Au seizième siècle, une Bible ouverte à la main, la Réforme avait
frappé à la porte de tous les pays d'Europe. Certaines nations
l'avaient accueillie comme une messagère céleste. D'autres,
influencées par la papauté, lui avaient en grande partie fermé l'accès
de leur territoire, qui resta ainsi presque totalement privé de la
connaissance et de l'influence bienfaisante de la Parole de Dieu.
Parmi ces derniers, il faut ranger la France, où la lumière pénétra de
bonne heure, où, des siècles durant, la vérité et l'erreur furent aux
prises, et où le mal finit par triompher et la lumière céleste par
être bannie. « La lumière étant venue dans le monde, les hommes ont
préféré les ténèbres à la lumière. »
(
Jean 3.19)
Aussi la nation
française tout entière a-t-elle récolté les fruits de ses semailles.
La puissance protectrice de l'Esprit de Dieu ayant cessé d'entourer un
peuple qui avait méprisé le don de Sa grâce, les ferments du mal sont
parvenus à maturité, et le monde a pu contempler les résultats
auxquels on s'expose volontairement lorsqu'on ferme sa porte au Prince
de la Paix et à la pure lumière de Son Évangile.
La guerre faite à l'Évangile sur le sol de France atteignit son point
culminant sous la Révolution. Cet effroyable bouleversement fut la
conséquence naturelle de la suppression de la Parole de Dieu. (Voir
Appendice a21)
Il est la démonstration la plus frappante de
l'aboutissement auquel peut arriver une nation après plus d'un
millénaire passé à l'école de l'église de Rome.
La suppression des saintes Écritures durant la période de la
suprématie papale avait été prédite par les prophéties; d'autre part,
l'Apocalypse avait annoncé les terribles résultats qu'aurait, pour la
France en particulier, la domination de « l'homme de péché ».
« [Les nations] fouleront aux pieds la ville sainte pendant
quarante-deux mois, avait dit saint Jean. Je donnerai à mes deux
témoins le pouvoir de prophétiser, revêtus de sacs, pendant mille deux
cent soixante jours.... Quand ils auront achevé leur témoignage, la
bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra, et les
tuera. Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville, qui
est appelée, dans un sens spirituel, Sodome et Égypte, là même où leur
Seigneur a été crucifié.... Et à cause d'eux les habitants de la terre
se réjouiront et seront dans l'allégresse, et ils s'enverront des
présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont
tourmenté les habitants de la terre. Après les trois jours et demi, un
esprit de vie, venant de Dieu, entra en eux, et ils se tinrent sur
leurs pieds; et une grande crainte s'empara de ceux qui les voyaient.
»
(
Apocalypse 11.2-11 )
Les périodes « quarante-deux mois » et « mille deux cent soixante
jours » mentionnées dans ce passage sont un seul et même laps de
temps, à savoir celui pendant lequel l'Église de Dieu devait être
opprimée par celle de Rome. Les mille deux cent soixante années de la
suprématie papale commencèrent en l'an 538 de notre ère, et devaient
par conséquent se terminer en 1798. (Voir
Appendice a22) À cette dernière
date, une armée française entra dans Rome, s'empara du pape et le
conduisit en exil à Valence, où il mourut. On ne tarda pas à élire un
nouveau pape, mais la Curie fut incapable de rétablir son ancienne
puissance.
Cependant la persécution des fidèles disciples du Sauveur ne dura pas
jusqu'à la fin de la période des mille deux cent soixante années. Dans
sa miséricorde envers son peuple, Dieu abrégea la durée de cette
cruelle épreuve. En prédisant la « grande affliction » qui allait être
le lot de son Église, le Sauveur avait dit : « Et si ces jours
n'étaient abrégés, personne ne serait sauvé; mais, à cause des élus,
ces jours seront abrégés. »
(
Matthieu 24.22)
Grâce à l'influence de
la Réforme, la persécution prit fin avant 1798.
