L’origine et la raison d’être du péché sont pour bien des esprits un
sujet de vive perplexité. Voyant le mal et ses terribles conséquences,
ils se demandent comment tant de souffrances et de malignité peuvent
se concilier avec la souveraineté d’un être infini en puissance, en
sagesse et en amour. Incapables de pénétrer ce mystère, ils cherchent
l’explication dans de fausses interprétations et dans des traditions
humaines qui leur ferment les yeux sur des vérités essentielles au
salut et clairement révélées dans la Bible. D’autres, enclins au doute
et à la critique, trouvent dans le fait que, malgré leurs recherches,
ils ne sont pas parvenus à résoudre le problème de l’existence du
péché, une excuse pour rejeter en bloc toute la Bible, où sont
consignés le caractère de Dieu, Sa nature et Ses principes à l’égard
du péché.
Il n’est pas possible de donner de l’apparition du péché une
explication qui en justifie l’existence, mais on en sait assez sur Son
origine et ses conséquences ultimes pour pouvoir admirer la justice et
l’amour de Dieu dans sa manière d’agir en présence du mal. Dieu n’est
pas responsable de l’entrée du péché dans le monde : rien n’est plus
clairement enseigné par les Écritures. Aucun refus arbitraire de la
grâce divine, aucune erreur dans le gouvernement divin n’a donné lieu
à un mécontentement et à une révolte. Le péché est un intrus
mystérieux et inexplicable; sa présence est injustifiable. L’excuser,
c’est le défendre. S’il pouvait être excusé, s’il avait une raison
d’être, il cesserait d’être le péché. La seule définition qu’on puisse
en donner est celle de la parole de Dieu : « le péché est la
transgression de la loi »; c’est la manifestation d’un principe
réfractaire à la grande loi d’amour, base du gouvernement divin.
Avant l’apparition du mal, la paix et la joie régnaient dans
l’univers. Tout y était conforme à la volonté du Créateur. L’amour
pour Dieu était suprême et l’amour mutuel impartial. Jésus-Christ,
Verbe et Fils unique de Dieu, était un avec le Père éternel; un par sa
nature, par son caractère, par ses desseins. Il était le seul être de
l’univers admis à connaître tous les conseils et tous les plans de
Dieu. C’est par lui que Dieu avait créé les êtres célestes. « Car en
lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux...,
trônes, dignités, dominations, autorités. »
(
Colossiens 1.16)
Au Fils comme au Père, l’univers entier était soumis.
La loi de l’amour étant à la base du gouvernement de Dieu, le bonheur
de toutes les créatures dépendait de leur parfait accord avec les
grands principes de cette loi. Dieu demande de toutes Ses créatures un
service d’amour, un hommage qui découle d’une appréciation
intelligente de Son caractère. Ne prenant aucun plaisir à une
obéissance forcée, Il accorde à chacun le privilège de la liberté
morale permettant à tous de Lui rendre un service volontaire.
Mais un être voulut pervertir cette liberté. Le péché prit naissance
dans le coeur de celui qui, après le Christ avait été le plus
hautement honoré de Dieu, et qui était le plus puissant et le plus
glorieux de tous les habitants du ciel. Avant sa chute, Lucifer, le
Porte-Lumière, était un « chérubin protecteur » saint et sans tache.
« Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Tu mettais le sceau à la
perfection, tu étais plein de sagesse, parfait en beauté. Tu étais en
Éden, le jardin de Dieu; tu étais couvert de toute espèce de pierres
précieuses.... Tu étais un chérubin protecteur, aux ailes déployées;
je t’avais placé et tu étais sur la sainte montagne de Dieu; tu
marchais au milieu des pierres étincelantes. Tu as été intègre dans
tes voies depuis le jour où tu fus créé jusqu’à celui où l’iniquité a
été trouvée chez toi. »
(
Ézéchiel 28.12-15, 17 )
Lucifer aurait pu conserver la faveur de Dieu. Aimé et honoré des
armées angéliques, il aurait pu faire servir ses nobles facultés au
bien de son entourage et à la gloire de son Créateur. Mais, dit le
prophète, « ton coeur s’est élevé à cause de ta beauté, tu as
corrompu ta sagesse par ton éclat. »
(
Ézéchiel 28.12-15 ) Peu à
peu, Lucifer se laissa aller au désir de s’élever au-dessus de la
position qui lui avait été assignée. « Tu as voulu te persuader que tu
étais un dieu.... Tu disais en ton coeur :... J’élèverai mon trône
au-dessus des étoiles de Dieu; je m’assiérai sur la montagne de
l’assemblée. ... Je monterai sur le sommet des nues, je serai
semblable au Très-Haut.
