Je ne suis pas comme ça!


S'il y a quelque chose que je déteste au monde, c'est l'égoïsme. L'héroïne de ce livre est une parfaite égoïste: elle ne se gêne jamais pour qui que ce soit, ne considère même pas la possibilité de se priver ou de se déranger et cependant s'imagine être la personne la plus aimable qui respire sous le ciel. N'es-tu pas de mon avis, oncle Jean?

- Oui, c'est bien vrai: l'égoïsme est détestable. Nous avons bien de la peine à le supporter - surtout chez les autres.

Simone fronça les sourcils, mais se remit à lire. Oncle Jean fit de même.

Tous deux étaient au jardin, Simone dans le hamac et l'oncle dans un fauteuil. Juste à ce moment, tante Paulette sortit de la maison. Son visage si pâle et la lenteur de ses pas indiquaient qu'elle était convalescente.

Simone ne fit pas un mouvement et il ne lui vînt même pas à l'esprit que tante Paulette pourrait souhaiter s'étendre dans le hamac quand elle vit l'oncle Jean s'empresser auprès de sa femme, l'installer dans le fauteuil et prendre pour lui une chaise moins confortable.

-Simone! Simone!

- Oui, Maman...

- J'ai besoin de toi, ma chérie. Prends ta bicyclette et va chez l'épicier.

- Oh! maman, est-ce que vraiment Luco ne peut pas y aller?

- Non, Simone, j’ai besoin de toi.

- C'est toujours moi que l'on dérange, et toujours au moment où histoire devient palpitante. Que c'est ennuyeux!

- Quel dommage que Simone soit tellement égoïste, dit tante Paulette. Elle serait charmante sans cela.

- Cependant, elle ne se croit pas égoïste le moins du monde, répondit Oncle Jean.

- Elle ne l'est peut-être pas tellement non plus, ajouta le grand-père qui jusqu'à ce moment n'avait rien dit. Il y a du bon en elle; elle joue volontiers avec les autres enfants, elle est aimable aussi longtemps que le temps passe agréablement et qu'elle n'est pas contrariée dans ses désirs. Ce qu'il faudrait, c'est qu'elle se voie telle que les autres la voient.

- Tu as raison, père, il faut que nous aidions Simone à se corriger. Je vais mettre un petit plan sur pied.

- Bravo, dit tante Paulette. Quelle sera ma part?

- Tu n'auras rien à faire, Paulette. Je serai le premier acteur et je commencerai demain matin.

En effet, lorsque le lendemain Simone arriva au jardin, elle eut la désagréable surprise de voir l'oncle Jean installé dans le hamac. À peine leva-t-il les yeux pour lui dire bonjour, et il ne bougea pas du tout quand tante Paulette arriva quelques minutes plus tard. Simone était indignée.

- Tante, ne serais-tu pas mieux étendue dans le hamac?

- Peut-être, chérie, mais tu vois qu'il est occupé...

- Oncle Jean, tante Paulette est là.

- Oui, bonjour chérie. Installe-toi!

- Oncle Jean, tu ne voudrais pas laisser le hamac pour tante?

- C'est bien ennuyeux, dit l'oncle, en s'efforçant de sourire, mais s'il le faut... C'est incroyable, mais c'est toujours moi qui dois donner ma place!

Simone se demandait ce qui se passait. Jamais oncle Jean, toujours si courtois, si bon, ne s'était conduit de cette manière. Et l'on voyait bien qu'il était de mauvaise humeur.

À ce moment, Grand-père apparut à l'angle de la maison.

- Dis-moi, Jean, n'as-tu pas dit que tu irais en ville cet après-midi? Tu serais bien aimable de porter ce billet chez les Bourdon.

- Je ne vais pas de ce côté-là. Je suis obligé de faire un crochet pour aller chez Bourdon. Quelqu'un d'autre ne peut-il pas y aller?

Le ton d'oncle Jean était une parfaite imitation du ton de Simone quand sa maman l'envoyait quelque part. Elle s'en aperçut, rougit, mais ne dit rien.

- Quelle histoire pour un tout petit service, dit grand-père, sévèrement.

- J'irai, j'irai, interrompit oncle jean.

Puis, de manière à ne pas être entendu du grand-père, il ajouta:

- Je ne peux jamais projeter une matinée pour moi sans que les uns et les autres viennent me déranger pour une foule de choses que n'importe qui pourrait faire à ma place.

- Oncle Jean, je ne parle jamais ainsi. Je ne me rends tout de même pas tellement désagréable!

- Qui a dit que tu le fasses? Personne n'a fait allusion à Simone, que je sache?

Simone n'a rien ajouté, mais elle a compris. Pour le dîner, des hôtes inattendus arrivaient par le train. Il fallait aller à leur rencontre. C'était sa tâche ou celle de Luco. Spontanément elle offrit ses services qui furent acceptés joyeusement. Au dîner, elle fut véritablement le bras droit de sa maman.

Une semaine plus tard, dans une conversation coeur à coeur avec Maman, Simone lui a dit combien elle désirait vaincre cet haïssable défaut qu'est l'égoïsme.

- Tu sais, maman, si oncle Jean ne m'avait pas si bien imitée, je n'aurais jamais pu croire que je ressemblais autant à la jeune fille de mon histoire. Mais je veux me corriger. Donne-moi un verset de la Parole de Dieu pour m'aider à remporter la victoire!

« Car Christ s'est abaissé lui-même jusqu'à la mort. »

Bon courage, toutes les Simones!