Une grande analogie caractérise les réformes qui, de
siècle en siècle, jalonnent les progrès de l'oeuvre
de Dieu. Étant donné que les voies divines sont
immuables et que les mouvements importants du
temps présent trouvent leur parallèle dans l'histoire, les
péripéties de la vie de l'Église aux siècles passés nous
offrent de précieux enseignements.
La Bible laisse clairement entendre que les hommes
choisis par Dieu pour diriger les grands mouvements destinés
à poursuivre son oeuvre de salut sur la terre sont tout spécialement
placés sous la direction de son Esprit. Ces hommes
ne sont que des instruments dont Dieu se sert en vue de
la réalisation de ses desseins de miséricorde. Chacun d'eux
a son role à jouer; chacun reçoit la mesure de lumière adaptée
aux besoins de son temps et suffisante pour accomplir la
tâche qui lui est confiée. Mais aucun de ces hommes, si
honoré du ciel qu'il ait été, n'est parvenu à une parfaite
intelligence du grand plan de la rédemption, ni même à une
juste appréciation du dessein de Dieu pour son époque.
L'homme ne peut comprendre parfaitement ce que Dieu se
propose d'accomplir par le mandat qu'il lui confie, ni voir
toute la portée du message dont il est le héraut.
« Prétends-tu sonder les pensées de Dieu, demande
Job, parvenir à la connaissance parfaite du Tout-Puissant? »
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont
pas mes voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés
au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus
de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. »
« Car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre, je suis Dieu
et nul n'est semblable à moi. J'annonce dès le commencement
ce qui doit arriver, et longtemps d'avance ce qui n'est pas
encore accompli.
(
Job 11.7
Ésaïe 55.8,9
Ésaïe 46.9,10)
Les prophètes eux-mêmes, pourtant spécialement
éclairés par le Saint-Esprit, ne voyaient pas toute la portée
de leurs oracles. La signification de ceux-ci se dégagea peu
à peu au cours des siècles, et cela seulement à mesure que
les enfants de Dieu avaient besoin des enseignements qu'ils
contenaient.
Ainsi, touchant le salut mis en évidence par l'Évangile,
l'apôtre Pierre pouvait écrire : « Les prophètes... ont fait
de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations,
voulant sonder l'époque et les circonstances marquées
par l'Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait
d'avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles
seraient suivies. Il leur fut révélé que ce n'était pas pour
eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils étaient les dispensateurs
de ces choses, que vous ont annoncées maintenant ceux qui
ont prêché l'Évangile.
(
1 Pierre 1.10-12)
Bien qu'il ne leur fût pas donné de comprendre
pleinement les choses qui leur étaient révélées, les prophètes
s'efforçaient néanmoins de saisir toutes les lumières que Dieu
jugeait bon de leur communiquer, faisant « des recherches
et des investigations » pour découvrir « l'époque et les
circonstances marquées par l'Esprit ». Quel magnifique
enseignement se cache ici pour le peuple de Dieu vivant
sous la dispensation évangélique et au bénéfice duquel ces
prophéties furent données! « Il leur fut révélé que ce n'était
pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils étaient les
dispensateurs de ces choses. » Les voyez-vous, ces serviteurs
de Dieu, scrutant diligemment des révélations destinées aux
générations à venir? Comparez leur saint zèle avec l'indifférence
que notre époque favorisée manifeste à l'égard du
don céleste! Quelle censure à l'adresse des chrétiens insouciants
et mondains qui se contentent de dire que les prophéties
sont incompréhensibles!
Bien que l'esprit limité de l'homme soit insuffisant
pour entrer dans les conseils de l'Infini ou pour en comprendre
pleinement les desseins, il n'en est pas moins vrai
que c'est souvent en raison de quelque erreur ou de quelque
négligence de notre part que nous saisissons si imparfaitement
les messages du ciel. Il arrive fréquemment que
l'intelligence des gens, même des serviteurs de Dieu soit
tellement obscurcie par les usages, les opinions courantes et
les enseignements populaires, qu'ils ne perçoivent que
partiellement les vérités révélées. Tel fut le cas des disciples
de Jésus, alors même qu'il était personnellement avec eux.