Au sujet des deux témoins, le prophète ajoute : « Ce sont les deux
oliviers et les deux chandeliers qui se tiennent devant le Seigneur de
la terre. »
(
Apocalypse 11.4)
« Ta Parole, dit le Psalmiste, est une lampe à mes pieds,
et une lumière sur mon sentier. »
(
Psaumes 119.105)
Les deux témoins représentent les Écritures de l'Ancien et du
Nouveau Testament. L'un et l'autre témoignent de l'origine et de la
perpétuité de la loi de Dieu. L'un et l'autre proclament le plan de la
Rédemption. Les symboles, les sacrifices et les prophéties de l'Ancien
Testament annoncent un Sauveur à venir. Les évangiles et les épîtres
du Nouveau Testament nous parlent d'un Sauveur déjà venu, et qui
répond exactement aux symboles et aux prophéties.
« Je donnerai à mes deux témoins, lisons-nous dans l'Apocalypse, le
pouvoir de prophétiser, revêtus de sacs, pendant mille deux cent
soixante jours. »
Durant la plus grande partie de cette période, les deux témoins de
Dieu ont connu une période d'obscurité relative. La puissance papale
s'est efforcée de soustraire au peuple la Parole de vérité et de
produire de faux témoins qui en contredisaient le témoignage. » (Voir
Appendice a23)
Le temps où les deux témoins prophétisèrent, vêtus de
sacs, est celui où les saintes Écritures étaient proscrites par les
autorités civiles et religieuses, où leur témoignage était falsifié,
où l'effort réuni des hommes et des démons tendait à en détourner les
esprits, où ceux qui osaient en proclamer les vérités sacrées étaient
traqués, ensevelis dans des cachots, torturés, martyrisés pour leur
foi ou obligés d'aller demander une retraite aux forteresses de la
nature, aux rochers et aux antres de la terre; c'est alors que les
deux témoins « prophétisèrent vêtus de sacs ». Ce ministère, ils le
poursuivirent pendant toute la période des mille deux cent soixante
années. Aux époques les plus sombres, il y eut des hommes fidèles qui
aimaient la Parole de Dieu et qui, jaloux de Sa gloire, reçurent de
Son Auteur sagesse, puissance et autorité pour annoncer la vérité.
« Si quelqu'un veut leur faire du mal, du feu sort de leur bouche et
dévore leurs ennemis; et si quelqu'un veut leur faire du mal, il faut
qu'il soit tué de cette manière. »
(
Apocalypse 11.5)
Ce n'est
jamais impunément qu'on foule aux pieds la Parole de Dieu. Le sens de
cette terrible sentence est donné dans le dernier chapitre de
l'Apocalypse : ' Je le déclare à quiconque entend les paroles de la
prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le
frappera des fléaux décrits dans ce livre; et si quelqu'un retranche
quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu
retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte,
décrits dans ce livre. »
(
Apocalypse 22.18, 19 )
Tels sont les avertissements que Dieu nous donne pour nous mettre en
garde contre la tentation d'apporter la moindre altération à ce qu'il
a révélé ou ordonné. Ces solennelles instructions s'appliquent à tous
ceux dont l'influence pousse les hommes à faire peu de cas de la loi
divine. Elles devraient faire trembler ceux qui traitent à la légère
l'obéissance aux saints commandements de Dieu. Tous ceux qui mettent
leurs opinions au-dessus de la révélation divine, qui altèrent le sens
clair et évident des Écritures en vue de se procurer un avantage
particulier ou afin de se conformer au monde, prennent sur eux une
redoutable responsabilité. Le critère qui servira à éprouver tous les
hommes, c'est la Parole écrite, la sainte loi de Dieu; tous ceux que
ce code infaillible déclarera coupables seront condamnés.
« Quand ils auront achevé [ou seront sur le point d'achever ] (Trad.
littérale. Voir Emphatic Diaglott.) leur témoignage, la bête qui monte
de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera. »
La période pendant laquelle les deux témoins devaient rendre leur
témoignage revêtus de sacs se termina en 1798. Vers la fin de leur
ministère exercé dans l'ombre, la puissance représentée par la « bête
qui monte de l'abîme » allait leur faire la guerre. Durant des
siècles, les autorités civiles et ecclésiastiques de plusieurs États
européens avaient été, par l'intermédiaire de la papauté, dirigées par
Satan. Mais ici on assiste à une nouvelle manifestation de sa
puissance.
