Pour lancer la proclamation du retour de Jésus-Christ, Dieu choisit un
simple cultivateur, au coeur droit et loyal, qui en était venu à
douter de l'autorité des Écritures, mais qui désirait sincèrement
connaître la vérité. Né à Low Hampton, dans l'État de New York, en
1782, William Miller, comme bien d'autres réformateurs, avait passé sa
jeunesse à l'école de la pauvreté où il avait puisé des leçons
d'énergie et de renoncement. Les traits caractéristiques de sa
famille, fortement marqués chez lui, étaient l'amour de l'indépendance
et de la liberté, l'endurance et un ardent patriotisme. Son père avait
été capitaine dans l'armée de la Révolution, et c'est aux sacrifices
et aux souffrances qu'il avait consentis au cours de cette période
orageuse, qu'il faut attribuer la pauvreté de la jeunesse de
William.
En plus d'une constitution robuste, le jeune Miller posséda dès son
enfance une intelligence sensiblement au-dessus de la moyenne. Sa soif
de connaissance, son amour de l'étude, son esprit investigateur et son
jugement pondéré, qui allèrent sans cesse en augmentant, suppléèrent
largement à son manque d'études universitaires. D'une moralité
irréprochable, il était estimé pour sa probité, son industrie et sa
générosité. À force d'énergie et d'application, tout en conservant ses
habitudes studieuses, il acquit de bonne heure une certaine aisance.
Et comme il avait occupé avec honneur divers postes civils et
militaires, l'accès à la fortune et aux dignités paraissaient lui être
promis.
De sa mère, profondément pieuse, il reçut dans son jeune âge une
empreinte qui devait s'atténuer lorsqu'il entra, plus tard, en
relation avec des déistes, pour la plupart respectables, humains et
généreux. Ceux-ci, élevés dans des institutions chrétiennes, et
redevables à la Parole de Dieu du respect et de la confiance dont ils
jouissaient, en étaient cependant venus à combattre la Bible. En leur
compagnie, Miller avait fini par adopter leurs opinions.
L'interprétation populaire des saintes Écritures présentait des
difficultés qui lui paraissaient insurmontables. D'autre part, ses
nouvelles croyances, qui faisaient table rase de l'Évangile, ne lui
offraient rien de meilleur et ne lui donnaient aucune assurance de
bonheur au-delà de la tombe. Aussi était-il loin d'en être satisfait
et l'avenir lui paraissait-il enveloppé de sombres nuages. Miller
était resté douze ans dans ces sentiments, quand, arrivé à l'âge de
trente-quatre ans, il fut convaincu de péché par le Saint-Esprit.
Voici comment il raconta plus tard les luttes morales qu'il affronta
alors :
« La perspective de l'anéantissement avait pour moi quelque chose de
lugubre et de glacial, tandis que celle d'un jugement futur équivalait
à la perdition certaine de tous les hommes. Le ciel était d'airain
au-dessus de ma tête, la terre de fer sous mes pas. Qu'était-ce que
l'éternité? Pourquoi la mort régnait-elle? Plus je raisonnais, plus je
voyais s'éloigner les solutions. Plus je réfléchissais, plus mes idées
étaient confuses. Je tentai de n'y plus penser, mais je n'en étais pas
capable. Aussi étais-je vraiment malheureux, mais sans savoir
pourquoi. Je murmurais, mais sans savoir contre qui. Je discernais le
mal, mais je ne savais ni où ni comment trouver le bien. J'étais
désolé et désespéré. »
Miller demeura quelques mois dans cet état. « Soudain, dit-il, la
pensée d'un Sauveur se présenta vivement à mon esprit. Il me sembla
comprendre qu'il existait un Être assez bon et compatissant pour faire
lui-même l'expiation de nos transgressions et porter la peine de nos
péchés. Je sentis aussitôt combien un tel Être serait aimable, et il
me parut que je pourrais sans hésitation me jeter dans ses bras et me
confier en sa miséricorde. Constatant d'ailleurs qu'en dehors des
saintes Écritures je ne trouverais aucune preuve ni de l'existence de
ce Sauveur, ni de la vie à venir, j'en commençai l'étude.
» Voyant que les Écritures nous révèlent exactement le Sauveur dont
j'avais besoin, je me demandai, avec un certain embarras, comment un
livre non inspiré pouvait présenter des principes si bien adaptés aux
besoins de l'homme déchu, et je fus obligé d'admettre que la Bible
devait être inspirée de Dieu. Ce livre devint mes délices et Jésus,
mon unique et meilleur ami, mon Sauveur, celui 'qui se distingue
entre dix mille' Les saintes Écritures, qui auparavant me paraissaient
obscures et contradictoires, furent désormais 'une lampe à mes pieds
et une lumière sur mon sentier'. Je trouvai le repos. Le Seigneur
m'apparut comme un rocher au milieu de l'océan de la vie. Désormais,
la Bible constitua ma principale étude, et je m'y consacrai avec
délices. Convaincu qu'on ne m'avait jamais fait contempler la moitié
de sa beauté et de sa gloire, je me demandais avec étonnement comment
j'avais pu la rejeter. J'y trouvai la satisfaction de toutes les
aspirations de mon coeur et un remède à toutes les maladies de mon
âme. Perdant le goût de toute autre lecture, je m'appliquai désormais
à rechercher en Dieu la sagesse dont mon coeur avait besoin. » (S.
Bliss, memoirs of william Miller, p. 65-67) Miller fit une profession
publique de sa foi en une religion qu'il avait méprisée. Ses amis
incrédules ne se firent pas faute de lui servir tous les arguments
qu'il avait lui-même souvent avancés contre l'autorité des saintes
Écritures. Ne se trouvant pas alors en état de les réfuter, il se dit
que si ce Livre est une révélation divine, il doit s'expliquer
lui-même et être adapté à l'intelligence de l'homme. En conséquence,
il prit la résolution de l'étudier par lui-même et de s'assurer si ces
contradictions étaient réelles ou seulement apparentes.
S'efforçant d'abandonner toute idée préconçue et se passant de
commentaires, il se mit à comparer les textes entre eux à l'aide des
références marginales et d'une « concordance ». Commençant par la
Genèse, il poursuivit méthodiquement cette étude, verset après verset,
ne quittant un passage qu'après en avoir clairement saisi le sens.