Imbus des conceptions courantes sur le Messie, ils attendaient
un prince temporel qui porterait Israël à la tête de l'univers!
De là leur incapacité de comprendre le Sauveur quand il
leur parlait de ses souffrances et de sa mort.
Le message que Jésus lui-même leur avait confié :
« Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche.
Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle »
(
Marc 1.15)
, était basé
sur le livre de Daniel. Selon cette prophétie
(
Dan., ch. 9), le
Messie, « l'oint », devait paraître à l'expiration des soixante-neuf
semaines. Pleins d'espérance et de joie à la perspective
du prochain établissement, à Jérusalem, d'un glorieux
royaume messianique embrassant toute la terre, ils s'acquittèrent
de la mission dont le Seigneur les avait chargés.
Mais, aveuglés par l'erreur qu'ils caressaient depuis leur
enfance, ils ne s'apercevaient pas que le texte de Daniel
(
9.25)
annonçait, un verset suivant du même chapitre, que
le Messie devait être « retranché ». Aussi, au moment où ils
croyaient leur Maître sur le point de monter sur le trône
de David, quelle ne fut pas leur déception de le voir
arrêté comme un malfaiteur, battu de verges, tourné en
dérision, condamné et suspendu sur la croix du Calvaire!
De quelles angoisses et de quel désespoir leur coeur ne
fut-il pas déchiré pendant les jours qu'il passa dans le
sommeil de la tombe!
Et pourtant, Jésus était venu dans le monde à son
heure et de la façon prédite. Chaque détail de son ministère
avait marqué un accomplissement de la prophétie. Il avait
annoncé le message du salut, et cela « avec puissance ».
Ses auditeurs avaient été convaincus qu'il venait du ciel.
Tant la Parole que l'Esprit de Dieu avaient attesté la
divinité de sa mission.
Restés attachés à leur Maître bien-aimé par les liens
d'un indéfectible amour, les disciples furent pourtant envahis
par l'incertitude et le doute. Dans leur détresse, ils ne se
rappelèrent pas les paroles du Maître relatives à ses souffrances
et à sa mort. Si Jésus de Nazareth avait été le vrai
Messie, seraient-ils maintenant acculés à ce douloureux échec?
Cette question les torturait durant les pénibles heures du
sabbat qui sépara la mort du Sauveur de sa résurrection.
Enveloppés par une obscurité impénétrable, les disciples
ne furent cependant pas abandonnés au désespoir. Un
prophète avait écrit : « Si je suis assis dans les ténèbres,
l'Éternel sera ma lumière... Il me conduira à la lumière,
et je contemplerai sa justice. » Même les ténèbres ne sont
pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les
ténèbres comme la lumière. » Et Dieu avait dit : « La
lumière se lève dans les ténèbres pour les hommes droits. »
« Je ferai marcher les aveugles sur un chemin qu'ils ne
connaissent pas, je les conduirai par des sentiers qu'ils
ignorent; je changerai devant eux les ténèbres en lumière, et
les endroits tortueux en plaine: voilà ce que je ferai, et je
ne les abandonnerai point. »
(
Michée 7.8,9;
Psaumes 139.12;
112.4;
Ésaïe 42.16)
La proclamation faite par les apôtres au nom du
Sauveur était exacte dans tous ses détails, et les événements
annoncés étaient alors en voie d'accomplissement. « Le
temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche »,
tel avait été leur message. Le « temps » -- c'étaient les
soixante-neuf semaines de
Daniel 9 -- devait aboutir au
« Messie », à « l'Oint », au « Conducteur ». Jésus avait été
« oint » de l'Esprit lors de son baptême dans le Jourdain
par Jean-Baptiste, et le royaume de Dieu, dont les apôtres
avaient annoncé la proximité, fut établi par la mort du
Sauveur. Mais ce royaume n'était pas, comme on le leur
avait enseigné, une monarchie terrestre. Il ne s'agissait pas
du rovaume, éternel qui sera fondé quand « le règne, la
domination et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous
les cieux, seront donnés au peuple des saints du Très-Haut »,
de ce règne où « tous les dominateurs le serviront
et lui obéiront »
(
Daniel 7.27)
Dans les Écritures, l'expression
« royaume de Dieu sert à désigner à la fois le royaume de
grâce et le royaume de gloire. Le royaume de grâce est
mentionné par saint Paul dans l'épître aux Hébreux. Après
avoir appelé l'attention sur un Sauveur capable de « compatir
à nos faiblesses », l'apôtre dit : « Approchons-nous donc avec
assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde
et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins. »
(
Hébreux 4.16)
Or, un trône supposant nécessairement un royaume, le
trône de la grâce représente le royaume de la grâce. Dans
plusieurs de ses paraboles, le Sauveur se sert de l'expression
« royaume des cieux » pour désigner l'oeuvre de la grâce
divine dans les coeurs.
