Comment un homme paraîtra-t-il droit devant
Dieu? Comment un pécheur sera-t-il rendu juste?
Ce n'est que par Jésus-Christ qu'il est possible de se
mettre en règle avec Dieu, de parvenir à la sainteté.
Mais comment aller à Jésus? Ils sont nombreux ceux
qui, de même que la multitude convaincue de péché
au jour de la Pentecôte, s'écrient : « Que ferons-nous? »
Les premiers mots de Pierre en réponse à cette question
furent : « Repentez-vous. » Un peu plus tard, il dit :
« Repentez-vous... et convertissez-vous, pour que vos
péchés soient effacés. »
(Actes 2:38; 3:19)
La repentance comprend la douleur d'avoir commis
le péché et le délaissement de celui-ci. Impossible
d'abandonner le péché avant d'en avoir vu la culpabilité;
point de vrai changement de vie jusqu'à ce que l'on
se soit détourné du péché de tout son coeur.
Ils sont nombreux ceux qui ne comprennent pas
la véritable nature de la repentance. Nombre de
personnes gémissent sur leurs péchés et se réforment même
extérieurement, parce qu'elles craignent les conséquences
de leurs mauvaises actions. Ce n'est pas là la repentance
dans le sens biblique du terme. C'est regretter
la souffrance plutôt que le péché lui-même. Telle fut
la douleur d'Ésaü quand il vit qu'il avait perdu à tout
jamais son droit d'aînesse. Balaam, terrifié par l'apparition,
sur son chemin, d'un ange armé d'une épée nue,
confessa son péché dans la crainte de perdre la vie;
puis il n'y avait pas chez lui un repentir véritable de ses
péchés, pas de changement de disposition, pas d'horreur
du mal. Judas Iscariot, après avoir trahi son Seigneur,
s'écria : « J'ai péché, en livrant le sang innocent. »
(Matthieu 27:4)
Cette confession était arrachée à son âme coupable
par le sentiment terrible de sa condamnation et par la
perspective redoutable du jugement de Dieu. Les
conséquences de son crime le remplissaient de terreur;
mais il n'y avait chez lui aucun remords profond et
déchirant d'avoir trahi l'innocent Fils de Dieu, et renié
le Saint d'Israël. Au moment où les jugements de Dieu
s'appesantissaient sur lui, Pharaon reconnaissait son
péché; mais ce n'était que pour échapper au châtiment,
car dès que les plaies s'éloignaient, il recommençait à
braver le ciel. Tous ceux-là déploraient les conséquences
de leurs péchés, mais ils ne s'attristaient pas sur ces
péchés eux-mêmes.
Par contre, quand le coeur de l'homme cède à
l'influence de l'Esprit de Dieu, la conscience se réveille et
le pécheur commence à entrevoir la profondeur et le
caractère sacré de la loi de Dieu, loi qui est à la base
de son gouvernement dans le ciel et sur la terre. La
lumière qui, « en venant dans le monde, éclaire tout
homme »
(Jean 1:9),
illumine les replis les plus secrets de son âme,
et met en évidence les choses cachées dans les ténèbres.
La conviction du péché s'empare alors de son esprit et
de son coeur. Saisi du sentiment de la justice de Jéhovah,
le pécheur est terrifié à la pensée de paraître coupable
et impur devant celui qui sonde les coeurs. Il voit
l'amour de Dieu, la beauté de la sainteté, la joie de la
pureté; il désire être purifié et rentrer en communion
avec le ciel.
La prière de David après sa chute peut illustrer le
véritable repentir. Elle n'était nullement dictée par le
désir d'échapper aux jugements qui allaient le frapper.
Son chagrin fut sincère et profond; il ne chercha pas
à pallier sa culpabilité. Il voyait l'énormité de sa
transgression, la souillure de son âme; il abhorrait son
péché. Ce n'est pas le pardon seulement qu'il demandait,
mais la pureté du coeur. Il soupirait après la joie de
la sainteté, et la communion avec Dieu. Voici comment
il s'exprime :
« Heureux celui à qui la transgression est remise,
À qui le péché est pardonné!
Heureux l'homme à qui l'Éternel n'impute pas l'iniquité.
Et dans l'esprit duquel il n'y a pas de fraude!