(
Ézéchiel 28.6, version synodale;
Ésaïe 14.13, 14)
Au lieu de veiller à exalter Dieu au suprême degré et à lui
assurer la première place dans l’affection de ses créatures, Lucifer
chercha à capter à son profit leur allégeance et leurs hommages.
Convoitant l’honneur que le Père avait conféré à Son Fils, le prince
des anges aspira à une puissance dont le Christ seul détenait la
prérogative.
Le ciel entier réfléchissait la gloire du Créateur et proclamait ses
louanges. Tant que Dieu avait été ainsi honoré, on n’avait connu que
la paix et la joie. Mais une note discordante, l’exaltation du moi,
troubla soudain l’harmonie céleste. Ce sentiment, si contraire aux
desseins du Créateur, éveilla de sombres pressentiments chez les êtres
qui rendaient à Dieu les honneurs suprêmes. Des conseils célestes
adressèrent à Lucifer d’instantes exhortations. Le Fils de Dieu lui
représenta la grandeur, la bonté et la justice du Maître de l’univers,
ainsi que la nature sacrée et l’immutabilité de Sa loi. C’est Dieu
lui-même qui avait établi l’ordre qui régnait dans le ciel. En s’en
écartant, Lucifer déshonorait son Créateur et attirait le malheur sur
sa tête. Mais cet avertissement, donné avec amour et compassion, ne
fit qu’éveiller un esprit de résistance. Cédant à sa jalousie envers
le Fils de Dieu, Lucifer s’obstina.
L’orgueil que lui inspirait sa haute situation fit naître en lui le
désir de la suprématie. Oubliant les grands honneurs dont il était
l’objet de la part de son Créateur, fier de l’éclat de sa gloire, il
aspira à l’égalité avec Dieu. Aimé et vénéré des armées célestes, il
surpassait tous les anges en sagesse et en magnificence. Le Fils de
Dieu cependant était reconnu comme le Souverain du ciel. Il partageait
la puissance et l’autorité du Père, et participait à tous Ses
conseils. Lucifer, qui n’était pas informé de la même manière de tous
les desseins du Tout-Puissant, demandait : « Pourquoi le Fils
aurait-il la suprématie? Pourquoi est-il élevé au-dessus de moi? »
Abandonnant alors sa place en la présence immédiate de Dieu, le fier
chérubin alla semer la discorde parmi les anges. Opérant dans le
secret, et tout en cachant d’abord ses intentions réelles sous le
masque d’une grande vénération pour Dieu, il s’efforca de soulever le
mécontentement contre les lois qui gouvernaient les êtres célestes,
affirmant qu’elles imposaient des restrictions inutiles. Il prétendait
que, eu égard à leur sainteté, les anges ne devaient connaître d’autre
loi que leur bon plaisir. Pour gagner leur sympathie, il donna à
entendre que Dieu l’avait traité injustement en accordant les honneurs
suprêmes à son Fils, affirmant qu’en aspirant à une puissance plus
grande et à de nouveaux honneurs, il ne recherchait pas son propre
avantage, mais seulement la liberté des habitants du ciel, leur
permettant d’atteindre un degré d’existence plus élevé.
Dans sa grande miséricorde, Dieu supporta longtemps Lucifer. Il ne le
destitua pas de sa haute position dès les premières manifestations de
son mécontentement, ni même lorsqu’il commença à propager ses idées
parmi les anges fidèles. Le pardon lui fut offert à plusieurs reprises
à condition qu’il se repente et se soumette. Des démarches que seuls
un amour et une sagesse infinis pouvaient concevoir furent tentées
pour le convaincre de son erreur. Jamais, auparavant, le
mécontentement n’avait été ressenti dans le ciel. Lucifer lui-même ne
vit pas tout d’abord son erreur et il ne comprit pas la vraie nature
de ses sentiments. Aussi lorsqu’on lui prouva que son attitude hostile
n’avait pas de raison d’être, convaincu de ses torts, il vit que
l’autorité divine était juste et qu’il devait la reconnaître comme
telle devant le ciel tout entier. S’il l’avait fait, il eût pu être
sauvé, et bien des anges avec lui. Il n’avait pas encore, à ce
moment-là, levé ouvertement l’étendard de la révolte contre Dieu. Il
avait bien abandonné sa position de chérubin protecteur, mais s’il
était revenu sur ses pas en reconnaissant la sagesse du Créateur, et
s’était contenté de la place qui lui avait été assignée dans le grand
plan divin, il aurait été rétabli dans ses fonctions. Mais l’orgueil
l’empêcha de se soumettre. S’obstinant dans sa mauvaise voie, il
soutint qu’il n’avait pas lieu de se repentir, et se déclara
ouvertement en lutte avec son Créateur.