De même, le trône de la gloire représente le royaume
de la gloire, et c'est à ce royaume que le Sauveur fait
allusion quand il dit : « Lorsque le Fils de l'homme viendra
dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône
de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant
lui.
(
Matthieu 25.31,32)
Ce royaume est encore à venir, et ne sera établi
qu'à la seconde venue de Jésus-Christ.
Le royaume de la grâce date de la chute de l'homme,
époque où Dieu traça le plan de la rédemption d'une race
coupable. Ce royaume a existé dès lors dans les desseins et
en vertu des promesses de Dieu. Mais ce royaume dont on
devenait sujet par la foi n'a été définitivement confirmé
qu'à la mort du Sauveur. En effet, même après être entré
dans son ministère terrestre, Jesus aurait pu, lassé de
l'ingratitude et de l'obstination des hommes, reculer devant
la croix du Calvaire. En Gethsémané, où la coupe amère
trembla dans sa main, il aurait pu encore essuyer la sueur
de sang ruisselant sur son front et laisser notre monde
révolté périr dans ses iniquités. C'en eût été fait, alors,
de la rédemption de l'humanité. C'est quand le Sauveur eut
donné sa vie, lorsqu'il s'écria, en expirant : « Tout est
accompli », que le pari de la rédemption fut définitivement
assuré. La promesse du salut faite au couple désobéissant
de l'Éden fut ratifiée, et le royaume de grâce, qui jusqu'alors
n'existait qu'en vertu de la promesse de Dieu, était fondé.
Ainsi la mort du Sauveur, que les disciples envisageaient
comme la ruine définitive de toutes leurs espérances,
confirma au contraire celles-ci pour l'éternité. Si elle fut
pour eux un cruel désappointement, elle prouva de façon
péremptoire l'exactitude de leur croyance. L'événement qui
les avait plongés dans le désespoir était celui-là même qui
ouvrait à tous les fils d'Adam la porte de l'espérance, celui
dont dépendaient la vie future et le bonheur éternel
des fidèles de tous les siècles.
Les desseins issus d'une miséricorde infinie s'accomplissaient
ainsi en dépit de la désillusion des disciples. Leurs
coeurs avaient été gagnés par la grâce divine et par la puissance
des enseignements de celui dont il pouvait être dit :
« Jamais homme n'a parlé comme cet homme »; néanmoins,
à l'or pur de leur attachement pour Jésus se mêlait le vil
alliage de visées mondaines et d'ambitions égoïstes. Dans
la chambre haute où ils prenaient leur dernière Pâque, à
l'heure solennelle où les ombres de Gethsémané s'étendaient
déjà sur leur Maître, les disciples s'étaient querellés pour
savoir « lequel d'entre eux devait être estimé le plus
grand »
(
Luc 22.24).
Ils songeaient à un trône et à une couronne terrestres,
alors que se préparaient l'agonie de Gethsémané et
la croix du Calvaire.
Leur orgueil et leur soif de gloire terrestre, entretenant
dans leurs coeurs les erreurs du temps, les avaient
exposés à méconnaître les paroles du Sauveur sur la véritable
nature de son royaume, et à oublier la prédiction de ses
souffrances et de sa mort. Et ces erreurs avaient abouti à
l'épreuve dure, mais nécessaire, qui les ramena dans la
bonne voie. Quoique les disciples se fussent mépris sur le
sens de leur message et eussent vu leur attente frustrée,
ils avaient cependant prêché l'avertissement divin et le
Seigneur allait honorer leur foi et récompenser leur obéissance.