Sous prétexte d'une grande vénération pour les saintes Écritures, la
tactique constante de Rome avait été de les tenir scellées dans une
langue inconnue, et de les mettre ainsi hors de la portée du peuple.
Sous cette domination, les deux témoins avaient prophétisé vêtus de
sacs. Mais un nouveau pouvoir -- la « bête qui monte de l'abîme » --
devait surgir et livrer une guerre ouverte à la Parole de Dieu.
« Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville, qui est
appelée, dans un sens spirituel, Sodome et Égypte, là même où leur
Seigneur a été crucifié. »
La « grande ville » dans les rues de laquelle les deux témoins sont
tués, et où gisent leurs cadavres, « est appelée, dans un sens
spirituel,... Égypte ». De toutes les nations dont l'Écriture nous
rapporte l'histoire, c'est l'Égypte qui a le plus effrontément nié
l'existence de Dieu et foulé aux pieds ses commandements. Aucun
monarque ne s'était jamais révolté plus audacieusement contre
l'autorité du ciel que le pharaon d'Égypte. Quand Moïse lui apporta un
message de la part de Dieu, il lui répondit avec hauteur : « Qui est
l'Éternel, pour que j'obéisse à sa voix, en laissant aller Israël? Je
ne connais point l'Éternel, et je ne laisserai point aller Israël. »
(
Exode 5.2)
Tel est le langage de l'athéisme. Or, la nation
représentée ici par l'Égypte devait également refuser de reconnaître
les droits du Dieu vivant; elle devait faire preuve d'une incrédulité
semblable, et défier de la même façon le Créateur des cieux et de la
terre. La « grande ville » est aussi appelée, « dans un sens
spirituel, Sodome ». La corruption de Sodome se manifestait plus
spécialement par sa luxure. Ce péché devait également caractériser la
nation qui allait accomplir cette prophétie.
Il ressort donc des paroles du prophète que, peu avant l'an 1798, un
gouvernement sortant de « l'abîme » devait s'élever pour faire la
guerre à la Parole de Dieu. Dans le pays où les deux témoins allaient
être réduits au silence, on devait voir s'étaler l'athéisme de Pharaon
et la luxure de Sodome.
Cette prophétie a reçu l'accomplissement le plus frappant dans
l'histoire de la France. Au cours de la Révolution, en 1793, « le
monde vit pour la première fois une assemblée d'hommes nés et élevés
en pays civilisé, et s'arrogeant le droit de gouverner la nation la
plus policée de l'Europe, s'unir pour renier unanimement la vérité la
plus haute qui soit accessible à l'homme : la foi en la divinité et en
son culte. » (Voir
Appendice a24)
« La France est la seule nation du
monde qui ait officiellement osé lever la main contre l'Auteur de
l'univers. Il y a eu, et il y a encore, bon nombre de blasphémateurs
et d'incrédules en Angleterre, en Allemagne, en Espagne et ailleurs;
mais la France occupe une place à part dans les annales de l'humanité,
étant le seul État qui, par une décision de son assemblée législative,
ait déclaré l'inexistence de Dieu, et dont la vaste majorité de sa
population, tant dans la capitale qu'en province, ait accueilli cette
nouvelle par des danses et des chants de joie. » (Voir
Appendice a24)
À la même époque, la France manifesta aussi le caractère de Sodome. Au
cours de la Révolution, on put constater un état de corruption
analogue à celui qui attira la colère de Dieu sur cette ville coupable
de l'antiquité. L'histoire, comme la prophétie, établit un rapport
entre l'athéisme et l'impudicité. « En relation intime avec les lois
contre la religion se trouvait celle qui attaquait le mariage.