Quand un point lui paraissait obscur, il le comparait avec tous les
passages pouvant avoir quelque rapport avec le sujet, mais en laissant
à chaque mot son sens propre. Dès que son interprétation concordait
avec tous les autres passages, il considérait la difficulté comme
résolue. C'est ainsi qu'en présence d'un texte difficile à comprendre,
il en trouvait l'intelligence dans un autre. À mesure qu'il avançait
dans son étude, en demandant à Dieu avec ferveur de lui accorder Sa
lumière, il constatait la véracité de cette parole du psalmiste : « La
révélation de tes paroles éclaire; elle donne de l'intelligence
aux simples. »
(
Psaumes 119.130)
L'intérêt de Miller s'accrut encore quand il aborda l'étude des livres
de Daniel et de l'Apocalypse. En leur appliquant les mêmes principes
d'interprétation qu'aux autres livres de l'Écriture, il ne tarda pas à
découvrir, à sa grande joie, que les symboles prophétiques étaient
intelligibles. Il vit que les prophéties s'accomplissaient
littéralement et que toutes les figures, métaphores, paraboles et
similitudes, si elles n'étaient pas expliquées dans le contexte,
trouvaient ailleurs leur définition en termes propres. « Je pus me
convaincre, remarque-t-il, que la Bible est un système de vérités si
clairement révélées et si simplement exposées que l'homme craignant
Dieu, fût-il un ignorant, ne peut s'y tromper. » (S.Bliss, ouv. cité,
p. 70.) Alors qu'il suivait l'une après l'autre, à travers l'histoire,
les grandes chaînes prophétiques, leurs accomplissements, se
découvrant à ses yeux, venaient récompenser ses efforts. Les anges de
Dieu dirigeaient son esprit et lui donnaient l'intelligence des
Écritures.
En étudiant les prophéties dont l'accomplissement est encore futur,
Miller ne tarda pas à être persuadé que l'idée populaire qui place
avant la fin du monde un règne spirituel de Jésus-Christ connu sous le
nom de « Millénium », n'est pas sanctionnée par l'Écriture. Cette
doctrine d'une ère de mille ans de justice et de paix précédant le
retour du Seigneur rejette naturellement bien loin dans l'avenir les
terreurs du grand jour de Dieu. Mais, bien qu'elle soit séduisante,
elle est en opposition avec les enseignements de Jésus-Christ et de
ses apôtres, qui ont déclaré que le bon grain et l'ivraie doivent
croître ensemble jusqu'à la moisson, c'est-à-dire jusqu'à la fin du
monde, que « les hommes méchants et imposteurs avanceront toujours
plus dans le mal, égarant les autres et égarés eux-mêmes »; que, «
dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles », et que le
royaume des ténèbres durera jusqu'à l'avènement du Seigneur, pour être
alors « consumé par le souffle de sa bouche et détruit par l'éclat de
son avènement ».
(
Matthieu 13.30, 38-41;
2 Timothée 3.13, 1;
2 Thessaloniciens 2.8)
L'Église apostolique n'a pas connu la doctrine de la conversion du
monde et d'un règne spirituel du Christ avant son retour en gloire. Ce
dogme n'a été adopté par les chrétiens que vers le commencement du
XVIIIe siècle. Ses fruits, comme ceux de toutes les erreurs, ont été
funestes. Reléguant le retour du Seigneur dans un avenir lointain, il
a empêché beaucoup de croyants de prendre au sérieux les signes
avant-coureurs de ce retour. Il tend à créer un sentiment de sécurité
illusoire et conduit un grand nombre de gens à négliger la préparation
exigée.
Miller vit que les Écritures enseignent formellement le retour
personnel et visible de Jésus-Christ. Saint Paul écrit : « Le Seigneur
lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la
trompette de Dieu, descendra du ciel. » Et le Sauveur déclare que «
les tribus de la terre... verront le Fils de l'homme venant sur les
nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. » « Car, comme
l'éclair part de l'orient et se montre jusqu'en occident, ainsi sera
l'avènement du Fils de l'homme. » Il sera accompagné des armées
célestes : « Le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les
anges. » « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et
ils rassembleront ses élus. »
(
1 Thessaloniciens 4.16;
Matthieu 24.30, 27, 31;
25.31)
Alors les justes décédés ressusciteront et les justes vivants seront
changés. « Nous ne mourrons pas tous, dit l'apôtre, mais tous nous
serons changés, en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière
trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront
incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps
corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête
l'immortalité. » Dans son épître aux Thessaloniciens, après avoir
décrit la venue du Seigneur, il ajoute : « Les morts en Christ
ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons
restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la
rencontre, du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours
avec le Seigneur. »
(
1 Corinthiens 15.51-53;
1 Thessaloniciens 4.16, 17)
Ce n'est qu'à la venue personnelle de Jésus que ses disciples
recevront le royaume, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : «
Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les
anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations
seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres,
comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; et il mettra les
brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux
qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père;
prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation
du monde. »
Dans les passages cités, Miller apprit qu'à la venue du Fils de
l'homme, les morts ressusciteront incorruptibles, et que les vivants
seront changés. En effet, comme le dit Paul : « La chair et le sang ne
peuvent hériter le royaume de Dieu, ni la corruption hériter
l'incorruptibilité. »
(
Mathieu 25.31-34;
1 Corinthiens 15.50) Il
s'ensuit que nous n'y pouvons entrer dans notre état actuel. Voilà
pourquoi, à Sa venue, Jésus confère l'immortalité à Ses élus et les
met en possession d'un royaume qu'ils n'ont eu, jusqu'alors, qu'en
espérance.
Ces passages et d'autres encore convainquirent Miller que des
événements généralement placés avant la venue du Sauveur, tels qu'un
règne universel de paix et l'établissement du règne de Dieu sur la
terre, sont postérieurs à cette venue. D'ailleurs, tous les signes des
temps et l'état du monde correspondaient à la description prophétique
des derniers jours. Il résultait donc de la seule étude des Écritures
à laquelle se livrait Miller, que le temps assigné à notre terre dans
son état actuel touchait à sa fin.
« Une autre preuve qui fut pour moi d'un grand poids, écrivait-il,
c'est la chronologie des Écritures.... Je découvris que des événements
prédits et accomplis se sont souvent produits dans un temps déterminé.
Ainsi, les cent vingt ans du déluge
(
Gen. 6.3); les sept jours qui
devaient le précéder, de même que les quarante jours de pluie
(
Gen. 7.4);
les quatre cents ans du séjour de la postérité d'Abraham en Égypte
(
Gen. 15.13);
les trois jours de l'échanson et du panetier de Pharaon
(
Gen. 40.12-20);
les sept années du songe de Pharaon
(
Gen. 41.28-54);
les quarante années d'Israël au désert
(
Nom. 14.34);
les trois années et demie de famine
(
1 Rois 17.1);...
Les soixante-dix ans de captivité à Babylone
(
Jér. 25.11);
les sept temps de Nébucadnetsar
(
Dan. 4.13-16)
et les soixante-dix semaines accordées aux Juifs
(
Dan. 9.24-27).
Tous les événements inclus dans ces diverses périodes
se sont accomplis conformément à la prédiction. »
(Bliss, ouv. cité, p. 74, 75.)