Aussi est-ce à eux que fut confiée la tâche de proclamer
au monde entier la bonne nouvelle d'un Sauveur
ressuscité. C'était pour les préparer à cette oeuvre que le
Sauveur avait permis cette amère leçon.
Après sa résurrection, Jésus apparut sous l'aspect
d'un étranger à deux de ses disciples sur le chemin
d'Emmaüs. « Et, commençant par Moïse et par tous les
prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui
le concernait. »
(
Luc 24.27)
Émus et émerveillés, ces deux disciples
sentirent leur foi se ranimer avant même que Jésus se fût
fait reconnaître d'eux. L'intention du Maître était d'éclairer
leur entendement et d'asseoir leur foi sur « la parole des
prophètes » qui est certaine. Il désirait que la vérité s'enracinât
dans leur esprit, et cela moins en vertu de son témoignage
personnel que grâce aux preuves incontestables fournies
par les symboles et les ombres de la loi cérémonielle, comme
aussi par les prophètes de l'Ancien Testament. Pour proclamer
au monde la connaissance du Messie, il fallait que
les disciples possédassent une foi intelligente. Or, comme
sources de leur enseignement, Jésus leur cita « Moïse et les
prophètes ». Tel fut le témoignage rendu par le Sauveur
ressuscité à l'importance des Écritures de l'Ancien Testament.
Aussi, quel changement dans le coeur des disciples
lorsqu'ils revirent le visage aimé de leur Maître!
(
Luc 24.32) Ils
reconnurent en lui, plus distinctement qu'auparavant, « celui
de qui Moïse a écrit dans la loi, et dont les prophètes ont
parlé ». L'incertitude, l'angoisse, le désespoir firent place
à une parfaite assurance, à une foi sans nuage. Quoi d'étonnant
si, après son ascension, ils étaient « constamment dans
le temple, louant et bénissant Dieu »? Les gens qui ne
connaissaient que la mort ignominieuse du Nazaréen s'attendaient
à lire sur le visage de ses disciples l'expression de la
douleur, de la confusion, de la défaite; ils y virent, au
contraire, briller une joie triomphante.
Mais, aussi, par quelle préparation n'avaient-ils point
passé! Ils avaient subi l'épreuve la plus douloureuse qu'il
fût possible d'imaginer et avaient vu la Parole de Dieu
s'accomplir glorieusement alors qu'à vues humaines tout
semblait perdu. Dès lors, rien ne put ébranler leur foi, ni
tempérer l'ardeur de leur amour. Dans les afflictions les plus
amères, ils jouirent « d'un puissant encouragement » : leur
espérance sera comme « une ancre de l'âme, sûre et solide »
(
Hébreux 6.18).
Témoins de la sagesse et de la puissance de Dieu ils étaient
assurés « que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations,
ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les
puissances, ni la hauteur ni la profondeur, ni aucune autre
créature » ne pouvaient les « séparer de l'amour de Dieu
manifesté en Jésus-Christ » leur Seigneur. « Dans toutes ces
choses, s'écriaient-ils, nous sommes plus que vainqueurs par
celui qui nous a aimés »
(
Romains 8.37-39).