L'engagement le plus sacré existant entre deux êtres humains, et dont
la permanence est indispensable à la conservation de la société, était
réduit à l'état de simple contrat civil de nature transitoire, et que
deux personnes peuvent contracter et rompre à volonté.... Si des
ennemis de la société s'étaient imposé la tâche de détruire tout ce
qu'il y a de gracieux, de vénérable et de constant dans la vie
domestique par un mal qui se perpétuât de génération en génération,
ils n'auraient rien pu trouver de plus efficace que la dégradation du
mariage.... Sophie Arnould, actrice célèbre par son esprit, appelait
l'union libre « le sacrement de l'adultère. »
« Où leur Seigneur a été crucifié », dit la prophétie. Ce détail
prophétique s'était également réalisé. Aucun pays -- au cours de son
histoire -- n'avait manifesté autant d'inimitié que la France contre
Jésus-Christ, contre Sa Parole et contre Ses vrais disciples. Par les
persécutions qu'elle avait fait subir au cours des siècles aux
confesseurs de l'Évangile, elle avait réellement « crucifié le
Seigneur » dans la personne de Ses disciples.
Siècle après siècle, le sang des saints avait coulé à flots. Pendant
que les Vaudois, dans les montagnes du Piémont, donnaient leur vie
pour « la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus », les Albigeois
faisaient, en France, le même sacrifice et pour la même cause. Aux
jours de la Réforme, les Huguenots avaient également versé leur sang
pour conserver ce qu'il y a de plus cher au coeur humain : la
conscience. Traités en parias, ils avaient vu leur tête mise à prix.
Pourchassés comme des fauves, ils avaient subi la mort après
d'affreuses tortures. Le roi et les nobles, des femmes de haute
naissance et de délicates jeunes filles s'étaient rassasiés du
spectacle de l'agonie des martyrs de Jésus.
Ceux de leurs descendants qui restaient encore en France au
dix-huitième siècle se cachaient dans les montagnes du Midi, et là,
sous le nom d'« Église du Désert », ils conservaient la foi de leurs
pères. Quand ils osaient se réunir de nuit sur le flanc des montagnes
ou dans les landes désertes, c'était au risque d'être traqués par les
dragons du roi et condamnés à une vie d'esclavage sur les galères. Les
hommes les plus purs, les plus nobles et les plus distingués de France
vivaient dans les chaînes, ou exposés aux plus horribles tortures dans
la promiscuité des bandits et des assassins. Plus humainement traités
étaient ceux qui, sans armes et sans défense, tombant à genoux et se
recommandant à Dieu, étaient fusillés de sang-froid. Des centaines de
vieillards, de femmes inoffensives et d'enfants innocents, surpris en
pleine assemblée, étaient laissés inanimés sur les lieux. En
parcourant le versant des montagnes où ces infortunés chrétiens
avaient coutume de se réunir, on voyait souvent, « tous les quatre
pas, des corps morts qui jonchaient le chemin et des cadavres
suspendus aux arbres ». Leur pays, dévasté par l'épée, la hache et le
bûcher, fut transformé en un vaste et lugubre désert. « Ces atrocités
se perpétraient non pas en un temps de ténèbres et d'ignorance, mais
dans le siècle poli de Louis XIV, siècle où les arts et les sciences
étaient cultivés, où les lettres florissaient et où les théologiens de
la cour et de la capitale, savants et éloquents, se paraient des
grâces de la douceur et de la charité. » (Voir
Appendice a25)
Mais le plus noir des forfaits, le plus atroce des crimes enregistrés
par l'histoire, fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Le monde
frémit encore d'horreur au souvenir de ce lâche et cruel attentat.
Sous la pression des dignitaires de l'Église, ce crime fut autorisé
par le roi de France. Une cloche de l'église de
Saint-Germains-l'Auxerrois, retentissant dans le silence de la nuit,
donna le signal de la tuerie. Des milliers de protestants qui,
comptant sur la parole d'honneur de leur roi, reposaient
tranquillement dans leurs lits, furent assaillis dans leurs demeures
et massacrés.
