En prêchant la doctrine du retour du Seigneur, William
Miller et ses collaborateurs n'avaient eu d'autre objet
que de réveiller le monde et de l'aider à se préparer
en vue du jugement. Leur seul but, en rappelant la
véritable espérance de l'Église à ceux qui professaient la
piété, avait été de les amener à une vie chrétienne plus réelle
et de convaincre les inconvertis du devoir de se repentir et de
se donner à Dieu sans retard. « Ils ne songèrent pas à recruter
des adhérents à une secte ou à un parti religieux. Ils travaillèrent
parmi tous les partis et toutes les sectes sans s'ingérer
dans leur organisation ou leur discipline. »
« Dans tous mes travaux, dit Miller, je n'ai jamais
songé à établir une confession indépendante des églises existantes,
ou à favoriser l'une au détriment de l'autre. Je désirais
faire du bien à toutes. Je supposais que tous les chrétiens
se réjouiraient à la perspective du retour du Christ et, croyant
que ceux qui ne partageraient pas mes vues ne témoigneraient
aucune inimitié à ceux qui les adopteraient, je n'avais
jamais envisagé la nécessité de réunions séparées. Mon unique
but était de convertir des âmes à Dieu, d'avertir le monde
d'un jugement imminent, et d'amener mes semblables à se
préparer en vue de leur rencontre avec le Sauveur. La
majorité de ceux qui se sont convertis grâce à mes travaux
est entrée dans diverses églises. »
(Bliss, Memoirs of William Miller, p. 328)
Comme l'oeuvre de Miller tendait à édifier les églises,
elle fut un moment envisagée avec faveur. Mais les pasteurs
et les conducteurs religieux se prononcèrent contre la doctrine
adventiste et, pour que cette question cesse d'être
agitée, ils ne se contentèrent pas de manifester leur opposition
du haut de la chaire, mais ils contestèrent à leurs
ouailles le droit d'aller entendre des prédications et même
de parler de leurs convictions dans les réunions d'édification.
Les croyants se trouvèrent ainsi dans une situation des plus
embarrassantes. Ils ne tenaient pas à se séparer de leurs
églises qu'ils aimaient; mais quand ils virent qu'on imposait
le silence au témoignage de la Parole de Dieu et qu'on leur
déniait le droit d'étudier la prophétie, ils jugèrent que leur
fidélité envers Dieu leur interdisait de se soumettre. Ne
pouvant plus considérer comme Église du Christ, comme
« colonne et appui de la vérité » une assemblée qui supprimait
le libre témoignage de la Parole de Dieu, ils s'estimèrent
autorisés à se séparer de leurs anciens frères. En conséquence,
dans le courant de l'été de 1844, cinquante mille personnes
environ se retirèrent des diverses confessions des États-Unis.
À partir de ce moment, on observa un changement
radical dans la plupart de ces églises. Depuis quelques
années, on avait remarqué en elles une tendance graduelle
mais constante vers la mondanité, et, parallèlement, un
déclin de la vie spirituelle; mais, en cette même année, un
affaissement soudain et bien caractérisé se manifesta dans la
plupart de ces congrégations. Ce fait, apparemment inexplicable,
fut dûment constaté et commenté, tant dans la presse
que du haut de la chaire.
Lors d'une réunion du synode de Philadelphie,
Charles Barnes, auteur d'un commentaire fort estimé et
pasteur de l'une des principales églises de la ville, déclara
que, pendant un ministère de vingt années, il n'avait jamais,
jusqu'à la dernière assemblée, célébré la sainte Cène sans
recevoir dans l'église un certain nombre de nouveaux membres.
« Maintenant, dit-il, il n'y
a pas de réveils, pas de
conversions, pas de croissance en grâce apparente chez les
membres, et personne ne vient me trouver pour s'entretenir
avec moi de l'état de son âme. À la prospérité matérielle,
aux progrès du commerce et de l'industrie, correspond un
accroissement de la mondanité.