À partir de ce moment, il employa toutes les ressources de sa
gigantesque intelligence à capter la sympathie des anges qui avaient
été sous ses ordres. Dans l’intérêt de sa perfide ambition et de sa
trahison, il n’hésita pas à fausser le sens des avertissements et des
conseils que Jésus lui avait donnés. À ceux qui lui étaient le plus
attachés par les liens de l’amitié, il fit croire qu’il était mal
jugé, que sa position n’était pas respectée, et qu’on voulait porter
atteinte à sa liberté. De là, il en vint à attaquer directement le
Fils de Dieu, qu’il accusait du dessein de l’humilier devant tous les
habitants du ciel. Puis, pour donner le change aux anges restés
loyaux, il accusait ceux qu’il ne pouvait tromper et faire passer dans
son camp, de trahir la cause du ciel, c’est-à-dire d’agir comme il
agissait lui-même. Pour donner de la vraisemblance à l’accusation
d’injustice, qu’il portait contre Dieu, il faussait les paroles et les
actes du Créateur. Son système consistait à embarrasser les anges par
des arguments subtils touchant les desseins de Dieu. Ce qui était
simple, il l’enveloppait de mystère; et, en dénaturant
artificieusement les faits, il jetait le doute sur les déclarations
les plus formelles de Jéhovah. Sa haute position et ses rapports
intimes avec l’administration divine donnaient tant de poids à ses
paroles, qu’un grand nombre d’anges embrassèrent le parti de la
révolte contre l’autorité du ciel.
Dans sa lutte contre le péché, Dieu ne pouvait employer d’autres armes
que la justice et la vérité, tandis que Lucifer pouvait faire usage de
flatterie et de mensonge. Falsifiant les paroles de Dieu et calomniant
les plans de Son gouvernement, il prétendit que Dieu n’était pas juste
en imposant des lois et des règlements aux habitants du ciel; qu’en
exigeant de ses créatures la soumission et l’obéissance, il n’avait en
vue que Sa propre exaltation. Aussi l’habileté, les sophismes et la
calomnie dont il usa lui donnèrent-ils au début un avantage
considérable.
Masquant ses plans sous une apparence de loyauté, il soutint qu’il
travaillait à la gloire de Dieu, à la stabilisation de Son
gouvernement et au bonheur de tous les habitants célestes. Tout en
semant l’insoumission parmi les anges qu’il avait sous ses ordres, il
donnait hypocritement à entendre qu’il travaillait à éliminer les
causes du mécontentement. En proposant des modifications dans les lois
et le gouvernement, il affirmait que, loin d'être en révolte, il ne
cherchait qu'à contribuer à la sauvegarde de l'harmonie du ciel et au
bonheur de l'univers.
Faisant un pas de plus, il se mit à rendre Dieu et son administration
responsables du désordre qu'il avait lui-même créé, tout en se faisant
fort de corriger et d'améliorer les statuts de Jéhovah. Il demandait
seulement qu'on lui permit de démontrer, en effectuant des changements
indispensables, le bien-fondé de ses prétentions.
Dans sa sagesse, Dieu laissa Lucifer poursuivre sa campagne jusqu’au
moment où elle éclaterait au grand jour. Ses desseins étaient
tellement enveloppés de mystère qu’il était difficile, tant qu’il ne
s’était pas complètement dévoilé, de démasquer le chérubin protecteur
devant les hôtes célestes qui le chérissaient et sur lesquels il
exerçait une profonde influence. D’ailleurs, le péché n’avait encore
jamais pénétré dans l’univers de Dieu, et les êtres saints qui
peuplaient le ciel n’avaient aucune idée de sa malignité et de ses
conséquences.