De même que le Christ avait été le Conducteur invisible de Son peuple
lorsqu'il l'arracha à l'esclavage de l'Égypte, de même Satan fut le
chef invisible de ses sujets dans cet horrible égorgement qui se
poursuivit dans Paris sept jours durant, les trois premiers avec une
indicible fureur. Mais cette oeuvre de mort ne se borna pas à la
capitale : par ordre du roi, elle s'étendit à toutes les provinces et
à toutes les villes où vivaient des protestants. On n'eut égard ni à
l'âge ni au sexe. On n'épargna ni l'enfant à la mamelle, ni le
vieillard aux cheveux blancs. Nobles et paysans, jeunes et vieux,
mères et enfants, tous étaient également immolés. Le massacre dura
deux mois entiers dans toutes les parties de la France. Soixante-dix
mille âmes environ, la fleur de la nation, périrent.
« Quand la nouvelle de ce crime parvint à Rome, la joie du clergé ne
connut pas de bornes. Le cardinal de Lorraine récompensa le messager
d'un don de mille couronnes; le canon de Saint-Ange se fit entendre en
signe de joyeux salut; les cloches de toutes les églises sonnèrent à
toute volée; les feux de joie transformèrent la nuit en jour; et
Grégoire XIII, accompagné des cardinaux et d'autres dignitaires
ecclésiastiques, se rendit en procession à l'église de Saint-Louis, où
le cardinal de Lorraine chanta le Te Deum.... Une médaille fut frappée
pour commémorer l'événement. Le pape Grégoire envoya la Rose d'or à
Charles IX et, quatre mois après,... il écoutait complaisamment le
sermon d'un prêtre français célébrant ce jour de joie et d'allégresse
où le Saint-Père reçut l'heureuse nouvelle, et alla solennellement en
rendre grâces à Dieu et à Saint Louis. » (Voir
Appendice a26) On peut
encore voir au Vatican les trois fresques de Vasari représentant le
meurtre de Coligny, le roi décidant le massacre en conseil, et le
massacre lui-même.
L'esprit infernal qui poussa à la Saint-Barthélemy présida aussi aux
scènes de la Révolution. Jésus-Christ y fut déclaré un imposteur, et
le cri de ralliement des incrédules qui le désignaient était : «
Écrasons l'infâme » (Voir
Appendice a27)
Le blasphème et la luxure
marchaient de pair; des hommes abjects, des monstres de cruauté et de
vice étaient comblés d'honneur : hommage suprême rendu à Satan, tandis
que Jésus-Christ, la personnification de la vérité, de la pureté et de
l'amour désintéressé, était crucifié à nouveau.
« La bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre; elle les vaincra
et les tuera. »
Comme on vient de le voir, la puissance athée qui gouverna la France
sous la Révolution et le règne de la Terreur livra en effet à Dieu et
à Sa Parole une guerre sans précédent dans l'histoire. L'Assemblée
nationale abolit le culte de la divinité. Les exemplaires de la sainte
Écriture furent ramassés et brûlés publiquement avec toutes les
marques du mépris. La loi de Dieu était foulée aux pieds. La
célébration publique du culte chrétien, du baptême et de la cène fut
interdite; le repos hebdomadaire fut supprimé et remplacé par le
décadi. Des inscriptions placées bien en vue sur les cimetières
déclaraient que la mort est un sommeil éternel.
On affirmait que, loin d'être « le commencement de la sagesse », la
crainte de Dieu était le commencement de la folie. Tout culte
religieux, sauf celui de la liberté et de la patrie, fut prohibé. «
L'évêque constitutionnel de Paris eut le principal rôle dans une
comédie impudente et scandaleuse qui fut jouée en présence de
l'Assemblée nationale.... Il vint, recouvert de ses ornements
sacerdotaux, pour déclarer à la barre de la Convention que la religion
qu'il avait enseignée tant d'années avait été inventée de toutes
pièces par les prêtres et qu'elle n'avait aucun fondement ni dans
l'histoire ni dans la vérité sacrée. Dans les termes les plus
solennels et les plus explicites, il nia l'existence de la divinité
dont il avait été le prêtre, annonçant qu'il allait désormais dédier
sa vie au culte de la liberté, de l'égalité, de la vertu et de la
morale. Il déposa alors devant l'Assemblée ses insignes épiscopaux et
reçut du président de la Convention l'accolade fraternelle. Plusieurs
prêtres apostats suivirent l'exemple de ce prélat. » (Voir
Appendice a28)
« Et à cause d'eux les habitants de la terre se réjouiront et seront
dans l'allégresse, et ils s'enverront des présents les uns aux autres,
parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre.