Et il en est ainsi dans toutes
les églises. »
(Congregational Journal, 23 mai 1844)
Au mois de février de la même année, le professeur
Finney, du college Oberlin, disait : « Nous avons pu constater
qu'en règle générale les églises protestantes de notre
pays sont ou indifférentes ou hostiles à presque toutes les
réformes morales du siècle. Il y a des exceptions, mais
elles n'infirment pas la règle générale. Nous nous trouvons
en présence d'un autre fait : l'absence presque universelle
de tout réveil dans les églises. Presque partout, l'on
constate un marasme spirituel terriblement prononcé; la
presse religieuse de tout le pays en fait foi... D'une façon
générale, les membres de nos églises deviennent les esclaves
de la mode : ils participent aux parties de plaisir, aux danses
et aux festivités des inconvertis... Mais ne nous étendons
pas sur ce pénible sujet. Qu'il nous suffise de dire, et cela
devient de plus en plus évident et écrasant, que les
églises
en général dégénèrent d'une façon lamentable. Elles se sont
fort éloignées du Sauveur, et il s'est retiré d'elles. »
Un correspondant du
Religious Telescope écrivait :
« Jamais on n'avait encore assisté à un tel déclin religieux.
Vraiment, l'Église devrait se réveiller et rechercher les
causes de cette situation qui, aux yeux de tous ceux qui
aiment Sion, est une véritable calamité. Quand on réfléchit
à la rareté des conversions réelles et à l'impertinence inouïe
des pécheurs, on s'écrie presque involontairement : "Le
Seigneur ne serait-il plus miséricordieux? on bien la porte
de la grâce serait-elle fermée?" »
La cause de cet état de choses se trouvait forcément
dans l'Église elle-même. Les ténèbres spirituelles qui enveloppent
les nations, les églises et les individus ne proviennent
pas de ce que Dieu retire arbitrairement les secours
de sa grâce, mais de l'attitude des hommes à l'égard de la
lumière. Un exemple frappant de ce fait est renfermé dans
l'histoire de la nation juive au temps de Jésus. Par son
attachement au monde et par son oubli de Dieu et de sa
Parole, l'ancien Israël était tombé dans l'obscurité morale
et la sensualité. Aussi alla-t-il, dans son orgueil et son
incrédulité, jusqu'à rejeter son Rédempteur. Même alors, Dieu
n'enleva pas au peuple juif la possibilité de connaître les
bienfaits du salut et d'y participer. Mais ceux qui avaient
rejeté la vérité avaient perdu tout désir de posséder ce don
céleste. Ils avaient « changé les ténèbres en lumière et la
lumière en ténèbres »; et combien grandes étaient ces ténèbres!
Il plaît à Satan de voir les hommes abandonner la
piété vivante et ne retenir que les formes de la religion.
Après avoir rejeté l'Évangile, les Juifs conservèrent
jalousement leurs anciens rites; tout en reconnaissant que la
présence de Dieu ne se manifestait plus au milieu d'eux, ils
restèrent farouchement cantonnés dans leur exclusivisme national.
La prophétie de Daniel indiquait de façon si précise le
temps de la venue du Messie et prédisait si clairement sa
mort, qu'ils en défendaient l'étude, et que les rabbins finirent
même par prononcer l'anathème contre ceux qui s'y adonnaient.
Dans son aveuglement et son impénitence, le peuple
d'Israël est resté, pendant dix-huit siècles, indifférent aux
offres gracieuses du salut et aux bienfaits de l'Évangile :
exemple effrayant et solennel des dangers que court celui
qui rejette la lumière du ciel.
Les mêmes causes produiront toujours les mêmes
effets. Quiconque résiste à ses convictions parce qu'elles
contrarient ses inclinations finit par perdre la faculté de
distinguer la vérité de l'erreur. L'entendement s'obscurcit,
la conscience se cautérise, le coeur s'endurcit, et l'âme se
sépare de Diem. Là où la vérité divine est méprisée ou
négligée, l'Église est plongée dans les ténèbres. La foi et
l'amour font place à la mésentente et aux dissensions; les
croyants concentrent leur attention et leur énergie sur les
choses du monde, et les pécheurs s'endurcissent dans leur
impénitence.