Aussi, lorsqu'en étudiant les Écritures Miller trouva des périodes
dont il était convaincu qu'elles aboutissaient au retour du Seigneur,
il ne put s'empêcher de les considérer comme marquant les « temps
annoncés d'avance par la bouche de tous ses prophètes ». « Les choses
cachées sont à l'Éterne1, notre Dieu; les choses révélées sont à nous
et à nos enfants à perpétuité », avait dit Moïse. Et, par la plume
d'Amos, le Seigneur déclare qu'il « ne fait rien sans avoir révélé son
secret à ses serviteurs les prophètes ».
(
Actes 3.18;
Deutéronome 29.29;
Amos 3.7)
Ceux qui étudient la Bible peuvent donc s'attendre à y trouver clairement
signalé l'événement le plus important de l'histoire humaine.
« Pleinement convaincu comme je l'étais, écrit Miller, que toutes les
Écritures inspirées de Dieu sont utiles; qu'elles ne sont pas le
produit de la volonté de l'homme, mais que « c'est poussés par le
Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu »;
(
2 Thessaloniciens 3.16;
2 Pierre 1.21)
que, d'autre part, elles ont été écrites « pour notre instruction,
afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les
Écritures, nous possédions l'espérance »,
(
Romains 15.4)
je ne pouvais m'empêcher d'accorder aux nombres et aux périodes
prophétiques de la Bible la même attention qu'aux autres portions
des livres saints. » (Bliss, ouv. cité, p. 75.)
La prophétie qui lui parut révéler le plus nettement le temps de la
venue du Seigneur était celle du prophète Daniel
(
chapitre 8;
verset 14) : « Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire
sera purifié. » Prenant, suivant sa règle, les Écritures comme leur
propre interprète, Miller apprit que, dans la prophétie symbolique, un
jour représente une année,
(
Nombres 14.34;
Ézéchiel 4.6), et
qu'ainsi la période des deux mille trois cents jours prophétiques
s'étendait bien au-delà de la fin de la dispensation judaïque et ne
pouvait s'appliquer au sanctuaire de cette dispensation. Adoptant
l'idée généralement reçue que notre terre était le sanctuaire de la
dispensation chrétienne, Miller en conclut que la purification du
sanctuaire prédite par Daniel n'était autre que l'embrasement de notre
globe à l'apparition du Seigneur. Ensuite, il réfléchit que s'il lui
était possible de déterminer le point de départ de la période des deux
mille trois cents jours, rien ne serait plus aisé que de trouver la
date du retour du Seigneur. Ainsi serait révélée l'heure du grand
dénouement, celle où la société actuelle, « avec son orgueil et sa
puissance, sa pompe et sa vanité, sa méchanceté et son oppression,
prendra fin », l'heure où la terre sera enfin affranchie « de la
malédiction sous le poids de laquelle elle gémit; où la mort sera
détruite; où les serviteurs de Dieu recevront leur récompense, aussi
bien que les prophètes et les saints et ceux qui craignent le nom de
Dieu, et où seront détruits ceux qui détruisent la terre. » (Bliss,
ouv. cité, p. 76.)
Poursuivant l'étude de cette prophétie avec un redoublement de
ferveur, y consacrant non seulement ses journées, mais encore des
nuits entières, il constata d'abord que le point de départ des deux
mille trois cents soirs et matins ne se trouvait pas dans le huitième
chapitre de Daniel. Bien que l'ange Gabriel eût reçu ordre d'expliquer
la vision à Daniel, il ne s'était que partiellement acquitté de sa
mission; devant le tableau des terribles persécutions qui attendaient
l'Église, le prophète avait senti ses forces le trahir et n'avait pu
en supporter davantage; l'ange l'avait donc quitté pour un temps. « Je
fus plusieurs jours languissant et malade, raconte Daniel. J'étais
étonné de la vision, et personne n'en eut connaissance. »
Cependant, l'ordre de Dieu à son messager subsistant : « Explique-lui
la vision », l'ange, pour s'en acquitter, était retourné auprès de
Daniel et l'avait abordé ainsi : « Je suis venu maintenant pour ouvrir
ton intelligence... Sois attentif à la parole, et comprends la vision! »
(
Daniel 9.22-27
, vers. de l'abbé Crampon.) Et tout en reprenant
son exposé, Gabriel avait spécialement insisté sur le point de la
vision resté inexpliqué, soit la chronologie de la période des deux
mille trois cents jours, en ces termes :
« Soixante-dix semaines ont
été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte... Sache donc
et comprends : Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir
Jérusalem jusqu'à un oint, un chef, il y a sept semaines, et
soixante-deux semaines; elle sera rétablie, places et enceintes, dans
la détresse des temps. Et après soixante-deux semaines, un oint sera
retranché, et personne pour lui... Il [ce chef] fera une alliance
ferme avec un grand nombre pendant une semaine; et, au milieu de la
semaine, il fera cesser le sacrifice et l'oblation. »
(
Daniel 9.22-27,
vers. de l'abbé Crampon.)
L'ange avait été dépêché auprès de Daniel afin de lui faire comprendre
la portion de la vision restée inintelligible au prophète : celle
relative à la période prophétique
(
chap. 8.14) : « Deux mille trois
cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. » Aussi, après
avoir dit à Daniel : « Sois attentif à la parole, et comprends la
vision », les premiers mots de l'ange furent : « Soixante-dix semaines
ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte. » Le verbe
traduit ici par « déterminées » signifie littéralement « retranchées
». Or, soixante-dix semaines représentent quatre cent quatre-vingt-dix
années. L'ange déclare donc que Cette période été « retranchée » et
mise à part pour le peuple juif.
Mais « retranchée » de quoi? La période des deux mille trois cents
soirs et matins étant seule mentionnée dans la vision, les
soixante-dix semaines ne peuvent être « retranchées » que de celle-là;
il s'ensuit que cette période de soixante-dix semaines fait partie des
deux mille trois cents jours, et que les deux périodes ont le même
point de départ. Or, l'ange annonce que « les soixante-dix semaines
commenceront avec a la parole ordonnant de rétablir et de rebâtir
Jérusalem ». Un seul point restait obscur. S'il était possible de
déterminer la date de ce décret, se disait Miller, nous aurions donc
trouvé le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins.
Or, ce décret et cette date se lisent au
septième chapitre d'Esdras,
versets 12 à 26. Le décret fut promulgué par Artaxerxès, roi de Perse,
en 457 avant notre ère. On lit également dans le même livre
(
6.14)
que la maison de l'Éternel se construisit « d'après l'ordre du Dieu
d'Israël, et d'après l'ordre de Cyrus, de Darius, et d'Artaxerxès ».
En rédigeant, en confirmant et en complétant le décret, ces trois rois
l'amenèrent à la perfection, requise par la prophétie pour lui
permettre de marquer le commencement des deux mille trois cents ans.