» La France avait réduit au silence la voix de ces deux témoins. La
Parole de vérité, étendue comme un cadavre dans ses rues, mettait dans
la joie ceux qui haïssaient les restrictions et les exigences de la
loi divine. On outrageait publiquement le Dieu du ciel.
Comme certains pécheurs d'autrefois, on s'écriait : « Comment Dieu
saurait-il, comment le Très-Haut connaîtrait- il? »
(
Psaumes 73.11)
Avec une hardiesse dans le blasphème depassant presque toute
conception, un prêtre du nouvel ordre s'écriait : « Dieu, si tu
existes, venge les injures faites à ton nom. Je te défie!... Tu gardes
le silence.... Tu n'oses pas lancer les éclats de ton tonnerre!...
Qui, après ceci, croira encore à ton existence? » (Lacretelle,
Histoire, vol. XVI, p. 309. Cité dans Alison's History of Europe,
vol.I, chap. X..) Écho frappant des paroles de Pharaon : « Qui est
l'Éternel pour que j'obéisse à sa voix? Je ne connais pas l'Éternel!
»
« L'insensé dit en son coeur : Il n'y a point de Dieu. »
(
Psaumes 14.1)
De ceux qui pervertissent la vérité, il est dit : « Leur folie
sera manifeste pour tous »
(
2 Thimothée 3.9)
Quand la foule eut
répudié le culte du Dieu vivant, de celui « dont la demeure est
éternelle », elle ne tarda pas à glisser dans une idolâtrie
dégradante. En la personne d'une comédienne, le culte de la Raison fut
inauguré sous les auspices de l'Assemblée nationale et des autorités
civiles et législatives.
« Les portes de la Convention s'ouvrirent toutes grandes pour livrer
passage à une bande de musiciens, à la suite de laquelle les membres
du Conseil municipal entrèrent en procession solennelle, chantant un
hymne à la liberté et escortant, comme objet de leur culte futur, une
femme voilée dénommée la déesse Raison. Dès qu'elle se trouva dans
l'enceinte, on la dépouilla solennellement de son voile, et elle prit
place à la droite du président. On reconnut alors une actrice de
l'Opéra. C'est à cette femme, considérée comme le meilleur emblème de
la raison, qu'allèrent les hommages publics de la Convention
nationale.
» Cette cérémonie impie et ridicule eut une certaine vogue;
l'instauration de la déesse Raison fut renouvelée et imitée dans
toutes les parties de la France où l'on voulut se montrer à la hauteur
de la Révolution. » (Voir
Appendice a29)
Chaumette introduisit le culte de la Raison en ces termes : «
Législateurs, le fanatisme a cédé la place à la Raison. Ses yeux
louches n'ont pu soutenir l'éclat de la lumière. Aujourd'hui, un
peuple immense s'est porté sous ces voûtes gothiques où, pour la
première fois, on a entendu la vérité. Là, les Français ont célébré le
seul vrai culte, celui de la liberté, celui de la raison. Là, nous
avons formé des voeux pour la prospérité des armes de la République.
Là, nous avons échangé des idoles inanimées pour la Raison, pour cette
image animée, le chef d'oeuvre de la nature. » (Thiers, Hist. de la
Révolution française, liv. I, p. 260.)
Lorsque la déesse fut amenée devant la Convention, le président la
prit par la main et dit en se tournant vers l'Assemblée : 'Mortels,
cessez de trembler devant le Dieu que vos prêtres ont créé. Ne
reconnaissez plus désormais d'autre divinité que la Raison. Je vous
présente sa plus noble et sa plus pure image; s'il vous faut des
idoles, n'apportez plus vos hommages qu'à celle-ci... Tombe devant
l'auguste Sénat de la Liberté, ô voile de la Raison!...