Le message de l'ange de l'Apocalypse annonçant
« l'heure du jugement » et invitant le monde à « craindre
Dieu et a lui donner gloire », était destiné à réveiller le
peuple de Dieu et à le séparer des influences corruptrices
du monde. Si les églises avaient accepté cet avertissement,
elles auraient banni de leur sein les péchés qui les séparaient
du ciel. Si elles avaient reçu ce message en toute sincérité,
si elles s'étaient humiliées devant Dieu et préparées à subsister
devant sa face, l'Esprit et la puissance d'en haut se
seraient manifestés au milieu d'elles. Elles seraient revenues
à l'unité, à la foi et à l'amour du temps des apôtres,
alors que les croyants n'étaient « qu'un coeur et qu'une
âme », qu'« ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance »,
et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à l'Église
ceux qui étaient sauvés »
(
Actes 4.32, 31;
2.47).
Si le peuple de Dieu recevait la lumière telle qu'elle
brille dans les Écritures, il réaliserait l'unité entrevue dans
la prière de Jésus, et que l'apôtre appelle « l'unité de l'esprit
par le lien de la paix ». « Il y a
un seul corps et un seul
Esprit, comme aussi vous avez été appelés à
une seule
espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur,
une seule
foi,
un seul baptême. »
(
Éphésiens 4.3-5)
Tels furent les résultats auxquels arrivèrent ceux qui
acceptèrent le message adventiste. Issus de différentes
confessions, ils renversèrent leurs barrières confessionnelles
et pulvérisèrent leurs credo contradictoires. L'espérance, non
conforme aux enseignements de la Bible, d'un millénium
temporel fut abandonnée, les idées erronées sur le retour du
Christ furent corrigées, l'orgueil et la conformité avec le
monde disparurent, les torts furent réparés, les coeurs
s'unirent dans la plus douce communion, l'amour et la joie
régnèrent sans partage. Ces heureux effets accomplis pour
un petit nombre, la doctrine du retour du Christ les eût
répandus sur tous les chrétiens si tous l'avaient accueillie.
Malheureusement, les églises, en général, n'acceptèrent
pas ce message d'avertissement. Leurs pasteurs qui,
en leur qualité de « sentinelles de la maison d'Israël »,
auraient dû être les premiers à discerner les signes du retour
de Jésus, n'avaient aperçu la vérité ni dans le témoignage des
prophètes ni dans les signes des temps. Des espérances et
des ambitions mondaines remplissant leurs coeurs, leur
amour pour Dieu et leur foi en sa Parole se refroidirent
et, quand la doctrine du retour du Christ leur fut présentée,
elle ne rencontra que préjugés et incrédulité. On avançait
contre ce message le fait qu'il était prêché presque exclusivement
par des laïques. Comme les Juifs autrefois, on répondait
au témoignage clair et précis de la Parole de Dieu par
la question : « Y a-t-il un seul des chefs et des pharisiens qui
ait cru en lui? » D'autres, voyant combien il était difficile
de réfuter les arguments tirés des périodes prophétiques,
déconseillaient l'étude des prophéties sous prétexte qu'étant
scellées, elles ne pouvaient être comprises. Des foules, qui
avaient en leurs pasteurs une confiance aveugle, refusèrent
de prendre garde à l'avertissement; d'autres, bien que
convaincus de la vérité, n'osaient pas la confesser, de peur
« d'être chassés de la synagogue ». Le message envoyé par
Dieu pour éprouver et purifier l'Église révéla combien était
grand le nombre de ceux qui avaient placé leurs affections
sur le monde et non sur Jésus-Christ. Les liens qui les retenaient
à la terre étaient plus puissants que ceux qui les attiraient
vers le ciel. Ils optèrent en faveur de la sagesse
humaine et se détournèrent du message scrutateur de la vérité.
En rejetant l'avertissement du premier ange, ils
repoussèrent le moyen que le ciel avait préparé en vue de
leur restauration. Ayant méprisé le messager miséricordieux
capable de corriger les maux qui les séparaient de Dieu, ils
recherchèrent avec plus d'ardeur que jamais la faveur du
monde. Telle était la cause de la terrible condition de
mondanité, de tiédeur et de mort spirituelle qmi régnait dans
les églises en 1844.
Le premier ange du quatorzième chapitre de l'Apocalypse
est suivi d'un second, qui proclame : « Elle est
tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé
toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité! »
(
Apocalypse 14.8)
Le terme « Babylone » dérive du mot « Babel » qui signifie
confusion. Il est employé dans l'Apocalypse pour désigner
les différentes formes d'une religion fausse ou apostate. Au
dix-septième chapitre, Babylone est représentée sous le symbole
d'une femme, image que les Écritures emploient pour
désigner une église : une femme chaste, quand il s'agit d'une
église pure; une femme corrompue, quand il s'agit d'une
église apostate.