D’autre part, le gouvernement de Dieu ne s’étendant pas seulement aux
habitants du ciel, mais à ceux de tous les mondes créés, Satan
(l’adversaire) songea que s’il pouvait entraîner les anges dans sa
révolte, il pourrait aussi ajouter les autres mondes à son empire. Il
fallait donc que l’univers tout entier comprît le caractère réel de
l’usurpateur et la vraie nature de ses machinations. Il fallait que,
devant les
habitants du ciel et de tous les mondes, fussent démontrées la justice
de Dieu et la perfection de Sa loi. Dans l’intérêt de l’univers entier
à travers les âges éternels, il importait que chacun pût voir sous
leur véritable jour les accusations de Lucifer contre le gouvernement
divin. Il fallait, en outre, d’une manière indubitable, que
l’immutabilité de la loi de Dieu fût établie et que les accusations du
grand révolté fussent condamnées par ses propres oeuvres.
Il fallait laisser mûrir le mal. Voilà pourquoi, lorsqu’il fut décidé
que Satan ne serait plus toléré dans le ciel, Dieu ne jugea pas à
propos de lui ôter la vie. Le Créateur ne peut agréer qu’une adoration
fondée sur un sentiment d’amour et une allégeance dictée par la
conviction de Sa justice et de Sa bonté. Or, si la peine capitale
avait été infligée au grand coupable, les habitants du ciel et des
autres mondes, encore incapables de comprendre la nature et les
conséquences du péché, n’auraient pas pu, dans cet acte sommaire,
discerner la justice et la miséricorde de Dieu. Si l’existence de
Satan avait été immédiatement supprimée, l’univers aurait servi Dieu
par crainte plutôt que par amour. Les sympathies qui allaient au chef
de la révolte n’auraient pas complètement disparu, et l’esprit
d’insurrection n’aurait pas été entièrement déraciné.
Quand on annonça au chef des rebelles qu’il allait être expulsé, avec
tous ses partisans, du séjour de la félicité, il afficha hardiment son
mépris pour la loi du Créateur, et réitéra son affirmation que les
anges n’avaient pas besoin d’autre loi que leur volonté, qui les
guiderait toujours dans la bonne voie. Prétendant que les statuts
divins portaient atteinte à leurs libertés, il déclara que son dessein
était d’obtenir l’abolition de toute espèce de loi, ajoutant
qu’affranchies de ce joug, les intelligences célestes entreraient dans
une existence plus élevée et plus glorieuse.
À l’unanimité, Satan et ses anges accusèrent le Fils de Dieu d’être
l’auteur responsable du schisme, affirmant que s’ils n’avaient pas été
réprimandés, ils ne se seraient jamais révoltés. Obstinés et effrontés
dans leur révolte, et se disant cyniquement les victimes d’un pouvoir
oppresseur, le grand rebelle et ses partisans furent enfin bannis du
ciel.
L’esprit qui a fait naître la révolte dans la demeure de Dieu se
fomente encore aujourd’hui sur la terre. Satan poursuit parmi les
hommes l’oeuvre commencée chez les anges. Il règne maintenant sur «
les enfants de la rébellion ». Comme lui, ceux-ci s’efforcent de
supprimer les restrictions imposées par la loi de Dieu, et c’est par
la transgression de ses préceptes qu’ils promettent aux hommes la
liberté. La lutte contre le péché suscite encore aujourd’hui la
résistance et la haine. Quand Dieu parle aux consciences par des
messages d’avertissement, Satan pousse les hommes à se justifier et à
chercher de la sympathie. Au lieu d’abandonner leurs erreurs, ils
excitent l’indignation, contre ceux qui les censurent, comme si ces
derniers étaient la cause du mal. Depuis Abel jusqu’à maintenant, cet
esprit s’est toujours manifesté envers ceux qui osent condamner le
péché.
C’est en calomniant le caractère de Dieu comme il l’avait fait dans le
ciel, et en le représentant comme sévère et tyrannique, que Satan a
fait tomber l’homme dans le mal. Ayant réussi, il déclare que ce sont
les injustes restrictions de Dieu qui ont amené la chute de l’homme,
comme elles ont provoqué sa propre défection. L’Éternel, en revanche,
définit Son caractère comme suit : « Dieu miséricordieux et
compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui
conserve son amour jusqu’à mille générations, qui pardonne l’iniquité,
la rébellion et le péché, mais qui ne tient point le coupable pour
innocent. »
(
Exode 34.6, 7)
En bannissant Satan du ciel, Dieu
manifestait Sa justice et soutenait l’honneur de Son trône. Mais
quand, entraîné par la supercherie du grand apostat, l’homme eut
péché, Dieu donna une preuve de son amour en livrant son Fils unique à
la mort en faveur de l’espèce humaine. C’est au Calvaire que le
caractère de Dieu se révéla. La croix prouva à l’univers tout entier
que la rébellion de Lucifer n’était nullement imputable au
gouvernement de Dieu.