La Parole du Seigneur demeure
éternellement. »
(
1 Pierre 1.25)
« Qui nous condamnera? Christ est mort;
bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il
intercède pour nous! »
(
Romains 3.34)
« Mon peuple ne sera plus jamais dans la confusion,
dit l'Éternel. »
(
Joël 2.26)
« Le soir arrivent les pleurs, et le matin
l'allégresse. »
(
Psaumes 30.6)
Le jour de la résurrection, quand les disciples
revirent leur Sauveur et écoutèrent ses paroles avec
des transports de joie; quand ils contemplèrent cette tête,
ces mains et ces pieds meurtris pour eux; quand, plus tard,
Jésus les conduisit jusqu'à Béthanie et que, les mains levées
sur eux dans un geste de bénédiction, il leur dit : « Allez par
tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création »
(
Marc 16.15),
« et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la
fin du monde »
(
Matthieu 28.20);
quand, dix jours plus tard, le Consolateur
descendit sur eux, les revêtant de la puissance d'en haut
et leur donnant la sensation ineffable de la présence de
Jésus, alors, pour rien au monde, ils n'auraient consenti
à échanger le ministère de l'Évangile et la « couronne de
justice » qui leur était réservée, contre le trône terrestre
qu'ils avaient convoité dans les premiers temps de leur
apostolat. « Celui qui peut faire... infiniment au-delà de
tout ce que nous demandons et pensons », leur avait accordé,
avec « la communion de ses souffrances », la communion de
sa joie, celle de « conduire à la gloire beaucoup de fils »,
c'est-à-dire un « poids éternel de gloire », avec lequel les
afflictions de l'heure présente ne peuvent soutenir aucune
comparaison.
L'épreuve des disciples qui prêchèrent « l'Évangile
du royaume » lors de la première venue du Seigneur, a eu
sa contrepartie dans l'histoire des prédicateurs de sa seconde
venue. Les apôtres avaient dit : « Le temps est accompli, et
le royaume de Dieu est proche. » De même, Miller et ses
collaborateurs annonçaient que la dernière et la plus longue
période prophétique des Écritures tirait à sa fin, que le jour
du jugement était imminent et que le royaume éternel allait
être établi. La prédication des premiers disciples touchant
l'accomplissement des temps était basée sur les soixante-dix
semaines de
Daniel 9.
Il en était de même du message de
Miller et de ses associés, qui annonçait la fin de la période
des deux mille trois cents jours de Daniel
(
8.14), dont les
soixante-dix semaines faisaient partie. Chacun de ces deux
messages était basé sur l'accomplissement d'une portion de
la même grande période prophétique.
Comme les premiers disciples, Miller et ses collaborateurs
ne comprirent pas exactement la portée du message
qu'ils proclamaient. Des erreurs ayant cours depuis
longtemps dans l'Éghise les empêchaient d'arriver à une
interprétation correcte d'un point important de la prophétie.
C'est pourquoi, bien qu'ils fissent entendre au monde le
message que Dieu leur avait confié, ils subirent une
déception.
En expliquant ces paroles de
Daniel 8.14 : « Deux
mille trois cents soirs et matins, puis le sanctuaire sera
purifié », Miller, adoptant l'idée généralement admise que
le sanctuaire était la terre, crut qu'il s'agissait de la
purification de notre globe par le feu au jour de Dieu, et il en
conclut que la fin des deux mille trois cents années coïncidait
avec la seconde venue du Christ. Son erreur provenait de ce
qu'il avait adopté une croyance populaire touchant le sanctuaire.
Dans le système mosaïque, qui était une ombre, un
symbole du sacrifice et du sacerdoce de Jésus-Christ, la
purification du sanctuaire était la dernière cérémonie
accomplie par le souverain sacrificateur dans la série des
services annuels. C'était l'oeuvre finale de l'expiation :
l'enlèvement des péchés d'Israël. Elle préfigurait le dernier
acte du ministère de notre souverain sacrificateur dans les
cieux, alors qu'il enlèvera ou effacera les péchés de son
peuple enregistrés dans les livres du ciel. Ce service, qui
comporte l'instruction d'un jugement, précède immédiatement
la venue du Christ sur les nuées du ciel, en puissance
et en gloire. À ce moment, en effet, tous les cas auront fait
l'objet d'une décision. Jésus dit : « Ma rétribution est avec
moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son oeuvre. »
(
Apocalypse 22.12)
Cette instruction du jugement, précédant immédiatement le
retour du Christ, est appelée la « purification du sanctuaire »
(
Daniel 8.14);
elle est annoncée dans le premier message
d'
Apocalypse 14
« Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car
l'heure de son jugement est venue. »
Les hérauts du retour du Christ proclamèrent ce message
au temps voulu. Mais il leur advint ce qui était arrivé
aux apôtres lorsqu'ils disaient, en se basant sur
Daniel 9 :
« Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est
proche », sans remarquer que le même passage annonçait
la mort du Messie. Miller et ses collaborateurs prêchèrent un
message base sur
Daniel 8.14 et
Apocalypse 14.7,
sans s'apercevoir qu'on trouve, au même endroit, d'autres
messages devant être proclamés avant le retour du Seigneur.