Dans le saint Livre, les relations sacrées et permanentes
qui existent entre Jésus-Christ et son Église sont
symbolisées par les liens du mariage. Le Seigneur s'est uni
à son peuple par une alliance solennelle. Il lui promet d'être
son Dieu, et son peuple, de son côté, s'engage à n'appartenir
qu'à lui seul. Dieu lui dit : « Je serai ton fiancé pour toujours;
je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la
miséricorde »
(
Osée 2.21);
« car je suis votre maître »
(
Jérémie 3.14). Et l'apôtre
Paul se sert de la même figure dans le Nouveau Testament,
quand il dit : « Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous
présenter à Christ comme une vierge pure. »
(
2 Corinthiens 11.2)
Quand l'Église détourne ses affections de Jésus pour
les reporter sur les choses du monde, son infidélité est
comparée à la violation du voeu conjugal. Israël s'éloignant du
Seigneur est représenté sous cette image, et le merveilleux
amour de Dieu, méconnu, est ainsi dépeint : « Je te jurai
fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, l'Éternel,
et tu fus à moi. » « Tu étais d'une beauté accomplie, digne
de la royauté. Et ta renommée se répandit parmi les nations,
à cause de ta beauté; car elle était parfaite, grâce à l'éclat
dont je t'avais ornée... Mais tu t'es confiée dans ta beauté,
et tu t'es prostituée, à la faveur de ton nom. » « Comme
une femme est infidèle à celui qui l'aime, ainsi vous m'avez
été infidèles, gens de la maison d'Israël. »
(
Ézéchiel 16.8, 13-15, 32;
Jérémie 3.20 vers. Synodale)
Le Nouveau Testament se sert d'un langage analogue
à l'égard des soi-disant chrétiens qui apprécient plus hautement
la faveur du monde que celle de Dieu, « Adultères
que vous êtes! dit l'apôtre Jacques, ne savez-vous pas que
l'amour du monde est inimitié contre Dieu? Celui donc qui
veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. »
(
Jacques 4.14)
La femme du dix-septième chapitre de l'Apocalypse
(appelée Babylone) est décrite comme « vêtue de pourpre et
d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles.
Elle tenait dans sa main une coupe d'or, remplie d'abominations
et des impuretés de sa prostitution. Sur son front
était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la
mère des impudiques. » Le prophète poursuit : « Je vis
cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins
de Jésus. » Il est dit, de plus, que Babylone « est la grande
ville qui a la royauté sun les rois de la terre ».
(
Apocalypse 17.4-6, 18) La puissance
qui, durant tant de siècles, a exercé un règne despotique
sur tous les monarques de la chrétienté, c'est Rome.
La pourpre et l'écarlate, l'or, les pierres précieuses et les
perles dont cette femme est parée rappellent d'une manière
frappante la magnificence et la pompe plus que royales de
la cour de Rome. En outre, aucun pouvoir humain n'a été
« ivre du sang des saints » comme l'église qui a si cruellement
persécuté les disciples de Jésus-Christ. Babylone est aussi
accusée de relations illicites avec « les rois de la terre ». En
s'éloignant de Dieu et en s'alliant avec les païens, l'église
juive était devenue une prostituée. Or, en recherchant l'appui
des pouvoirs de la terre, Rome s'est rendue coupable du
même péché, et encourt la même inculpation.
Babylone est appelée « la
mère des impudiques ».