En prenant l'année 457 comme date de la promulgation du décret en
question, on constata que tout ce qui devait marquer les soixante-dix
semaines s'était réalisé. Le texte disait :
« Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à
un Oint, un Chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines,
soit soixante-neuf semaines prophétiques ou quatre cent
quatre-vingt-trois ans. C'est en l'automne de l'année 457 que le
décret d'Artaxerxès entra en vigueur. En ajoutant à cette date quatre
cent quatre-vingt-trois ans, on arrive à l'automne de l'année 27 de
notre ère, (Voir
Appendice a36)
et diagramme des périodes prophétiques.) où
la prophétie fut accomplie. C'est en effet en l'automne de cette année
27 que Jésus reçut le baptême des mains de Jean-Baptiste et fut oint
du Saint-Esprit. L'apôtre Pierre y fait allusion en disant : « Dieu a
oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth. »
(
Actes 10.38)
Et Jésus de même : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a
oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. » Après son
baptême, Jésus se rendit en Galilée, « prêchant l'Évangile de Dieu »
et disant : « Le temps est accompli. »
(
Luc 4.18;
Marc 1.14, 15;
Mathieu 10.5, 6)
Le texte de Daniel continue : « Il fera une alliance ferme avec un
grand nombre pendant une semaine. » La « semaine » ici mentionnée est
la dernière des soixante-dix; elle constitue les sept dernières années
de la période accordée aux Juifs. Pendant ce temps, soit de l'an 27 à
l'an 34 de notre ère, Jésus, personnellement, puis par ses disciples,
adressa tout spécialement aux Juifs l'invitation de prendre part au
festin évangélique. Lorsqu'il envoya ses disciples porter l'Évangile,
il leur donna cette recommandation : « N'allez pas vers les païens, et
n'entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les
brebis perdues de la maison d'Israël. »
(
Luc 4.18;
Marc 1.14, 15;
Mathieu 10.5,6)
« Et au milieu de la semaine, dit encore la prophétie, il fera cesser
le sacrifice et l'oblation. » En l'an 31, trois années et demie après
son baptême, Jésus fut crucifié. La tragédie du Calvaire mettait fin
au système des sacrifices qui, durant quatre mille ans, avaient attiré
l'attention sur l'agneau de Dieu. Le type avait trouvé son antitype. À
partir des ce moment, tous les sacrifices et toutes les oblations du
système mosaïque devaient cesser.
Les soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans,
assignées aux Juifs ayant expiré en l'an 34 de notre ère, on constata
qu'à ce moment précis, par la décision du sanhédrin, par le martyre
d'Étienne et la persécution des chrétiens, la nation juive avait
officiellement rejeté l'Évangile. Dès lors, le message du salut cessa
d'être confiné aux Israélites et fut porté aux nations. Chassés par la
persécution, les disciples « allaient de lieu, en lieu, annonçant la
bonne nouvelle de la Parole ». Philippe, étant descendu en Samarie, «
y prêcha le Christ ». Conduit par l'Esprit de Dieu, Pierre présenta
l'Évangile au centenier de Césarée, le pieux Corneille; et l'ardent
Paul, gagné à la foi chrétienne, fut appelé à porter la Bonne Nouvelle
« au loin vers les nations ».
(
Actes 8.4, 5;
22.21)
Ainsi, tous les détails de la prophétie s'étaient remarquablement
accomplis, établissant d'une façon incontestable que les soixante-dix
semaines commençaient en 457 avant J.-C., et aboutissaient en 34 de
notre ère. Désormais il était facile de trouver la date de
l'expiration des deux mille trois cents jours. Les quatre cent
quatre-vingt-dix jours qui constituent les soixante-dix semaines étant
retranchés des deux mille trois cents, il restait mille huit cent dix
jours. Or, en les faisant partir de l'année 34, ces mille huit cent
dix années aboutissaient en 1844. Il s'ensuivait que les deux mille
trois cents jours (années) de
Daniel 8.14
se terminaient en 1844.
Et, à l'expiration de cette grande période prophétique selon le
témoignage de l'ange, « le sanctuaire devait être purifié ». Ainsi,
l'année de la purification du sanctuaire -- que la plupart, des
exégètes confondaient avec le retour du Seigneur -- était
définitivement établie.
Miller et ses collaborateurs crurent d'abord que les deux mille trois
cents jours se termineraient au printemps de l'année 1844, alors que,
la prophétie indiquait l'automne de la même année. (Voir diagramme des
périodes prophétiques, et
Appendice a37)
L'erreur commise sur ce point
jeta dans le désappointement et la perplexité ceux qui avaient compté
sur le retour du Seigneur à la première date. Mais cela laissait
intact l'argument établissant que les deux mille trois cents soirs et
matins se terminaient en 1844, et que le grand événement représenté
par la purification du sanctuaire devait avoir lieu en cette année
là.
En entreprenant l'étude des Écritures pour établir qu'elles étaient
une révélation divine, Miller ne pensait pas aboutir à de pareilles
conclusions. Il eut même de la peine à croire au résultat de ses
recherches. Mais le témoignage des Écritures était trop clair, trop
évident pour être rejeté.
Il se consacrait à l'étude de la Bible depuis deux ans quand il
arriva, en 1818, à la conclusion solennelle que, dans le délai de
vingt-cinq ans, le Christ reviendrait pour la rédemption de son
peuple. « Je ne saurais dire, écrivait-il plus tard, la joie infinie
qui remplit mon coeur à cette pensée et à la perspective inimaginable
et glorieuse de participer à la joie des rachetés. Les Écritures
étaient désormais, pour moi, un livre nouveau, un vrai festin de
l'esprit. Tout ce qui m'avait paru obscur, mystérieux ou imprécis dans
ses enseignements s'était dissipé à la lumière émanant de ses pages
sacrées. De quel éclat, de quelle gloire je voyais briller la vérité!
Toutes les contradictions et les inconséquences que j'avais auparavant
rencontrées dans la Parole s'étaient évanouies; et quoiqu'elle
renfermât encore bien des choses dont je n'étais pas certain de
posséder une juste intelligence, tant de lumière avait jailli de ses
pages pour dissiper les ténèbres de mon entendement, que je trouvais
dans l'étude de l'Écriture des délices insoupçonnées. » (Bliss, ouv.
cité, p. 76, 77.) Il ajoutait :
« Sous la solennelle impression que les événements prédits par les
Écritures devaient se produire dans un laps de temps aussi court, je
me demandai, non sans effroi, quels devoirs envers le monde
m'imposaient les lumières, qui subjuguaient ma pensée. « Miller ne put
se défendre de la conviction que son devoir était d'en faire part à
d'autres. Il s'attendait à rencontrer de l'opposition de la part des
impies; mais il était certain que tous les chrétiens se réjouiraient à
la pensée de contempler bientôt le Sauveur qu'ils professaient aimer.