Ô Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté;
Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions;...
Car je reconnais mes transgressions,
Et mon péché est constamment devant moi...
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur;
Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige...
Ô Dieu! crée en moi un coeur pur,
Renouvelle en moi un esprit bien disposé.
Ne me rejette pas loin de ta face,
Ne me retire pas ton Esprit saint.
Rends-moi la joie de ton salut,
Et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!...
Ô Dieu, Dieu de mon salut, délivre-moi du sang versé,
Et ma langue célébrera ta miséricorde. »
(Psaumes 32:1,2; 51:3-16)
Il n'est pas au pouvoir de l'homme de réaliser une
telle repentance; on ne la reçoit que de notre Seigneur
qui est monté au ciel et a fait des dons aux hommes.
Or, c'est précisément ici que plusieurs sont dans
l'erreur, ce qui les prive de l'aide que le Christ désire
leur accorder. Ils pensent ne pas pouvoir venir à Jésus
avant de s'être repentis, et que la repentance prépare
au pardon des péchés. Il est vrai que la repentance
précède le pardon; car seul un coeur humilié et contrit
éprouve le besoin d'un Sauveur. Mais le pécheur doit-il
attendre de s'être repenti avant de venir à Jésus? La
nécessité de la repentance doit-elle être élevée comme
un obstacle entre le pécheur et son Sauveur?
L'Écriture n'enseigne nulle part que le pécheur
doive se repentir avant de répondre à cette invitation
du Christ : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués
et chargés, et je vous donnerai du repos. »
(Matthieu 11:28) C'est une
vertu émanant de Jésus qui nous donne la véritable
repentance. L'apôtre Pierre a éclairci cette question
quand il a fait aux Israélites cette déclaration :
« Dieu l'a élevé par sa droite comme Prince et Sauveur, pour
donner à Israël la conversion et le pardon des péchés. »
(Actes 5:31)
Il n'est pas plus possible de se repentir sans avoir la
conscience réveillée par l'Esprit du Christ, que d'obtenir
le pardon sans Jésus-Christ.
Jésus-Christ est la source de tout bon sentiment.
C'est lui seul qui peut mettre dans nos coeurs l'horreur
du péché. Chaque aspiration vers la vérité et la pureté,
chaque conviction de notre péché, est une preuve de
l'opération du Saint-Esprit sur notre coeur.
Jésus a dit : « Quand j'aurai été élevé de la terre,
j'attirerai tous les hommes à moi. »
(Jean 12:32)
Il faut qu'il soit
révélé au pécheur comme le Sauveur qui est mort pour
les péchés du monde. Car c'est la contemplation de
l'Agneau de Dieu sur la croix du Calvaire qui
commence à nous révéler le mystère de la rédemption; et
la bonté de Dieu qui y éclate nous amène à la repentance.
En mourant pour les pécheurs, Jésus-Christ a
manifesté un amour incompréhensible; or, la contemplation
de son amour touche le coeur, frappe l'esprit et
brise toute résistance.
Il arrive, il est vrai, à l'homme d'être confus de ses
péchés et de délaisser certaines mauvaises habitudes
avant d'être conscient de la puissance d'attraction de
Jésus-Christ. Mais chaque tentative de réforme, basée
sur un désir sincère de bien faire, est le résultat de cette
puissance d'attraction. Une influence dont il ne se rend
pas compte agit sur son âme, ranime sa conscience et
amende sa conduite extérieure. Et à mesure que le Sauveur
attire ses regards sur la croix et lui fait contempler
celui que ses péchés ont percé, les commandements de
Dieu parlent à sa conscience. Il se rend compte de la
méchanceté de sa vie; il comprend que le péché a jeté
de profondes racines dans son coeur. Il commence à
entrevoir la justice de Jésus-Christ, et il s'écrie : « Quelle
n'est pas la noirceur du péché, puisqu'il a fallu un tel
prix pour la rédemption de ses victimes! Tout cet
amour, toutes ces souffrances, toute cette humiliation
étaient-ils nécessaires pour que nous ne périssions pas,
mais que nous ayons la vie éternelle? »
Le pécheur peut résister à cet amour, refuser de se
laisser attirer par le Sauveur; mais s'il ne résiste pas,
il sera attiré vers lui. La connaissance du plan du salut
l'amènera au pied de la croix, regrettant les péchés qui
ont causé les souffrances du bien-aimé Fils de Dieu.