Ses
filles représentent évidemment les églises qui s'attachent
à ses doctrines et à ses traditions, et qui, comme elle,
sacrifient la vérité et l'approbation de Dieu pour contracter
une alliance illicite avec le monde. Le message annonçant
la
chute de Babylone concerne des organisations religieuses
qui, autrefois pures, se sont corrompues. Étant donné que
ce message suit la proclamation de « l'heure du jugement »
et se rapporte aux derniers jours, il ne peut désigner l'église
catholique seule, « tombée » il y a des siècles. En outre, au
dix-huitième chapitre, le « peuple de Dieu » est invité à
sortir de Babylone. D'après ce passage, nombre d'enfants
de Dieu se trouvent encore dans Babylone. Quels corps
religieux recèlent, actuellement, la plus forte proportion de
disciples de Jésus? Ce sont, sans aucun doute, les diverses
églises professant la foi protestante. Au moment de leur
naissance, ces églises ont pris noblement position pour Dieu
et pour la vérité, et la bénédiction de Dieu a reposé sur
elles. Les non-croyants eux-mêmes ont dû reconnaître les
bienfaits qui découlent de l'acceptation des principes de
l'Évangile. Pour employer les termes du prophète, « ta
renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté;
car elle était parfaite, grâce à l'éclat dont je t'avais ornée,
dit le Seigneur, l'Éternel ». Mais ces églises sont tombées par
le péché même qui avait été la cause de la ruine d'Israël : le
désir de suivre l'exemple et de gagner l'amitié des impies.
« Tu t'es confiée dans ta beauté, et tu t'es prostituée, à la
faveur de ton nom. »
(
Ézéchiel 16.14-15)
Un grand nombre d'églises protestantes suivent
l'exemple de Rome dans son commerce impur avec les rois
de la terre; les églises nationales, en s'alliant avec les
gouvernements civils; puis d'autres églises, en recherchant la
faveur du monde. Le terme « Babylone » (confusion) convient
bien à ces corps religieux qui, professant tous puiser leurs
doctrines dans les Écritures, sont fractionnés en sectes
innombrables aux croyances et aux théories contradictoires.
Outre leur union illégitime avec le monde, les églises
sorties de Rome lui ressemblent à d'autres égards encore.
Un ouvrage catholique affirme que, « si l'Église de Rome
fut jamais coupable d'idolâtrie à l'égard des saints, sa fille,
l'Église anglicane, qui a dix églises consacrées à Marie pour
une consacrée à Jésus-Christ, participe à la même culpabilité ».
(Dr Challoner,
The Catholic Christian Instructed, préface, p. 21, 22)
Dais son
Traité sur le Millénium, le docteur Hopkins
écrit : « Il n'y a pas de raison de prétendre que l'esprit et
les rites antichrétiens sont le monopole de l'Église de Rome.
Les églises protestantes ont conservé dans leur sein bien
des choses provenant de l'Antichnist, et elles sont loin d'être
réformées de... toute corruption et de toute méchanceté. »
(Samuel Hopkins,
Works, vpl. II, p. 328)
Au sujet de la séparation de l'Église presbytérienne
d'avec Rome, le docteur Guthrie s'exprime ainsi : « Il y a
trois cents ans, notre église sortait du giron de Rome portant
sur ses étendards une Bible ouverte et cette devise :
Sondez
les Écritures. Puis il pose cette question significative :
« Est-elle sortie
pure de Babylone? »
(John Guthrie,
The Gospel in Ezechiel, p. 237)
« L'Église anglicane, dit Spurgeon, semble être
entièrement dévorée par le puseyisme; mais la dissidence
paraît être tout aussi entamée par l'incrédulité philosophique.
Ceux dont nous attendions de meilleures choses
se détournent l'un après l'autre des bases de la foi. Je crois
que le coeur de l'Angleterre est rongé par une damnable
incrédulité qui ose encore monter en chaire et se dire chrétienne. »
(Voir
Appendice a44)
Quelle fut l'origine de la grande apostasie? Comment
l'Église s'est-elle éloignée, aux premiers siècles, de la
simplicité de l'Évangile? C'est en adoptant les pratiques
païennes afin de faciliter la conversion des païens. L'apôtre
Paul écrivait, au premier siècle : « Le mystère de l'iniquité
agit déjà. »
(
2 Thessaloniciens 2.7)
Pendant la vie des apôtres, l'Église resta
relativement pure. Mais « vers la fin du second siècle, la plupart
des églises se transformèrent; la simplicité première disparut,
et, insensiblement, à mesure que les anciens disciples
descendaient dans la tombe, leurs enfants, en compagnie des
nouveaux convertis... entrèrent en scène et donnèrent une
forme nouvelle à la cause ».
(Robert Robinson,
Ecclesiastical Reseatches, chap. VI, par. 17)
Pour obtenir des conversions,
on abaissa le niveau de la foi chrétienne; « le paganisme
inonda l'Église et y introduisit ses coutumes, ses pratiques
et ses idoles ».