Il craignait seulement que la perspective de la délivrance prochaine
ne parût trop glorieuse et que plusieurs chrétiens ne se donnassent
pas la peine de sonder les Écritures pour y asseoir leur foi. Il
hésita donc à en parler. De peur d'être dans l'erreur et d'y
entraîner ses semblables, il jugea prudent de revoir les preuves sur
lesquelles il avait étayé ses conclusions et de peser à nouveau toutes
les objections qui pourraient se présenter à son esprit. À la lumière
de la Parole de Dieu, il vit ces objections se dissiper comme la brume
matinale devant les rayons du soleil. Cinq années d'études le
laissèrent absolument convaincu de l'exactitude de ses
conclusions.
Et de nouveau, le devoir de faire connaître à d'autres ce qui lui
paraissait clairement enseigné par la Bible se présenta vivement
devant lui.
« Quand je vaquais à mes occupations, écrit-il, j'entendais une voix
me répéter sans cesse : 'Avertis le monde du danger qu'il court.' Ce
passage me revenait constamment à la mémoire : 'Quand je dis au
méchant : Méchant, tu mourras! si tu ne parles pas pour détourner le
méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te
redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant pour le détourner
de sa voie, et qu'il ne s'en détourne pas, il mourra dans son
iniquité, et toi tu sauveras ton âme.'
(
Ézéchiel 33.8, 9) Et je me
disais que, si les méchants étaient sérieusement avertis, des foules
d'entre eux se repentiraient; et que, s'ils n'étaient pas avertis,
leur sang me serait redemandé. » ( Bliss, ouv. cité, p.92.)
Miller commença alors, selon que l'occasion lui en était offerte, à
présenter ses vues en particulier, tout en demandant à Dieu d'en
convaincre un pasteur qui pourrait consacrer sa vie à les diffuser.
Mais il ne parvenait pas à se dérober à la conviction de son devoir
personnel. Ces paroles étaient toujours présentes à son esprit : « Va
en parler au monde; sinon je te redemanderai son sang. » Après avoir
porté ce poids sur la conscience durant neuf ans, il se décida enfin,
en 1831, à exprimer pour la première fois publiquement les raisons de
sa foi.
De même qu'Élisée avait abandonné sa charrue pour revêtir le manteau
du prophète, de même William Miller, appelé à quitter sa ferme, s'en
alla, en tremblant, révéler au monde les mystères du royaume de Dieu.
Il exposait à ses auditeurs, en détail, le lent accomplissement des
chaînes prophétiques jusqu'à l'époque de l'avènement de Jésus-Christ.
À chaque nouvelle tentative, ses forces et son courage augmentaient à
la vue du vif intérêt suscité par ses paroles.
Ce n'avait été qu'à la sollicitation de ses frères, dont l'appel lui
parut être la voix de Dieu, qu'il avait consenti à exposer
publiquement ses convictions. Il avait alors cinquante ans. N'ayant
jamais parlé en public, il se sentait comme écrasé par le sentiment de
son incapacité. Mais, dès le début, son activité fut bénie et
contribua au salut des âmes. Sa première conférence fut suivie d'un
réveil au cours duquel treize familles, à l'exception de deux
personnes, se convertirent. On lui demanda aussitôt de prendre la
parole dans d'autres localités, et, presque partout où il portait ses
pas, son travail était suivi d'un réveil spirituel. Des pécheurs se
convertissaient; des chrétiens devenaient plus fervents; des déistes
et des incrédules reconnaissaient la véracité des Écritures et de la
religion chrétienne. On rendait de lui ce témoignage : « Il atteint
une catégorie de personnes sur lesquelles d'autres, n'ont aucune
prise. » (Bliss, ouv. cité, p. 138.) Ses prédications avaient pour
effet d'attirer l'attention du public sur les choses de la religion et
de réprimer la mondanité et la sensualité du siècle.
Dans chaque localité, ou à peu près, les convertis se comptaient par
vingtaines, parfois par centaines. En bien des endroits, les églises
protestantes de toutes tendances lui étaient grandes ouvertes et
c'étaient généralement les pasteurs de ces églises qui l'invitaient.
Sa règle invariable était de ne se rendre que là où il était invité.
Néanmoins, il se trouva bientôt dans l'impossibilité de répondre ne
fût-ce qu'à la moitié des appels qui lui étaient adressés.
Plusieurs de ceux qui n'acceptaient pas les théories de Miller
touchant le temps exact du retour du Seigneur n'en avaient pas moins
la conviction qu'il était proche et qu'il fallait s'y préparer. Dans
quelques grandes villes, ses travaux firent une impression
remarquable. Des cabaretiers abandonnèrent leur trafic et
transformèrent leur débit en salle de réunions; des maisons de jeu
fermèrent leurs portes; des incrédules, des déistes, des
universalistes, des débauchés se réformèrent. Certains d'entre eux
n'avaient pas mis les pieds dans un lieu de culte depuis des années.
Dans quelques villes, les différentes églises organisèrent des
réunions de prière dans tous les quartiers et presque à toute heure de
la journée. Des hommes d'affaires se réunissaient à midi pour la
prière et l'édification. Pas trace d'excitation, ni d'extravagance,
mais partout un profond sérieux. L'oeuvre de Miller, comme celle des
premiers réformateurs, tendait à éclairer les intelligences et à
réveiller les consciences plutôt qu'à émouvoir.
En 1833, l'église baptiste, dont Miller était membre, lui donna une
licence de prédicateur. En outre, un grand nombre de pasteurs de son
Église approuvant ses travaux, c'est avec leur sanction explicite
qu'il les poursuivit, tout en se bornant aux territoires de la
Nouvelle-Angleterre et des États du centre. Pendant plusieurs années,
il paya lui-même tous ses voyages et jamais, par la suite, ses frais
de déplacement ne lui furent entièrement remboursés. Loin d'être
lucrative, sa carrière publique greva lourdement ses ressources
personnelles. Mais ses enfants étant sobres et industrieux, les
revenus de sa ferme suffirent pour entretenir sa nombreuse famille et
couvrir ses dépenses.
Le dernier des signes précurseurs du retour du Sauveur eut lieu en
1833, deux ans après que Miller eut commencé ses prédications. Jésus
avait dit : « Les étoiles tomberont du ciel. »
(
Matthieu 24.29) Et
saint Jean, considérant les scènes annonciatrices du jour de Dieu,
s'était écrié : « Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme
lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes. »
(
Apocalypse 6.13)
Cette prophétie fut accomplie d'une façon frappante par la pluie de
météorites du 13 novembre 1833. C'est le plus merveilleux spectacle
d'étoiles filantes dont l'histoire conserve le souvenir. « Dans toute
l'étendue des États-Unis, le firmament semblait en mouvement. Aucun
phénomène céleste ne s'est jamais produit dans ce pays, depuis son
occupation par les Blancs, qui ait été contemplé avec autant
d'admiration par une partie des habitants et avec autant de crainte et
de frayeur par l'autre. La sublimité et la grandeur de cette scène
vivent encore dans le souvenir de bien des personnes. Jamais la pluie
ne tomba plus dru que ces météores. Il en était de même à l'orient, à
l'occident, au nord et au midi. En un mot, le ciel entier semblait en
mouvement.... Ce spectacle, tel que le professeur Silliman le décrit
dans son journal, fut visible dans toute l'Amérique du Nord.... Depuis
deux heures du matin jusqu'au grand jour, le firmament étant sans
nuages, on put contempler dans toutes les parties du ciel une gerbe
incessante de traînées lumineuses. » (R. M. Devens, Americain Progress
or the Great Events of the Greatest Century, chap. 28, part. 1-5.)