Le même Esprit de Dieu qui agit dans la nature est
aussi celui qui parle au coeur de l'homme et y fait naître
un besoin inexprimable de quelque chose qu'il ne possède
pas. Les choses du monde ne peuvent le satisfaire.
L'Esprit de Dieu plaide avec lui pour le pousser à
chercher ce qui seul peut procurer la paix et le repos : la
grâce de Jésus-Christ, la joie de la sainteté. Par des
intermédiaires visibles et invisibles, notre Sauveur s'efforce
sans cesse de détourner nos pensées des vains plaisirs
du péché, pour les attirer sur les bénédictions infinies
que nous pouvons obtenir en lui. C'est à toutes
les âmes qui ont cherché en vain à se désaltérer aux
citernes crevassées du monde que ce message divin est
adressé : « Que celui qui a soif vienne; que celui qui
veut prenne de l'eau de la vie, gratuitement. »
(Apocalypse 22:17)
Vous qui soupirez en votre coeur après une vie meilleure
que celle que le monde peut vous offrir, reconnaissez
dans ce désir la voix de Dieu parlant à votre
âme. Demandez-lui de vous donner la repentance, de
vous révéler Jésus dans son amour infini, sa pureté
absolue. Les principes de la loi divine -- amour de
Dieu et amour du prochain -- furent parfaitement
illustrés par la vie du Sauveur. Un amour et un
désintéressement parfaits : ainsi peut se résumer sa vie. C'est
quand on contemple Jésus-Christ, quand les rayons de
lumière émanant de lui descendent sur nous, que nous
nous rendons compte de la noirceur de notre coeur.
Nous pouvons, comme Nicodème, nous bercer de
l'illusion que notre vie a été régulière, que notre
moralité n'a rien laissé à désirer, et en conclure que nous
n'avons pas lieu de nous humilier devant Dieu comme
de vulgaires pécheurs. Mais quand la lumière de
Jésus-Christ brillera dans notre âme, nous verrons combien
nous sommes impurs; nous discernerons l'égoïsme de
nos mobiles et l'inimitié contre Dieu qui a souillé tous
les actes de notre vie. Nous comprendrons alors que
notre justice est véritablement comme le linge le plus
souillé, et que seul le sang de Jésus peut nous purifier
de la souillure du péché et transformer nos coeurs à sa
ressemblance.
Un rayon de la gloire de Dieu, une lueur de la pureté
de Jésus-Christ pénétrant notre âme, en fait douloureusement
et nettement ressortir chaque tache. Il
met en évidence la difformité et les défauts du caractère
humain, les désirs non sanctifiés, l'incrédulité du
coeur, l'impureté des lèvres, les actions déloyales du
pécheur, actions qui outragent la loi divine, éclatent à
ses yeux. Son esprit est humilié et affligé sous l'influence
scrutatrice de l'Esprit de Dieu; il se prend en dégoût
en présence du caractère pur et immaculé de Jésus.
Quand le prophète Daniel contempla la gloire dont
était entouré le messager céleste qui lui était envoyé,
il fut comme anéanti par le sentiment de sa faiblesse
et de son imperfection. Voici en quels termes il décrit
l'effet que produisit sur lui cette contemplation : « Je
restai seul, et je vis cette grande vision; les forces me
manquèrent, mon visage changea de couleur et fut
décomposé, et je perdis toute vigueur. »
(Daniel 10:8)
L'âme ainsi touchée
éprouvera une profonde aversion de son amour
du moi et recherchera, par la justice du Christ, la
pureté du coeur qui est conforme à la loi de Dieu et au
caractère de Jésus.
L'apôtre Paul -- parlant de sa conduite extérieure
-- se disait irréprochable, à l'égard de la justice de la loi
(Philippiens 3:6);
mais quand il discerna la spiritualité de la loi,
il se vit pécheur. À se juger par la lettre de la loi, en
l'appliquant seulement aux actes extérieurs, comme
peuvent le faire les hommes, il se trouvait sans péché.