(
Gavazzi's Lectures, p. 278)
Assure de la faveur et de l'appui des princes,
le christianisme fut nominalement accepté par les foules,
dont un grand nombre d'individus, apparemment chrétiens,
« restaient réellement païens, et continuaient d'adorer leurs
idoles en secret ».
(
Gavazzi's Lectures, p. 278)
Le même processus ne s'est-il pas répété dans presque
toutes les Églises soi-disant protestantes? À mesure que
disparurent les hommes qui les avaient fondées dans le
véritable esprit de la Réforme, leurs descendants donnèrent
une forme nouvelle à la cause. Fanatiquement attachés au
credo de leurs pères mais refusant d'accepter toute vérité
nouvelle, les enfants des réformateurs se sont écartés de
l'exemple d'humilité, de renoncement et de simplicité qu'ils
avaient reçu.
Cet amour du monde, qui est une « inimitié contre
Dieu », est excessivement répandu parmi les soi-disant disciples
du Christ. Dans toute la chrétienté, les églises populaires
se sont beaucoup éloignées de l'humilité, du renoncement,
de la simplicité et de la piété enseignés par la Bible.
Voici ce qu'a écrit Jean Wesley au sujet de l'usage légitime
de l'argent : « Ne perdez aucune parcelle de ce précieux don
pour satisfaire la convoitise des yeux par des vêtements
superflus et coûteux, ou par des ornements inutiles. N'en
gaspillez rien pour décorer votre maison d'objets d'art, pour
la garnir de meubles superflus ou coûteux ou pour l'embeliir
de tableaux et de dorures... Ne le dépensez pas pour satisfaire
l'orgueil de la vie et attirer l'admiration ou la louange
des hommes... Tant que "tu te vêtiras de pourpre et de
fin lin, et que chaque jour tu mèneras joyeuse et brillante
vie", beaucoup de gens, sans doute, applaudiront à la finesse
de ton goût, à ta générosité et à ton hospitalité. Mais
n'achète pas si cher leurs applaudissements. Contente-toi
plutôt de l'honneur qui vient de Dieu. »
(Wesley's Works, sermon 50, « The Use of Money »)
De nos jours, hélas! bien des églises dédaignent ces exhortations.
L'appartenance à l'Église est un facteur de considération.
Dans certains pays, les dirigeants, les diplomates,
les avocats, les docteurs, les négociants s'y font recevoir
pour s'assurer le respect et la confiance de la société et
soigner leurs propres intérêts, cherchant à dissimuler toutes
leurs indélicatesses sous le manteau du christianisme. Les
différentes confessions religieuses, fortes de la richesse et de
l'influence de ces mondains baptisés, s'en servent en vue
d'accroître la faveur dont elles jouissent auprès du public.
De superbes églises, enrichies de la façon la plus extravagante,
s'érigent sur les avenues les plus fréquentées. Les
fidèles sont somptueusement vêtus. Des honoraires élevés
sont offerts à des pasteurs de talent capables d'attirer et de
captiver de grands auditoires. On exige d'eux des sermons
chatouillant agréablement les oreilles et ne dénonçant pas le
péché. C'est ainsi que les noms de pécheurs de distinction
encombrent les registres de l'Église, et que les péchés à la
mode sont cachés sous l'apparence de la piété.