« La plume est impuissante à décrire la splendeur de ce spectacle....
Celui qui ne l'a pas vu ne peut s'en faire la moindre idée. Il
semblait que toutes les étoiles du ciel se fussent donné rendez-vous
vers un point voisin du zénith, d'où elles s'élançaient avec la
rapidité de l'éclair dans toutes les directions de l'horizon; et
pourtant, la provision ne s'en épuisait point; à des milliers de
météores en succédaient d'autres milliers, comme s'ils eussent été
créés pour l'occasion. » (F. Read, dans le Christian Advocate and
Journal, 13 dec. 1833.) « Impossible de mieux représenter ce phénomène
que par l'image d'un figuier qui, sous l'action d'un vent puissant,
jette au loin ses figues encore vertes. » (Portland evening Advertiser,
26 nov. 1833.)
Le journal of Commerce, de New York, du 14 novembre, consacrait à
l'événement un long article dont nous extrayons ce qui suit : « Je ne
crois pas que jamais philosophe, ni savant ait décrit ou enregistré un
phénomène du genre de celui dont nous avons été témoins la nuit
dernière et ce matin. Il y a dix-huit siècles, un prophète en avait
donné une exacte prédiction, ce dont chacun peut se rendre compte s'il
consent à admettre qu'une chute d'étoiles c'est une chute d'étoiles...
dans le seul sens où la chose soit littéralement possible. »
Ainsi s'accomplit le dernier signe avant-coureur du retour du
Seigneur, au sujet duquel Jésus avait dit à ses disciples : « Quand
vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est
proche, à la porte. »
(
Matthieu 24.33)
Après ces signes, l'exilé de
Patmos vit le ciel se replier « comme un livre qu'on roule », tandis
que la terre tremblait, que les montagnes et les îles étaient remuées
de leur place, et que les méchants, terrifiés, s'enfuyaient devant le
Fils de l'homme. " (Voir
Apocalypse 6.12-17)
Un grand nombre de ceux qui assistèrent à cette chute d'étoiles la
considérèrent comme un signe annonciateur du jugement à venir, comme «
un symbole solennel, un précurseur certain, un signe miséricordieux du
jour grand et redoutable ». L'attention des populations fut ainsi
attirée sur l'accomplissement des prophéties, et beaucoup de personnes
en vinrent à prêter l'oreille aux prédications relatives à la seconde
venue du Seigneur.
En 1840, un autre accomplissement des prophéties provoqua le plus vif
intérêt. Deux ans auparavant, Josiah Litch, l'un des principaux
hérauts du retour du Christ, avait publié une explication du
neuvième chapitre de l'Apocalypse
où est prédite la chute de l'empire ottoman.
Selon ses calculs, cette puissance devait être renversée en août 1840.
Quelques jours avant cette date, il écrivait encore : « En admettant
que la première période, celle de cent cinquante ans, se soit
accomplie exactement avant l'accession au trône de Dragasès muni de
l'autorisation des Turcs, et que les trois cent quatre-vingt-onze ans
et quinze jours aient commencé à la fin de cette première période,
elle finirait le 11 août 1840, date à laquelle on peut s'attendre à la
chute de l'empire ottoman à Constantinople. Or, je crois que ce Sera
réellement le cas. » ( Josiah Litch, dans les Signs of the Tintes and
Expositor of Prophecy, 1er août 1840. Le
neuvième chapitre de l'Apocalypse
donne à la cinquième trompette une durée de cinq mois ou
150 jours, et à la sixième, une durée de 391 jours et une demi-heure.
Ces deux périodes -- selon la régie d'un jour pour un an --
représentent respectivement 150 ans et 391 ans et 15 jours.)
À l'époque spécifiée, la Turquie, par ses ambassadeurs, acceptait la
protection des puissances européennes, et se plaçait ainsi sous la
tutelle des nations chrétiennes. Cet événement accomplissait
exactement la prédiction. (Voir
Appendice a38)
Quand la chose fut
connue, des foules furent convaincues de l'exactitude des principes
d'interprétation adoptés par Miller et ses collaborateurs, ce qui
donna au mouvement adventiste une impulsion merveilleuse. Des hommes
instruits et influents s'unirent à Miller pour prêcher et publier ses
convictions. Aussi, de 1840 à 1844, l'oeuvre fit-elle de rapides
progrès.
Aux remarquables facultés intellectuelles de William Miller; facultés
fortifiées par la méditation et l'étude, s'ajoutait la sagesse d'en
haut, à laquelle il puisait constamment. Sa valeur morale ne pouvait,
que s'imposer à l'estime et au respect de tous ceux qui savaient
apprécier la probité de sa vie et l'excellence de son caractère.
Unissant la bonté et l'humilité chrétienne à la douceur, il était
prévenant et affable envers chacun, prêt à écouter les opinions
adverses et à en peser les arguments. Sans vivacité ni impatience, il
soumettait toutes les théories et toutes les doctrines à l'épreuve de
la Parole de Dieu, et son raisonnement sain, joint à une connaissance
approfondie des Écritures, le rendait capable de réfuter l'erreur et
de démasquer la fraude.
Mais ce ne fut pas sans une violente opposition qu'il poursuivit sa
tâche. Comme tous les, réformateurs religieux, il vit les vérités qu'il
annonçait repoussées par les ministres populaires. Faute de pouvoir
soutenir leurs positions par les Écritures, ils en appelaient aux
doctrines des hommes et à la tradition des Pères. Alors que les
prédicateurs du retour du Christ ne reconnaissaient comme seule
autorité que « l'Écriture et l'Écriture seule », ils avaient recours
au ridicule et à la moquerie, prodiguant leur temps, leur argent et
leur énergie pour décrier des gens dont le seul crime était d'attendre
avec joie le retour du Sauveur, de s'efforcer de vivre saintement et
d'exhorter leur entourage à se préparer à la rencontre de leur
Dieu.
De grands efforts étaient tentés pour détourner l'attention du public
de la question de l'avènement du Seigneur. On faisait passer pour un
péché, pour une action répréhensible le fait d'étudier les prophéties
relatives à la fin du monde, ne craignant pas de saper ainsi la foi en
la Parole de Dieu. L'enseignement des prédicateurs populaires faisait
des incrédules, et beaucoup de gens en prenaient occasion pour marcher
selon leurs convoitises charnelles, résultat que les auteurs du mal
mettaient sur le compte des adventistes. (Du latin adventus,
arrivée.)