Mais quand il plongea ses regards dans les profondeurs
des saints préceptes et se vit tel que Dieu le voyait, il
dut baisser la tête et confesser sa culpabilité. « Étant
autrefois sans loi, dit-il, je vivais; mais quand le
commandement vint, le péché reprit vie, et moi je mourus. »
(Romains 7:9)
En présence de la spiritualité de la loi, le péché
lui apparut dans toute son horreur, et la bonne opinion
qu'il avait de lui-même disparut.
Dieu ne considère pas tous les péchés comme également
odieux; il y a pour lui, comme pour les hommes,
différents degrés de culpabilité. Mais quelqu'insignifiant
que puisse paraître tel ou tel péché aux yeux de
l'homme, il n'est jamais petit aux yeux de Dieu. Le
jugement de l'homme est partial, imparfait, tandis que
le Seigneur estime toutes choses à leur juste valeur.
L'ivrogne est regardé avec mépris; on lui déclare que
son péché l'exclura du royaume des cieux. Mais on est
souvent moins sévère envers l'orgueilleux, l'égoïste et
celui qui convoite. Et pourtant ce sont là des péchés
particulièrement odieux au Seigneur. Ils sont contraire
à la bonté de son caractère, à l'amour parfaitement
désintéressé qui est l'atmosphère dans laquelle se
meuvent les mondes qui ont conservé leur intégrité. Celui
qui tombe dans quelque faute grossière peut avoir le
sentiment de son humiliation, de sa pauvreté et de son
besoin d'un Sauveur. L'orgueilleux n'éprouve aucun
besoin; il ferme son coeur au Christ et se prive des
bienfaits infinis qu'il est venu nous apporter.
Le pauvre péager qui faisait cette prière : « Oh Dieu,
sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
(Luc 18:13),
se considérait comme bien mauvais, et ceux qui le
connaissaient n'avaient pas meilleure opinion de lui. Mais il
avait le sentiment de sa misère, et, sous le poids de sa
culpabilité et de son opprobre, il se présenta devant
Dieu pour implorer sa miséricorde. Son coeur était
ouvert à l'action de l'Esprit de Dieu qui pouvait l'affranchir
du péché. Par contre, la prière orgueilleuse du
pharisien montre que son coeur était inaccessible à
l'influence du Saint-Esprit. Vivant loin de Dieu, il n'avait
pas le sentiment de sa propre souillure, en contraste
avec la perfection de la sainteté divine, et ne désirant
rien, il ne reçut rien.
Si vous voyez votre état de péché, n'attendez pas de
vous être rendus meilleurs. Combien ils sont nombreux
ceux qui pensent n'être pas assez bons pour aller à
Jésus! Vous imaginez-vous devenir meilleurs par vos
propres efforts? « Un Éthiopien peut-il changer sa peau,
et un léopard ses taches? De même, pourriez-vous faire
le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal? »
(Jérémie 13:23)
C'est en Dieu seul qu'est notre secours. N'attendons
pas que la conviction devienne plus forte, ou que
l'occasion soit plus favorable, ou bien encore que nous
soyons moins mauvais. Nous ne pouvons rien faire de
nous-mêmes il faut aller à Jésus tels que nous sommes.
Mais que nul ne se séduise par la pensée que Dieu,
dans son grand amour, sauvera même ceux qui méprisent
sa grâce. Ce n'est qu'à la lumière de la croix qu'on
peut voir le caractère excessivement odieux du péché.
Que ceux qui prétendent que Dieu est trop bon pour
rejeter les pécheurs portent leurs regards sur le Calvaire.
C'est parce que l'homme ne pouvait être sauvé d'aucune
autre manière; c'est parce que sans ce grand sacrifice
il était impossible à la famille humaine de se soustraire
à la souillure du péché; c'est parce qu'il lui était
impossible de rentrer dans la communion des êtres saints
et en possession de la vie spirituelle -- c'est pour toutes
ces raisons que le Seigneur a pris sur lui la culpabilité
du désobéissant, et qu'il a souffert à la place du pécheur.
L'amour, les souffrances et la mort du Fils de Dieu
témoignent de l'énormité du péché; ils déclarent qu'il
n'est pas possible de se soustraire à sa puissance, et qu'il
n'y a d'espoir d'une vie meilleure que par l'abandon
de l'âme à Jésus-Christ.
