Ne vous mettez pas en souci


C'était un hiver très froid au Pays d'Écosse, et par un matin gris, un jeune garçon se demandait d'où viendrait la nourriture du lendemain.

Son père, un pauvre artisan, était allé à la ville voisine pour y vendre le produit de son travail et il ne rentrerait pas avant le surlendemain. En attendant son retour, il ne restait à la maison qu'un peu de farine, juste assez pour faire quelques crêpes. On n'aurait pas vraiment faim aujourd'hui, mais demain, que mangerait-on?

- Maman, dit John, ne crois-tu pas que nos voisins nous prêteraient volontiers quelques pommes de terre jusqu'au retour de papa, s'ils savaient que notre cellier est vide?

- Sans aucun doute, mon enfant, mais tu sais bien que ton père et moi nous sommes faits une règle de ne jamais rien demander à personne qu'à notre Père céleste. Il sait que nous n'avons plus de provisions. J'ai assez de farine pour vous nourrir aujourd'hui. Quant à demain, j'ai confiance; tu verras que le Seigneur ne nous abandonnera pas.

Le jeune garçon fut frappé de la confiance de sa mère. Quelque chose lui disait qu'elle ne pouvait pas se tromper. Toutefois, cela ne l'empêchait pas de se demander de quelle manière Dieu allait leur venir en aide puisque personne ne connaissait leur détresse, pas même le grand-père qui possédait une ferme à quelques kilomètres de là.

Le lendemain, comme d'habitude, John se leva de bonne heure. Avant de partir pour l'école, il rendait toujours quelques menus services à sa mère. Aujourd'hui, le déjeuner serait bientôt fait. Il n'y avait plus rien à la maison.

John descendit à la cuisine afin d'allumer le feu. À défaut d'une bonne soupe, on aurait un bon feu et il ferait bien chaud! Pauvre John, ne nous hâtons pas de déplorer son manque de foi. La perspective d'une journée sans manger n'a rien de bien réjouissant pour un garçon en bonne santé.

Comme John se dirigeait vers le hangar pour y chercher la provision de bois dont sa mère aurait besoin pendant la journée, il entendit quelqu'un qui l'appelait:

- Hé, garçon! Viens donc ici m'aider à décharger. C'est pour vous!

Et John qui ne voulait pas en croire ses yeux vit sortir de la carriole un sac de pommes de terre, un sac de farine et un paquet.

- Et voilà, dit le camionneur, en remontant sur son siège.

Bientôt, toute la famille était réunie dans la cuisine et contemplait les provisions que le grand-père venait d'expédier à sa fille dont il ignorait cependant la misère. Le gros paquet contenait du beurre et de la viande. Les enfants partirent à l'école le coeur joyeux et léger après avoir remercié Dieu pour cette grande délivrance. Ils n'eurent pas besoin de demander en quoi consisterait le prochain repas...

John n'oublia jamais ce matin-là. Plus tard Dieu l'appela à quitter sa famille et à devenir missionnaire. Il se rendit aux Nouvelles-Hébrides, dans les îles du Pacifique où, à cette époque les gens étaient des anthropophages.

Il vécut sans cesse au milieu de dangers terribles et de difficultés en apparence insurmontables. Mais, dans l'humble maison de ses parents, John Paton avait appris que Dieu écoute les prières de ses enfants. C'est sur sa puissance qu'il compta jour après jour, et il ne fut pas déçu.