De même que les disciples s'étaient mépris sur la nature
du royaume qui devait s'établir à la fin des soixante-dix
semaines, les adventistes se méprirent sur la nature de
l'événement qui devait marquer l'expiration des deux mille
trois cents jours. Dans l'un comme dans l'autre cas, la vérité
fut voilée par une erreur populaire, mais la volonté de Dieu
fut accomplie et son message proclamé. Dans les deux cas
aussi, une compréhension imparfaite de leur message exposa
les disciples à une méprise.
Mais Dieu poursuivait ses bienveillants desseins. Le
grand jour étant à la porte, il permit que le monde fût
éprouvé par l'annonce du retour du Christ à une date précise
pour donner aux chrétiens l'occasion de prendre conscience
de leur état spirituel. Le message avait pour but de les
purifier en leur permettant de constater si leurs affections
étaient placées sur le monde ou sur Jésus et les biens
célestes. Ils professaient aimer le Sauveur : le moment
était venu de le lui prouver. Étaient-ils prêts à renoncer à
des espérances et à des ambitions mondaines pour accueillir
leur Seigneur avec joie? Le message mettait l'Église en
mesure de se rendre compte de son état spirituel. Dans sa
miséricorde, Dieu le lui envoyait pour l'amener à le rechercher
par la repentance et l'humiliation.
Ainsi, Dieu se proposait de faire concourir au bien
de ses enfants le désappointement qui allait résulter d'un
manque de compréhension de son message. Il devait être
une pierre de touche pour ceux qui avaient déclaré recevoir
l'avertissement divin. Allaient-ils brusquement abandonner
leur profession de foi et renoncer à leur confiance en la
Parole de Dieu, ou bien se mettraient-ils pieusement et
humblement à l'étude pour voir quel détail de la prophétie
ils n'avaient pas compris? Combien d'entre eux avaient cédé
à la crainte, au sentiment ou à l'entraînement? Combien
étaient indécis et seulement à moitié convaincus? Beaucoup
de gens affirmaient aimer l'avènement du Seigneur. Les
moqueries et le mépris du monde, l'erreur et la déception
allaient-ils les faire renoncer à leur foi? Rejetteraient-ils des
vérités évidentes de la Bible parce qu'ils n'avaient pas
immédiatement compris les voies de Dieu à leur égard?
Cette épreuve devait révéler la force de caractère de
ceux qui, animés par une foi sincère, avaient obéi à ce qu'ils
croyaient être les enseignements de l'Esprit et de la Parole
de Dieu. Seule une telle leçon pouvait leur montrer le danger
que l'on court en acceptant les théories et les interprétations
des hommes, au lieu de laisser les Écritures s'expliquer
elles-mêmes. Les angoisses et les souffrances consécutives
à leur erreur constituaient le correctif dont les vrais croyants
avaient besoin. Elles allaient les amener à une étude plus
attentive de la parole prophétique et leur montrer la nécessité
d'examiner avec plus de soin les bases de leur foi et de
repousser toute doctrine qui ne repose pas sur la Parole de
vérité, quels que soient le nombre et la qualité de ses
adhérents.
Pour ces croyants, comme pour les premiers disciples,
ce qui paraissait mystérieux au moment de l'épreuve
deviendrait évident par la suite. En voyant « la fin que le
Seigneur » allait leur « accorder », ils apprendraient qu'en
dépit des épreuves qu'ils s'étaient attirées par leur erreur,
ses desseins ne s'étaient pas moins accomplis. Une heureuse
expérience leur montrerait que le Sauveur est miséricordieux
et compatissant et que « tous les sentiers de l'Éternel ne
sont que bonté et fidélité pour ceux qui gardent son alliance
et ses commandements ».