Les impénitents s'excusent parfois en disant des
chrétiens de profession : « Je suis aussi bon qu'eux. Ils
ne sont pas plus désintéressés, pas plus sobres, pas plus
circonspects dans leur conduite que moi. » Ils se retranchent
ainsi derrière les fautes d'autrui. Mais les défauts
et les péchés des autres ne justifient personne; car le
Seigneur ne nous a pas donné un modèle humain et
imparfait. L'immaculé Fils de Dieu nous a été donné
pour nous servir d'exemple, et ceux qui se plaignent
de la mauvaise conduite des chrétiens de profession sont
précisément ceux qui devraient, par une vie plus noble,
donner un meilleur exemple. Si leur conception d'un
chrétien est si élevée, leur péché n'est-il pas d'autant
plus grand? Ils connaissent le bien et ils refusent de
le faire.
Prenez garde de ne pas temporiser. Ne renvoyez pas
le moment de délaisser vos péchés et de rechercher en
Jésus la pureté du coeur. C'est précisément ici que des
milliers de personnes ont commis une erreur fatale. Je
n'insisterai pas sur la brièveté et l'incertitude de la vie.
Mais il y a un terrible danger -- danger trop peu compris --
à tarder de répondre aux appels pressants du
Saint-Esprit. En réalité, ce délai est une décision de
vivre dans le péché. Ce n'est qu'au péril de son âme
qu'on peut tolérer un péché, quelque petit qu'il puisse
paraître. Ce que nous ne vaincrons pas nous vaincra
et deviendra l'artisan de notre ruine.
Adam et Ève se persuadèrent que de manger du
fruit défendu -- acte insignifiant -- il ne saurait en
résulter les conséquences désastreuses dont Dieu les avait
prévenus. Mais cette légère infraction était la
transgression de la loi sainte et immuable de Dieu,
infraction qui sépara l'homme de son Créateur, et introduisit
dans le monde la mort et tout son effroyable cortège
de souffrances. Dès lors, siècle après siècle, notre terre
a fait monter une clameur douloureuse, et la création
tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement.
Le ciel même a ressenti les effets de cette
rébellion contre Dieu. Le Calvaire est un monument du
sacrifice inouï exigé pour expier la transgression de la
loi divine. Ne considérons pas le péché à la légère.
Chaque transgression, chaque négligence, chaque
rejet de la grâce de Jésus-Christ réagit sur vous-mêmes;
ils endurcissent le coeur, pervertissent la volonté,
émoussent l'intelligence, et non seulement vous laissent
moins enclins à céder, mais moins aptes à répondre aux
appels miséricordieux du Saint-Esprit.
Plusieurs font taire la voix de leur conscience
alarmée en se persuadant que quand ils le voudront, ils
délaisseront le mal. Ils s'imaginent qu'ils peuvent se
jouer des appels de la miséricorde divine, et rester
néanmoins susceptibles d'en être touchés. Ils pensent
qu'après avoir méprisé l'Esprit de grâce, qu'après avoir jeté
leur influence du côté de Satan, ils pourront, dans un
moment de terrible extrémité, changer complètement
de conduite. Mais cela ne se fait pas aussi facilement.
L'expérience, l'éducation d'une vie entière ont tellement
pétri leur caractère, qu'ils sont peu nombreux
ceux qui désirent alors recevoir l'empreinte de Jésus.