Parlant de l'attitude actuelle des soi-disant chrétiens
à l'égard du monde, un grand quotidien écrivait : «
Insensiblement, l'Église a cédé devant l'esprit du siècle et a
adapté ses formes de culte aux besoins modernes... L'Église
utilise actuellement tout ce qui peut rendre la religion
attrayante. » L'
Independent, de New York, disait du
méthodisme tel qu'il est maintenant : « La ligne de démarcation
entre les gens pieux et les impies se perd dans une espèce de
pénombre, et dans les deux camps des hommes zélés
s'emploient activement à oblitérer toute différence entre
leurs façons d'agir et de s'amuser... La popularité de la
religion tend à augmenter sensiblement le nombre de ceux
qui veulent s'en assurer les avantages, sans en remplir
honnêtement les devoirs. »
Howard Crosby s'exprimait en ces termes : « Il est
alarmant de constater que l'Église de Jésus-Christ répond si
peu aux intentions de son Maître. De même que les Juifs,
par leur familiarité avec les idolâtres, s'étaient autrefois
éloignés de Dieu... l'Église de Jésus, par une intimité
illicite avec un monde incrédule, perd graduellement la vie
divine et s'abandonne aux coutumes pernicieuses d'une société
sceptique et irréligieuse. »
(The Healthy Christian : An Appeal to the Chruch, p. 141, 142)
Emportée par la marée montante de la mondanité,
par l'amour du plaisir, l'Église perd la notion du renoncement
et du sacrifice pour le nom de Jésus. « Plusieurs
des hommes et des femmes qui jouent actuellement un rôle
dans nos églises out appris, dans leur enfance, à consentir
des sacrifices pour subvenir à l'oeuvre de Dieu. » Mais
« maintenant, quand l'Église a besoin d'argent, songe-t-on
à solliciter des dons? Oh non! On organise une vente, une
soirée récréative, une loterie, un banquet, n'importe quoi,
pourvu que cela soit amusant! »
Dans son message annuel du 9 janvier 1873, le gouverneur
Washburn, du Wisconsin, faisait la déclaration
suivante : « Une loi serait nécessaire pour fermer les écoles
où se forment les amateurs du jeu. On les voit partout. Il
arrive même que l'Église -- sans doute inconsciemment --
contribue à l'oeuvre du diable. Je parle des concerts, des
soirées, des tombolas, quelquefois organisés au profit
d'oeuvres charitables, mais souvent aussi à des fins moins
utiles, consistant uniquement à obtenir de l'argent sans rien
donner en contrepartie. Rien n'est si démoralisant, ni si
alléchant, en particulier pour la jeunesse, que de trouver le
moyen d'obtenir de l'argent ou d'autres biens sans avoir à
travailler. Puisque des gens respectables collaborent à des
entreprises où la chance joue le rôle principal, et
tranquillisent leur conscience par la pensée que l'argent ainsi
obtenu est destiné à un bon but, il ne faut pas s'étonner que notre
jeunesse prenne si facilement des habitudes dont les jeux de
hasard sont presque infailliblement la cause. »
La mondanité envahit toutes les églises. Dans un sermon
prêché à Londres, Robert Atkins traçait ce sombre
tableau du déclin spirituel en Angleterre : « Le nombre des
hommes réellement droits diminue, mais personne ne prend
la chose à coeur. Dans toutes les églises, ceux qui professent
la religion aiment le monde et s'y conforment, recherchent
leurs aises et veulent être considérés. Appelés à souffrir avec
Jésus-Christ, le mépris suffit à les faire reculer. Apostasie,
apostasie, apostasie, voilà le mot gravé sur le fronton de
toutes les églises. Si elles le savaient, si elles en avaient le
sentiment, il y aurait de l'espoir; mais hélas! elles s'écrient :
"Nous sommes riches, nous nous sommes enrichies, nous n'avons
besoin de rien." (Second Advent Library, Tract no. 39) »
Le grand péché imputé à Babylone, c'est d'avoir « fait
boire à toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité ».
Cette coupe enivrante qu'elle offre au monde représente
les fausses doctrines héritées par elle en courtisant les
grands de la terre. L'amour du monde a dénaturé sa foi,
et l'église déchue exerce à son tour sur ce dernier une
influence néfaste en enseignant des doctrines directement
opposées aux déclarations les plus explicites des saintes Écritures.
Rome avait soustrait la Bible au peuple et lui avait
offert en échange ses enseignements. L'oeuvre de la Réforme
consista à restituer la Parole de Dieu à l'humanité; mais
n'est-il pas trop vrai que les églises de nos jours enseignent
à leurs membres à faire reposer leur foi sur leur credo plutôt
que sur les saintes Écritures? Le pasteur Charles Beecher
disait des églises protestantes : « Elles reculent devant toute
parole sévère contre la confession de foi avec la même
frayeur que les saints Pères l'eussent fait devant toute
condamnation à l'endroit de la vénération des saints et des
martyrs qu'ils étaient en train de cultiver chez leurs
contemporains... Les églises évangéliques se sont lié les mains
au point qu'il n'est plus possible de devenir prédicateur
sans se soumettre à quelque livre autre que la Parole de
Dieu... Ce que je dis là n'est pas une fiction, mais un
fait : la puissance du credo est maintenant en train d'écarter
les Écritures tout aussi réellement, quoique de façen plus
subtile, que Rome ne l'a fait dans le passé. »
(Sermon on « The Bible, a Sufficient Creed », delivered at Fort Wayne, Ind. Feb. 22, 1846)
Quand des interprètes fidèles expliquent la Parole
de Dieu, de savants exégètes prétendent que la saine doctrine
est une hérésie, et détournent les gens de la recherche de
la vérité. Si le monde n'était pas désespérément ivre du vin
de Babylone, des foules se convertiraient sous l'influence des
vérités claires et précises de la Bible. Mais la foi religieuse
paraît si confuse et si contradictoire, que beaucetup se
demandent ce qu'il faut croire. L'impénitence du monde est
imputable à l'Église.
