Miquette, chienne vagabonde


J'ai lu une très amusante histoire de chien, il y a quelque temps, et je ne peux résister au désir de vous la raconter. Il s'agit d'un petit terrier écossais du nom de Miquette. Pour être tout à fait exact, c'était une petite chienne.

Miquette n'était pas à proprement parler un prix de beauté. Elle possédait une mâchoire baveuse, des hanches grêles et les pattes de devant légèrement en arc.

Elle compliquait le moindre de ses mouvements: creusait la terre avec une patte, ouvrait les portes de côté, et avait la manie de donner naissance à ses petits dans le placard à chaussures, directement sur les pantoufles. Son maître dit qu'elle avait pris l'habitude de faire une grimace qui lui donnait l'air de quelqu'un qui s'évertue à réparer une montre avec des gants aux mains.

Miquette avait passé les deux premières années de sa vie à la ville, aussi quand on la transporta à la campagne, elle ne voulut pas sortir et pendant plusieurs semaines s'obstina à rester assise au coin de l'âtre. De temps en temps, elle passait un bout de museau dehors, puis elle rentrait aussitôt.

Enfin, l'odeur des taupes sur la pelouse et le va-et-vient des écureuils attirèrent son attention et la poussèrent à faire quelques explorations.

Au bout de quelques mois, Miquette prit l'habitude de quitter la maison le matin et de ne rentrer que le soir au moment où la nuit tombait. En même temps, elle engraissait, reluisait, était tout à fait en beauté et avait l'air de quelqu'un qui, ouvrant son portefeuille, se découvre une richesse inespérée...

Son maître la suivit un jour aussi discrètement que possible. Elle filait vers un bourg, à quelques kilomètres de la maison, et rejoignait un groupe de cottages dont elle était devenue la mascotte. Elle arrivait et se faisait donner des pommes de terre, de la viande, des gâteaux, en répétant sans cesse le seul tour qu'elle eût jamais su. Elle s'asseyait sur ses pattes de derrière ... Elle n'était pas bien habile, mais elle se trouvait chez de braves gens qui, même lorsqu'elle roulait, la récompensaient.

Enfin, elle se dit qu’elle perdait du temps inutilement en revenant à la maison le soir pour l'unique repas que ses maîtres lui donnaient. Alors commencèrent des fugues qui duraient des jours entiers - en fait aussi longtemps que son maître ne partait pas à sa recherche.

Un jour, les locataires d'un cottage la ramenèrent et Miquette se rendit compte qu'il fallait trouver un autre jeu.

Quand elle quitta une fois de plus le domicile de ses maîtres, ce fut le facteur qui les renseigna: « Votre petite chienne est chez la maîtresse d'école, de l'autre côté du lac, » leur dit-il.

Et voici ce que cette dame raconta: Un matin en ouvrant sa porte, elle avait trouvé une petite chienne qui mendiait. Elle l'avait fait entrer et Miquette, de sa manière habituelle, avait réussi à s'assurer trois repas par jour avec de temps en temps un morceau de chocolat par dessus. Cette fois encore, Miquette ayant compris que son maître reviendrait la chercher, décida de changer de quartier.

« Votre petite chienne est à X, dit de nouveau le facteur. » C'était vrai. Son maître alla la chercher. Il ouvrit la portière de la voiture et elle monta lentement prendre sa place habituelle, sans doute avec l'idée bien arrêtée de s'enfuir de nouveau dès qu'elle le pourrait.

« C'est un chien perdu », se dit-il. Aussi, quand de nouveau Miquetre s'enfuit, il n'alla plus à sa recherche. Elle mourut à l'âge de neuf ans, peut-être d'avoir mangé trop de chocolat.