Bien que Miller attirât des foules d'auditeurs intelligents et
attentifs, son nom était rarement mentionné par la presse religieuse,
sauf pour le tourner en dérision et mettre les lecteurs en garde
contre lui. Enhardis par l'attitude des conducteurs religieux, les
indifférents et les impies recouraient à des épithètes injurieuses et
à de vulgaires quolibets pour attirer le mépris sur sa personne et sur
son oeuvre. Ce vieillard à cheveux blancs, qui avait quitté une
demeure confortable pour aller de ville en ville annoncer le fait
solennel de la proximité du jugement, était dénoncé comme un
fanatique, un menteur, un imposteur.
Le ridicule, le dédain et le mensonge, qu'on accumulait sur la tête de
Miller provoquèrent parfois des protestations indignées de la part de
la presse quotidienne. « Traiter avec légèreté et en termes
irrévérencieux un sujet d'une telle majesté et aux conséquences
incalculables », disaient des mondains, « ce n'est pas seulement
bafouer les sentiments de ses propagateurs, c'est tourner en dérision
le jour du jugement, se moquer de la Divinité elle-même et anéantir
les terreurs de son tribunal. » (Bliss, ouv. cité, p. 183)
L'instigateur de tout mal ne s'efforçait pas seulement de neutraliser
l'effet du message adventiste, mais de détruire le messager lui-même.
Miller appliquait le tranchant de l'Écriture au coeur de ses
auditeurs, censurant leurs péchés et troublant leur paix; ses paroles
claires et pénétrantes provoquaient leur colère. Des gens sans aveu
résolurent un jour de le tuer à la sortie d'une réunion. Mais, dans la
foule, il y avait des anges; l'un d'eux, qui avait revêtu une forme
humaine, prit le serviteur de Dieu par le bras, et l'emmena sain et
sauf loin de la populace irritée. La tâche de Miller n'était pas
achevée; Satan et ses émissaires furent désappointés.
En dépit de toute opposition, l'intérêt éveillé par le message du
retour du Christ allait croissant. Les auditeurs ne se comptèrent plus
par vingtaines ou par centaines, mais par milliers. Après les
réunions, les églises avaient enregistré un grand nombre de nouveaux
membres; mais ces néophytes ne tardèrent pas à être eux-mêmes en butte
à l'opposition. Les églises commencèrent à prendre à leur égard des
mesures disciplinaires. Miller adressa alors une lettre ouverte aux
chrétiens de toutes les confessions, les mettant en demeure, si ses
enseignements étaient erronés, de le lui prouver par les
Écritures.
« Que croyons-nous, disait-il, que nous n'ayons pas tiré directement
de la Parole de Dieu que vous reconnaissez vous-mêmes comme unique
règle de foi et de vie? Que faisons-nous qui mérite une si violente
condamnation de la part des Églises et de la presse, et qui vous
autorise à nous exclure de votre communion?... Si nous sommes sur une
mauvaise voie, je vous supplie de nous dire en quoi nous avons tort.
Montrez-nous par la Parole de Dieu quelle est notre erreur. Vous nous
avez assez abreuvés de ridicule; jamais cela ne nous convaincra que
nous faisons fausse route; seule la Parole de Dieu pourra changer
notre manière de voir, car c'est avec calme et avec prière, en nous
basant sur les saintes Écritures, que nous sommes parvenus à nos
conclusions. » (Bliss, ouv. cité, p.250,252.)
De siècle en siècle, les avertissements du Seigneur ont tous eu le
même sort. Lorsque Dieu eut résolu de faire venir le déluge sur
l'ancien monde, il en avertit les habitants et leur donna l'occasion
de se détourner de leurs péchés. Pendant cent vingt ans,
l'avertissement retentit aux oreilles des pécheurs, les exhortant à se
convertir et à échapper à la colère de Dieu. Mais ce message leur
parut un conte, et nul n'y prit garde. Enhardis dans leur méchanceté,
les antédiluviens se moquèrent du messager de Dieu, ridiculisèrent ses
appels et l'accusèrent même de présomption. Comment un homme seul
osait-il s'opposer à tous les sages de la terre? Si le message de Noé
était vrai, pourquoi tout le monde ne le recevait-il pas? Et ils se
refusèrent à croire le message et à chercher un refuge dans l'arche du
salut.
Ces moqueurs prenaient à témoin la nature : la succession
invariable des saisons, la voûte azurée qui n'avait jamais laissé
tomber une goutte de pluie, les prairies verdoyantes fertilisées par
les douces rosées de la nuit. Et après avoir déclaré avec mépris que
le prédicateur de la justice n'était qu‘un exalté, ils allaient leur
chemin, plus que jamais absorbés dans la recherche des plaisirs et
décidés à marcher dans la voie du mal. Mais leur incrédulité n'empêcha
pas l'événement prédit d'arriver. Dieu avait longtemps supporté leur
méchanceté; il leur avait donné suffisamment de temps pour se
repentir. Aussi, au temps fixé, ses jugements s'abattirent-ils sur les
contempteurs de sa miséricorde.
Jésus déclare que le monde fera, preuve d'une incrédulité analogue au
sujet de son retour. Comme les contemporains de Noé « ne se doutèrent
de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous, il en
sera de même à l'avènement du Fils de l'homme ».
(
Matthieu 24.39)
Ceux qui se disent le peuple de Dieu s'uniront au monde, vivront de
Sa vie, participeront avec lui aux plaisirs défendus, au luxe et à
l'apparat; les cloches nuptiales tinteront gaiement, et le monde
entier comptera sur des années de prospérité. Alors, aussi
soudainement que l'éclair déchire la nue, viendra la fin de leurs
visions enchanteresses et de leurs fallacieuses espérances.
De même que Dieu avait envoyé le serviteur de son choix pour avertir
le monde de l'approche du déluge, il envoya ses messagers pour faire
connaître l'approche du jugement. Et les moqueurs, qui n'avaient pas
fait défaut parmi les contemporains de Noé, ne manquèrent pas non plus
aux jours de Miller, même parmi ceux qui prétendaient être le peuple
de Dieu.
Mais pourquoi les Églises montrèrent-elles une telle aversion
pour la doctrine et la prédication du retour du Christ? Cet événement,
cause de désolation et de malheur pour les méchants, est pour les
justes une source d'espérance et de joie. Cette grande vérité a, de
tout temps, fait la consolation des élus de Dieu; pourquoi, comme le
Sauveur, était-elle devenue une « pierre d'achoppement, un rocher de
scandale » pour ceux qui prétendaient constituer son Église? Le
Seigneur lui-même n'avait-il pas fait à ses disciples cette promesse :
Quand « je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous
prendrai avec moi »?
