuisine. André est en train de préparer le sien chez lui, et il va même prendre de l'eau dans sa gourde. Est-ce que Jean et moi nous pourrions aussi emporter de l'eau?

Maman se mit à rire.

- Arrête-toi une minute, je t'en prie. Tu es fatigué avant de te mettre en route!

- Mais, maman, est-ce que nous pouvons y aller? S'il te plaît?

- Oui, je suppose. Mais surtout, rapportez-moi ce bidon de plastique, j'en ai besoin.

- Bien sûr que nous le rapporterons. Dis, Jean, maman a dit que nous pouvions y aller.

- Ça ne m'intéresse plus, fit Jean d'un air sombre. Tit-Louis prétend venir avec nous, et maman insiste pour que nous le prenions, et nous n'aurons aucun plaisir!

- Oh! maman, cria Albert, est-ce que vraiment nous devons emmener Tit-Louis? Il n'a tout de même que quatre ans, et il sera toujours dans nos jambes. Nous ne pourrons rien faire de ce que nous avions projeté.

- Qu'aviez-vous donc projeté? Je croyais que vous vouliez juste chercher des choses?

Albert et Jean se regardèrent.

- Je disais, marmonna Albert, qu'il serait toujours dans nos jambes.

- Attendez une minute, dit la maman. D'habitude, quand vous allez dans les champs, vous prenez toujours votre petit frère avec vous sans jamais trouver qu'il vous dérange. Que vouliez-vous donc faire cette fois-ci?

- Oh! rien, dit Jean en regardant ses pieds.

- Vous ne me dites pas la vérité.

Les garçons finirent par avouer qu'ils avaient l'intention de suivre la voie du chemin de fer...

- Je vois, dit la maman. Vous rappelez-vous ce que papa vous a recommandé à ce sujet?

- Il a dit que nous ne devions pas y aller seuls, mais pourquoi, maman? Nous serons très prudents, et si un train arrive, nous nous écarterons tout de suite.

- Ce n'est pas seulement à cause des trains que nous ne voulons pas que vous suiviez les voies, dit la maman. Maintenant, je vous prépare votre goûter, ou bien?

- Nous n'aurons aucun plaisir, dit Jean.

- Mais si, lui souilla Albert, nous nous amuserons quand même.

- Tit-Louis vient, dirent les garçons quand ils furent prêts, nous allons chercher André.

Bientôt ils s'ébattaient tous les quatre dans le terrain vague qui cernait la ville. C'était si agréable de sentir de l'herbe sous ses pieds, de courir après les papillons, de rechercher de jolis cailloux, de cueillir toutes sortes de petites fleurs. Leur mauvaise humeur était passée depuis longtemps quand Tit-Louis s'écria:

- Albert, viens voir ce que j'ai trouvé!

Les garçons, à plat ventre, regardaient des fourmis transporter d'énormes brindilles jusqu'à leur fourmilière. Ils ne s'étaient pas aperçus que le petit s'était éloigné.

- Où es-tu? demanda le frère aîné.

- De l'autre côté du rocher. Viens vite voir ce que j'ai trouvé!

- J'arrive, dit Albert. Mais pourquoi t'es-tu éloigné de nous?

- J'ai seulement marché, dit le marmot. Regarde, Berty, regarde le grand serpent!

Albert se mit à rire.

- Ce n'est pas un serpent, gros malin, c'est seulement une peau!

- Alors c'est une grande peau, dit Tit-Louis en la tenant à bout de bras.

- Jean, André, cria Albert, venez voir cette énorme peau de serpent que Tit-Louis a trouvée!

Ils arrivèrent en courant et s'émerveillèrent. Quand les serpents grandissent, ils se débarrassent de leur vieille peau. Celle-ci était superbe.

Quand ils rentrèrent chez eux, les garçons montrèrent avec orgueil leur trophée à tout le voisinage. Puis ils décidèrent de le suspendre au mur de leur chambre.

Quand la peau fut exposée en bonne place, Albert dit à sa maman:

- Tu sais, on dirait que chaque fois qu'on obéit, il nous arrive quelque chose d'heureux.

- Trouver une peau de serpent, par exemple, dit Jean. Si nous n'avions pas pris Tit-Louis avec nous, personne ne l'aurait vue.

- Après tout, c'était une chic promenade, reprit son frère, et vraiment nous n'avons pas à regretter de t'avoir écoutée, maman.

Elle les regarda avec une grande tendresse. Quelle mère pouvait se vanter d'avoir de si gentils enfants?