Dans la lutte entre le Christ et Satan, durant le ministère du
Sauveur, le véritable caractère du grand séducteur se révéla. Rien ne
fut plus propre à éteindre chez les anges et chez toutes les
intelligences de l’univers la dernière étincelle d’affection pour
Lucifer, que sa guerre cruelle contre le Rédempteur du monde. L’audace
blasphématoire avec laquelle il osa demander à Jésus de lui rendre
hommage, la hardiesse présomptueuse qui le poussa à le transporter au
haut de la montagne et au sommet du temple, la perfidie dont il fit
preuve en lui suggérant de se précipiter d’une hauteur vertigineuse,
la malignité inlassable avec laquelle il le harcela de lieu en lieu
jusqu’à inciter les sacrificateurs et le peuple à renier Son amour et
à s’écrier : « Crucifie-le! Crucifie-le! » -- tout cela provoqua
l’étonnement et l’indignation de l’univers.
C’est Satan qui poussa le monde à rejeter Jésus-Christ. Voyant que la
miséricorde, l’amour, la compassion et la tendresse du Sauveur
représentaient aux yeux du monde le caractère de Dieu, Satan fit usage
de toute sa puissance et de toute son astuce pour le supprimer. Il
contesta chacune des prétentions du Fils de Dieu et employa comme
agents des hommes chargés de semer sa vie de souffrance et de
tristesse. Les sophismes et les mensonges par lesquels il s’efforça
d’entraver l’oeuvre de Jésus, la haine manifestée par ses sicaires,
ses cruelles accusations contre une vie de bonté sans exemple : tout
cela dénotait une rancoeur séculaire qui se déchaîna sur le Fils de
Dieu au Calvaire comme un torrent de malignité, de haine et de
vengeance que le ciel entier contempla dans un silence glacé
d’horreur.
Son sacrifice consommé, Jésus monta aux cieux, mais il n’accepta les
hommages des anges qu’après avoir présenté au Père cette requête : «
Je veux que là où je suis ceux que tue m’as donnés soient aussi avec
moi. »
(
Jean 17.24)
En accents d’une puissance et d’un amour
inexprimables, le Père fit entendre de son trône cette réponse : « Que
tous les anges de Dieu l’adorent! »
(
Hébreux 1.6)
Jésus était sans
tache. Son humiliation finie, son sacrifice consommé, il reçut un nom
qui est au-dessus de tout autre nom.
Désormais, la culpabilité de Satan était inexcusable. Il s’était
montré tel qu’il est : menteur et meurtrier. On comprit que l’esprit
qu’il manifestait parmi les hommes qui s’étaient rangés sous son
sceptre, il l’aurait introduit dans le ciel s’il en avait eu la
possibilité. Il avait prétendu que la transgression de la loi de Dieu
ouvrirait une ère de gloire et de liberté : on voyait maintenant
qu’elle n’avait amené que l’esclavage et la dégradation.
Les accusations mensongères de Lucifer contre le caractère et le
gouvernement de Dieu apparurent sous leur vrai jour. Il avait affirmé
qu’en exigeant de ses créatures la soumission et l’obéissance, Dieu
demandait d’elles un renoncement et des sacrifices auxquels il n’eût
pas consenti lui-même et recherchait uniquement Sa gloire personnelle.
Or chacun pouvait maintenant constater que, pour sauver une race
pécheresse, le Maître de l’univers n’avait pas reculé devant le plus
grand sacrifice auquel Son amour eût pu consentir; « car Dieu était en
Christ, réconciliant le monde avec lui-même »
(
2 Corinthiens 5.19 ).
On vit aussi que Lucifer, assoiffé de gloire et de domination, avait
ouvert la porte au péché, tandis que, pour détruire le mal, le Fils de
Dieu s’était humilié en devenant obéissant jusqu’à la mort.