Un seul travers de caractère, un seul mauvais désir
conservé obstinément, neutralise, à la longue, toute la
puissance de l'Évangile. Chaque jouissance coupable
fortifie l'aversion de l'âme pour Dieu. Celui qui
témoigne pour la vérité divine une incrédulité tenace ou
une stupide indifférence, ne fait que moissonner ce
qu'il a lui-même semé. Il n'y a pas dans toute la Bible
un avertissement plus effrayant contre le danger de
jouer avec le mal que celui contenu dans ces paroles
du Sage : « Le méchant... est saisi par les liens de son péché. »
(Proverbes 5:22)
Jésus-Christ est tout prêt à nous affranchir du péché,
mais il ne force pas notre volonté. Si, en persistant
dans la transgression, nous nous tournons complètement
vers le mal, si nous ne désirons pas être affranchi,
si nous ne voulons pas accepter sa grâce, que peut-il
faire de plus? Nous nous sommes condamnés nous-mêmes
en rejetant obstinément son amour. Il nous
exhorte ainsi : « Voici maintenant le temps favorable,
voici maintenant le jour du salut. » « Aujourd'hui, si
vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos coeurs. »
(2 Corinthiens 6:2; Hébreux 3:7,8)
« L'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais
l'Éternel regarde au coeur. »
(1 Samuel 16:7),
à ce coeur humain avec
ses émotions contradictoires de joie et de tristesse, à ce
coeur inconstant et vacillant, qui recèle tant d'impureté
et de fraude. Il en connaît les desseins, les intentions
et même les mobiles. Allez à lui tel que vous êtes,
l'âme toute maculée. Avec le Psalmiste, ouvrez-en
toutes grandes les avenues à l'oeil auquel rien n'échappe,
en vous écriant : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon
coeur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde
si je suis sur une mauvaise voie et conduis-moi sur la
voie de l'éternité. »
(Psaume 139:23,24)
Plusieurs acceptent une religion intellectuelle, une
forme de piété, alors que le coeur n'est pas purifié. Que
votre prière constante soit : « Crée en moi un coeur
pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. »
(Psaume 51:12)
Agissez droitement avec votre âme. Soyez aussi sincère, aussi
persévérant que si votre vie présente était en jeu. C'est
une question à décider entre Dieu et votre âme -- à
décider pour l'éternité. Une espérance qui repose
uniquement sur des suppositions vous sera fatale.
Étudiez la Parole de Dieu avec prière. Cette Parole
vous présente, dans la loi divine et dans la vie de Jésus,
les grands principes de la sanctification sans laquelle
« personne ne verra le Seigneur»
(Hébreux 12:14).
Elle convainc de
péché, et elle révèle clairement le chemin du salut.
Prenez-y garde. C'est la voix de Dieu parlant à votre âme.
Quand vous verrez l'énormité du péché, quand vous
vous verrez tels que vous êtes, ne vous laissez pas aller
au désespoir. C'est pour sauver des pécheurs que
Jésus-Christ est venu en ce monde. Nous n'avons pas à
apaiser Dieu envers nous, puisque -- ô amour insondable! --
c'est « Dieu qui réconcilie en Jésus-Christ le monde
avec lui-même »
(2 Corinthiens 5:19).
Il attire, par son tendre amour, le
coeur de ses enfants égarés. Il n'est pas de parents
terrestres qui sachent manifester envers leurs enfants la
patience que Dieu exerce envers ceux au salut desquels
il travaille. Nul ne pourrait plaider avec plus de
tendresse auprès du transgresseur. Jamais lèvres humaines
n'ont adressé aux égarés des supplications plus aimantes.
Toutes ses promesses, tous ses avertissements ne sont
que les manifestations d'un amour indicible.
Quand Satan vient vous dire que vous êtes un grand
pécheur, élevez vos regards sur votre Rédempteur, et
parlez de ses mérites. Ce qui vous aidera sera de
chercher sa lumière. Reconnaissez votre péché, mais dites
à l'ennemi que Jésus-Christ « est venu dans le monde
pour sauver les pécheurs »
(1 Timothée 1:15),
et que vous pouvez être
sauvé par son amour infini. Jésus raconta à Simon
l'histoire de deux débiteurs. L'un devait à son maître une
bagatelle, et l'autre une très forte somme; mais il remit
à l'un et à l'autre leur dette. Puis Jésus demanda à
Simon quel était celui des deux débiteurs qui aimerait
le plus son maître. Simon répondit : « Celui, je pense,
auquel il a le plus remis. »
(Luc 7:43)
Nous avons été de grands
pécheurs; mais Jésus-Christ est mort pour nous assurer
le pardon. Les mérites de son sacrifice sont suffisants
pour nous réconcilier avec le Père. Ceux auxquels il
a le plus pardonné l'aimeront le plus, et se tiendront
le plus près de son trône pour le louer de son grand
amour et de son sacrifice infini. Ce n'est que par une
connaissance plus approfondie de l'amour de Dieu que
l'on se rend mieux compte de la malignité du péché.
Quand nous comprenons le sacrifice infini de Jésus-Christ
en notre faveur, notre coeur se fond de tendresse
et de douleur.