Vive les vacances!


Lionel, Monette, Mado et Lily sont arrivés hier soir chez leurs grands-parents où ils resteront pendant toutes les vacances. Et ce petit monde est si content qu'avant six heures ce matin huit petits pieds trépignaient d'impatience parce que Tatie ne venait pas assez vite donner le signal du lever. Pensez donc, perdre son temps au lit alors que depuis longtemps le soleil brille au ciel et que les oiseux pépient à qui mieux mieux. Mais les ordres sont les ordres! Tatie a décrété que le lever aurait lieu à sept heures et il n'y a pas à discuter.

Enfin, le moment tant attendu est arrivé. On s'est levé, on a fait soigneusement sa toilette on s'est vêtu très légèrement, chaussé d'une paire de sandales, et la première surprise a été un petit déjeuner préparé sous le gros pommier.

- Que tu es gentille, Tatie, d'avoir pensé que cela nous ferait plaisir! C'est Lionel qui est si galant.

Tatie sourit, heureuse de la joie de ses neveux, et pense à part elle que Pépé et Mémé pourront de cette manière se reposer un peu plus longtemps.

Et bientôt tout le monde est à la redécouverte du jardin. Ce jardin est presque un pré. Il y a, d'abord, près de la maison, des fleurs. Pas seulement quelques fleurs, mais des quantités. Les fleurs, c'est la spécialité de Tonton Émile. Naturellement, il est absolument interdit de les cueillir. Si chacun prenait la liberté de cueillir des fleurs n'importe comment et n'importe quand, le jardin à fleurs ne serait plus qu'un champ de bataille; à quoi servirait toute la peine que le Tonton se donne pour réjouir les yeux de la famille entière?

Après les fleurs, il y a le potager avec des petits pois, des haricots, des pommes de terre, des salades, des échalotes - que Mado déteste - des tomates et des concombres qui font la joie de tante Renée, des choux et des poireaux que Mémé vient cueillir tous les jours pour faire une bonne soupe. Là aussi, on touche avec les yeux, et c'est tout...

Enfin, au bout de tout cela, il y a le verger avec des poiriers et des pommiers. Là, on est chez soi. Quand il fait frais, on étend des couvertures dans les hautes herbes et on passe des journées enchantées ; on ne sait même pas comment le temps passe. Mémé et Pépé viennent chaque après-midi tenir compagnie aux enfants et Tatie apporte son tricot quand elle a rangé la vaisselle.

Ce matin, premier jour de vacances, tout s'est passé comme les années précédentes. Les enfants ont tellement couru que cet après-midi ils sont las. Ils se sont couchés dans l'herbe pas trop loin de Pépé, car Pépé, disons-le tout de suite, est un véritable sac à histoires, et naturellement, on ne sait jamais...

- Pépé, pourquoi qu'il y a tellement d'abeilles dans ton jardin?

- Sans doute parce qu'il y a beaucoup de fleurs, Monette. C'est dans les fleurs qu'elles viennent chercher ce qu’il leur faut pour fabriquer du miel.

- Je sais comment c'est fait, une abeille, dit Lily, la savante de la famille.

- Vraiment?

- Oui, ça a une tête avec deux gros yeux à facettes, un corps naturellement, six pattes et quatre ailes...

- Pas trop mal pour sept ans. Il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur les abeilles et si vous aimez assez ces insectes, je vous raconterai un jour comment ils vivent et je vous ammènerai voir des ruches.

- Chic, alors! Tu pourrais peut-être nous dire quelque chose aujourd'hui, Pépé...

- Pourquoi pas? Je vais vous raconter une petite histoire où une abeille joue le rôle principal:

Un matin, après avoir butiné de feuille en feuille et de fleur en fleur, il arriva qu'une abeille entrât d'un coup d'aile dans le temple où les fidèles étaient assemblés.

Heureusement pour elle, le concierge et sa femme étaient des gens tout à fait propres qui, chaque vendredi, faisaient une chasse acharnée aux araignées. L'abeille, donc, entra comme chez elle, attirée sans doute par les sons des orgues...

Mais quand elle fut dans l'Église, elle se sentit bien malheureuse. Où étaient le délicieux parfum des fleurs, le gai soleil du dehors, le gazouillis des oiseaux? On étouffait dans cette sombre chapelle!

Les choses de l'esprit, l'adoration compliquée des hommes, tout cela était au-dessus de sa nature et ne l'intéressait pas du tout.

Elle perdit bientôt l'élasticité de ses ailes bruissantes et se traîna de chaise en chaise.

Heureusement qu'il ne se trouvait là aucun enfant espiègle pour lui dire d'un ton moqueur: « Veux-tu aller au paradis, petite abeille ? » comme si pareil endroit existait pour les abeilles, et l'envoyer de vie à trépas d'un coup de cantique bien appliqué.

Au lieu de cela, ce fut une dame qui l'aperçut. Or, cette dame était la maman d'un charmant petit Bobby qui, le matin même, avant de partir pour l'Église avait insisté pour épingler une rose sur la robe de sa maman.

Immédiatement, la dame enleva la rose de sa robe et la tendit à l'abeille qui, se sentant soudain ranimée par la fraîcheur et le parfum de la fleur, se précipita et se cacha au fond de son coeur sous ses pétales parfumés. Et là, elle se sentit tout à fait chez elle.

Du fond de sa douce retraite, elle attendit patiemment la fin du sermon. Mais dès que la dame sortit de l'Eglise et que l'abeille sentit la caresse de l'air du dehors, elle s'élança dans le ciel tout bleu. Puis, elle se remit à l'ouvrage pour lequel elle a été créée et rentra à la ruche chargée du suc des fleurs qui deviendront du miel.

- Quelle belle histoire, Grand-père! En sais-tu beaucoup sur les abeilles?

- Assez pour vous intéresser pendant plusieurs jours. Mais pour aujourd'hui, cela suffit. Allez un peu dégourdir vos jambes.

- Merci Grand-père!