Dieu avait témoigné de l’horreur pour les principes de la rébellion,
et le ciel tout entier voyait maintenant éclater sa justice, tant dans
la condamnation de Satan que dans la rédemption de l’homme. Lucifer
avait déclaré que si la loi était immuable et si chaque transgression
devait être punie, tout transgresseur devait être à jamais exclu de la
faveur du Créateur. Il avait affirmé que l’espèce humaine ne pouvait
pas être rachetée et qu’elle était, par conséquent, sa légitime proie.
Mais la mort de Jésus en faveur de l’homme était un argument
irrésistible : la pénalité de la loi était tombée sur un Être qui
était l’égal de Dieu, laissant l’homme libre d’accepter Sa justice et
de triompher de la puissance de Satan, de même que le Fils de Dieu en
avait été vainqueur. Ainsi, tout en demeurant juste, Dieu avait
justifié ceux qui croient en Jésus.
Mais si le Christ est venu souffrir et mourir, ce n’est pas seulement
pour assurer le salut de l’homme. S’il est venu pour rendre la loi de
Dieu « grande et magnifique », ce n’est pas uniquement pour les
habitants de cette terre : son grand sacrifice démontre à l’univers
entier que cette loi est immuable. Si elle avait pu être abolie, le
Fils de Dieu n’aurait pas dû donner sa vie pour en expier la
transgression. Sa mort en prouve l’immutabilité. L’expiation consentie
par l’amour du Père et du Fils pour assurer la rédemption des pécheurs
démontre -- et pouvait seule démontrer -- à l’univers entier que la
justice et la miséricorde sont à la base de la loi et du gouvernement
de Dieu.
Tout en proclamant à l’univers l’immutabilité de la loi, la croix du
Calvaire affirme que le salaire du péché, c’est la mort. Ce cri du
Sauveur expirant : « Tout est accompli » a sonné le glas de Satan.
L’issue du grand conflit séculaire était désormais décidée et
l’extirpation finale du mal assurée. Le Fils de Dieu est descendu dans
la tombe « afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance
de la mort, c’est-à-dire le diable »
(
Hébreux 2.14 ).
Au jugement dernier, quand le Juge de toute la terre demandera à Satan
: « Pourquoi t’es-tu révolté contre moi et m’as-tu ravi mes sujets? »
l’auteur du mal restera bouche close. Toutes les lèvres seront fermées
et toutes les armées de la rébellion resteront silencieuses.
L’ambition de Lucifer l’avait poussé à dire : « J’élèverai mon trône
au-dessus des étoiles de Dieu... Je serai semblable au Très-Haut. »
Dieu a répondu : « Je te réduis en cendre sur la terre... Tu es
réduit au néant, tu ne seras plus à jamais! »
(
Ésaïe 14.13, 14;
Ézéchiel 28.18, 19)
Lorsque le jour viendra, « ardent comme une
fournaise, tous les hautains et tous les méchants seront comme du
chaume; le jour qui vient les embrasera, dit l’Éternel des armées, il
ne leur laissera ni racine ni rameau »
(
Malachie 4.1 ).
Dieu a fait de la révolte de Satan une leçon pour l’univers dans tous
les siècles à venir, un témoignage perpétuel de la nature et des
terribles conséquences du péché. L’application des principes de
Lucifer et leurs effets sur les anges et les hommes devaient donner
une juste idée de ce qu’il en coûte de braver l’autorité divine. Cette
expérience devait prouver que le bien-être de toutes les créatures
dépend de la permanence du gouvernement et des lois de Dieu.
L’histoire de cette sombre révolte devait être pour tous les anges une
sauvegarde perpétuelle révélant définitivement le caractère de la
désobéissance et de sa pénalité.
L’univers tout entier aura été témoin de la nature et des conséquences
du péché. La totale extirpation du mal qui, accomplie au début, eût
été un sujet d’effroi pour les anges et eût terni l’honneur de Dieu,
proclamera hautement son amour et établira son honneur devant
l’univers fidèle et joyeusement soumis à Sa loi. Plus jamais le mal ne
reparaîtra. Dieu a fait cette déclaration : « La détresse ne paraîtra
pas deux fois. »
(
Nahum 1.9)
La loi de Dieu, dénigrée par Satan,
qualifiée de joug d’esclavage, sera honorée comme une loi de liberté.
Une création éprouvée et restée fidèle ne cherchera plus à déserter
celui dont l’amour insondable et la sagesse infinie lui auront été si
abondamment manifestés.