Deux chemins


Dans une grande ville américaine, une jeune chrétienne, qui s'était consacrée au travail social, avait organisé une petite école biblique particulièrement destinée à des enfants étrangers demeurant dans un certain quartier.

On lui indiqua une famille logeant dans un immeuble populeux.

Il y avait là un petit garçon qui s'intéresserait peut-être... Elle se rendit donc à l'adresse indiquée. Arrivée tout au haut de l'immeuble (en avait-elle monté des escaliers !) elle frappa à une porte. Un homme affable la fit entrer. Quand elle eut exposé l'objet de sa visite, il dit aussitôt: « Mais bien sûr, mon fils ira dans votre école. » Et il la remercia chaleureusement d'être venue.

Au moment où la jeune femme allait se retirer, il lui dit confidentiellement:

- Vous savez, il y a dans cet immeuble un autre garçon que vous devriez aller voir.

- Comment s'appelle-t-il? Où habite-t-il? demanda-t-elle, très intéressée.

Il lui indiqua le numéro de l'appartement, et elle s'y rendit aussitôt, accompagnée du petit garçon que cet homme aimable lui avait donné comme guide. Elle frappa. Aussitôt la porte s'ouvrit brusquement, et un homme aux sourcils froncés demanda d'un ton rogue:

- Que voulez-vous ?

De nouveau, elle parla de sa petite école, mais ce second père était bien différent du premier! Il répondit de façon sarcastique à l'offre qui lui était faite, disant qu'ils n'avaient que faire de ce genre d'enseignement. Puis il leur ferma la porte au nez.

Ce jour-là, deux grandes décisions avaient été prises!

L'enfant qui avait été inscrit par son père à la classe biblique devint un grand prédicateur de l'Évangile. Il accomplit une oeuvre admirable.

L'autre enfant suivit un chemin bien différent. Il fit son éducation au hasard des rues et des ruisseaux. Cette occasion que son père avait dédaignée, il ne la retrouva jamais. Et voilà ce qui arriva:

Un jour, une foule joyeuse se pressait dans les rues de Buffalo. Tout le monde voulait voir le grand homme, McKinley, alors président des États-Unis. Un jeune homme, jouant des coudes, se faufila jusqu'à lui, comme pour lui serrer la main. Mais alors que tant d'autres venaient exprimer au chef de l'État leur respect et leur confiance, ce jeune homme dissimulait sous son manteau un fusil armé, et ce jour-là il tua le Président des États-Unis. C'était le garçon dont le père avait fermé la porte au nez de la jeune chrétienne qui venait plaider en faveur de son école.