(
Jean 14.3) N'était-ce pas un Sauveur
compatissant, celui qui, prévoyant la solitude et la douleur de ses
disciples, avait envoyé des anges pour les consoler par l'assurance de
son retour personnel? Quand, au jour de l'ascension, les disciples
avaient jeté un dernier regard éperdu sur celui qu'ils aimaient,
n'avaient-ils pas entendu ces paroles : « Hommes Galiléens, pourquoi
vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au
ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu
allant au ciel. »
(
Actes 1.11)
Ce message de l'ange n'avait-il pas
ranimé l'espérance des disciples et ceux-ci n'étaient-ils pas «
retournés à Jérusalem avec une grande joie », « louant et bénissant
continuellement Dieu dans le temple »?
(
Luc 24.52, 53)
La proclamation de la venue de Jésus devrait être aujourd'hui, comme
elle le fut pour les bergers de la plaine de Bethléhem, un « sujet de
grande joie ». Ceux qui aiment réellement le Sauveur ne peuvent
s'empêcher d'acclamer le message divin annonçant le retour de celui en
qui sont concentrées leurs espérances de vie éternelle; de celui qui
revient, non plus pour être injurié, méprisé et rejeté, comme la
première fois, mais en puissance et en gloire, pour racheter Son
peuple. Seuls ceux qui ne l'aiment pas ne désirent pas Sa venue.
L'animosité manifestée par les Églises à l'ouïe du message céleste
était la preuve la plus évidente qu'elles s'étaient éloignées de Dieu.
Ceux qui acceptaient le message du retour du Christ voyaient la
nécessité de s'humilier devant Dieu et de se convertir. Un grand
nombre d'entre eux, qui avaient longtemps hésité entre le Christ et le
monde, comprenaient que le temps était maintenant venu de prendre
position. « Les choses éternelles devenaient pour eux une réalité
vivante. Le ciel s'était rapproché, et ils se voyaient coupables
devant Dieu. » (Bliss, ouv. cité, p. 146.) Les chrétiens sentaient
naître en eux une vie spirituelle nouvelle. Ils avaient conscience de
la brièveté du temps et de la nécessité d'en avertir promptement leurs
semblables. L'éternité semblait s'ouvrir devant eux et leurs
préoccupations terrestres s'estompaient. Ce qui se rapportait à leur
bonheur ou à leur malheur éternel éclipsait à leurs yeux les choses
temporelles. L'Esprit d'en haut reposant sur eux donnait une puissance
particulière aux appels qu'ils dressaient à leurs frères et aux
pécheurs pour les engager à se préparer en vue du jour de Dieu. Le
témoignage silencieux de leur vie quotidienne était une censure
constante à l'adresse des chrétiens formalistes. Ces derniers, ne
désirant pas être troublés dans la poursuite des plaisirs, des
richesses et des honneurs mondains, s'opposaient à la foi adventiste
et à ceux qui la proclamaient.
Les arguments tirés des périodes prophétiques étant irréfutables, les
contradicteurs en déconseillaient l'étude sous prétexte que les
prophéties étaient scellées. Les protestants marchaient ainsi sur les
brisées de Rome. Alors que l'église romaine prive le peuple des
saintes Écritures, (Voir
Appendice a39)
les églises protestantes
prétendaient qu'une portion considérable des écrits sacrés -- celle
qui met en lumière les vérités relatives à notre temps -- était
inintelligible.
Pasteurs et fidèles alléguaient que les livres de Daniel et de
l'Apocalypse étaient mystérieux et impénétrables. Ils oubliaient que
Jésus, invitant ses disciples à étudier le livre de Daniel pour
s'instruire des événements relatifs à leur temps, leur adressait cette
exhortation : « Que celui qui lit fasse attention! »
(
Matthieu 24.15)
Quant à l'affirmation que l'Apocalypse est un mystère insondable,
elle est contredite par le titre même du livre : « Révélation de
Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les
choses qui doivent arriver bientôt... Heureux celui qui lit et ceux
qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses
qui y sont écrites! Car le temps est proche. »
(
Apocalyse 1.1, 3)
« Révélation » est la traduction du mot « Apocalypse ».
« Heureux celui qui lit! » dit le prophète. Cette bénédiction n'est
donc pas pour les personnes qui se refusent à lire. Il ajoute : « Et
ceux qui entendent ». Elle n'est pas non plus pour les personnes qui
ne veulent pas entendre parler des prophéties. Le prophète dit encore
: « Et qui gardent les choses qui y sont écrites ». Or, aucun de ceux
qui ne veulent pas prendre garde aux avertissements et aux
exhortations de l'Apocalypse ne peut se réclamer de la bénédiction
promise. Tous ceux qui tournent ces sujets en dérision et se moquent
des symboles inspirés des livres prophétiques; tous ceux qui refusent
de changer de vie et de se préparer pour la venue du Fils de l'homme,
renoncent au bonheur attaché à ces études.
En présence des affirmations qui précèdent, comment des hommes
osent-ils prétendre que l'Apocalypse est un mystère au-dessus de la
portée de l'intelligence humaine? C'est un mystère, oui, mais un
mystère dévoilé; c'est un livre ouvert. L'étude de l'Apocalypse attire
l'attention sur les prophéties de Daniel. Dans ces deux livres, Dieu
donne à ses enfants des renseignements très importants touchant les
événements qui doivent se produire à la fin de l'histoire du
monde.
L'Apocalypse de saint Jean est la révélation de scènes d'un intérêt
palpitant pour l'Église. Dans ce livre, l'apôtre décrit les dangers,
les luttes et la délivrance finale du peuple de Dieu. Il y enregistre
les messages ultimes qui doivent mûrir la moisson de la terre. Il y
contemple tour à tour les fidèles, gerbes destinées aux greniers
célestes, et les ennemis de Jésus-Christ, javelles réservées, au feu de
la destruction. Des révélations d'une grande importance concernant
tout spécialement l'Église de la fin lui ont été confiées, afin que
ceux qui se détourneraient de l'erreur pour accepter la vérité fussent
mis en garde contre les périls et les conflits qui les attendent. Nul
n'en est réduit à ignorer ce qui doit arriver sur la terre.
Pourquoi cette partie importante des Écrits sacrés est-elle si peu
connue? D'où vient cette répugnance générale à entreprendre l'étude de
ses enseignements? C'est le fruit d'un effort calculé du prince des
ténèbres pour cacher aux hommes ceux qui dévoilent ses pièges. Voilà
pourquoi Jésus, auteur de cette Révélation, prévoyant la guerre qui
serait faite à l'étude de l'Apocalypse, a prononcé une bénédiction sur
« ceux qui la lisent, sur ceux qui l'entendent et sur ceux qui gardent
les choses qui y sont écrites ».