Le message du second ange, d'abord prêché dans le
courant de l'été de 1844, s'appliquait alors plus directement
aux églises des États-Unis, où l'avertissement relatif au
jugement avait été plus généralement prêché et rejeté, et
où le déclin avait été le plus rapide. Pourtant, la proclamation
de ce message ne s'acheva pas en 1844. Les églises
firent alors, il est vrai, une chute morale due à la réjection
de la lumière du message adventiste. Mais cette chute ne
fut pas totale. En persistant à fermer l'oreille aux vérités
destinées à notre temps, elles sont tombées de plus en plus
bas. Toutefois, on ne peut pas dire encore : « Elle est tombée,
elle est tombée, Babylone la grande... qui a abreuvé toutes
les nations du vin de la fureur de son impudicité. » Elle n'a
pas encore abreuvé toutes les nations. L'esprit de conformité
au monde et d'indifférence envers les vérités claires et
précises destinées à notre époque gagne du terrain dans les
églises protestantes de toute la chrétienté, et ces églises
sont comprises dans la terrible et solennelle dénonciation du
second ange. Mais l'apostasie n'est pas encore parvenue à
son comble.
La Bible déclare qu'avant la venue du Christ, Satan
opérera « avec toutes sortes de miracles, de signes et de
prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de
l'iniquité », et que ceux qui « n'ont pas reçu l'amour de la
vérité pour être sauvés » recevront « une puissance d'égarement,
pour qu'ils croient au mensonge »
(2 Thessaloniciens 2.9-11). Ce n'est que
lorsque cet état de choses sera atteint, et que l'union de
l'Église avec le monde sera consommée dans toute la chrétienté,
que la chute de Babylone sera complète. Ce changement
est progressif, et l'accomplissement total du message
du second ange est donc encore dans l'avenir.
Malgré les ténèbres spirituelles et l'éloignement de
Dieu qui règnent dans les églises constituant Babylone, la
majorité des vrais disciples de Jésus se trouve encore dans
leur sein. Bien des personnes n'y ont pas encore eu connaissance
des vérités spéciales pour notre temps. Nombreux
sont ceux qui soupirent après plus de lumière, et qui cherchent
en vain l'image du Christ dans leurs églises respectives.
À mesure que ces églises s'éloignent de la vérité et
s'allient plus intimement avec le monde, la différence entre
les deux classes devient plus évidente. Une séparation aura
lieu. Le temps vient où ceux qui aiment vraiment Dieu ne
pourront plus rester en communion avec ceux qui « aiment
le plaisir plus que Dieu »
(2 Timothée 3.4-5).
Le dix-huitième chapitre de l'Apocalypse se rapporte
au temps où, par suite de la réjection du triple avertissement
du quatorzième chapitre
(6-12), l'Église sera dams la
condition prédite par le second ange, et où le peuple de Dieu
resté dans Babylone sera exhorté à en sortir. Ce message
est le dernier qui sera jamais donné au monde, et il accomplira
sa mission. Quand « ceux qui n'ont pas cru à la vérité,
mais qui ont pris plaisir à l'injustice »
(2 Thessaloniciens 2.12), seront abandonnés
à une puissance d'égarement et croiront « au mensonge », la
lumière de la vérité brillera sur ceux qui seront prêts à la
recevoir. À ce moment-là, tous les enfants de Dieu demeurés
dans Babylone obéirent à l'appel : « Sortez du milieu d'elle,
mon peuple. »
(Apocalypse 18.4)