» Après avoir reçu l'accolade du président, l'idole, montée sur un
char magnifique, fut conduite, au milieu d'un immense concours de
peuple, à la cathédrale Notre-Dame pour y figurer la divinité. Placée
sur un autel élevé, elle reçut les adorations de tous les spectateurs.
» (Alison, vol. I, chap. X..)
Cette cérémonie fut suivie d'un autodafé de livres pieux, y compris la
Bible. « La Société populaire de la section du Musée entra au Conseil
en criant : Vive la Raison! et, portant au bout d'un bâton les restes
d'un livre encore fumant, elle annonce que les bréviaires, les
missels, les heures, les oraisons de Sainte-Brigitte, l'Ancien et le
Nouveau Testament ont expié, dans un grand feu, sur la place du Temple
de la Raison, toutes les sottises qu'ils ont fait commettre à l'espèce
humaine. » (Journal de Paris, 1793, numéro 318. Cité par Buchez-Roux,
vol. XXX, p. 200, 201.)
Le papisme avait commencé le travail qu'achevait l'athéisme. Les
leçons de Rome avaient entraîné la France dans une crise sociale,
politique et religieuse qui la précipitait vers la ruine. En parlant
des horreurs de la Révolution, certains auteurs en jettent la
responsabilité à la fois sur le Trône et sur l'Église. (Voir
Appendice a30)
En toute justice, ces excès doivent être attribués à
l'Église, qui avait empoisonné l'esprit des rois au sujet de la
Réforme, qualifiée par elle d'ennemie de la couronne et d'élément de
discorde fatal à la paix de la nation. Le génie de Rome avait inspiré
les cruautés inouïes et la terrible oppression exercées par l'autorité
royale.
En revanche, l'esprit de liberté avait marché de pair avec la Parole
de Dieu. Partout où l'Évangile avait été reçu, les yeux s'étaient
ouverts. Les chaînes de l'ignorance, du vice et de la superstition, le
plus avilissant des esclavages, avaient été brisées... On s'était mis
à penser et à agir en hommes. Ce que voyant, les monarques avaient
tremblé pour leur despotisme et Rome s'était empressée d'attiser leurs
craintes jalouses. En 1525, le pape disait au régent de France : «
Cette forcènerie [le protestantisme] ne se contentera pas de brouiller
la religion et de la détruire, mais aussi principautés, lois, ordres
et même rangs. » (G. de Félice, Hist, des Protestants de France - 6e
éd. - liv. I, chap. II, p.28.) Quelques années plus tard, le nonce du
pape donnait au roi cet avertissement : « Sire, ne vous y trompez pas,
les protestants porteront atteinte à l'ordre civil comme à l'ordre
religieux. Le trône est en danger tout autant que l'autel.
L'introduction d'une religion nouvelle doit entraîner nécessairement
un gouvernement nouveau. » (Merle d'Aubigné, Hist. de la Réformation
au temps de Calvin, liv. II, chap. XXXVI.) Et les théologiens de faire
appel aux préjugés populaires en déclarant que la doctrine protestante
« entraîne les hommes vers des nouveautés et des folies; qu'elle prive
le roi de l'affection de ses sujets et dévaste à la fois l'Église et
l'État ». C'est ainsi que Rome avait réussi à dresser la France contre
la Réforme.
Les enseignements des Écritures auraient au contraire implanté dans
les esprits et les coeurs des principes de justice, de tempérance, de
vérité, d'équité et de bienveillance, principes qui sont la pierre
angulaire de la prospérité nationale. « La justice élève une nation. »
« C'est par la justice que le trône s'affermit. » « L'oeuvre de la
justice sera la paix, et le fruit de la justice le repos et la
sécurité pour toujours. »
(
Proverbes 14.34;
16.12;
Ésaïe 32.17
) Celui qui est soumis à la loi divine ne faillira pas non plus au
respect des lois de son pays. Celui qui craint Dieu « honorera le roi
» dans l'exercice de ses attributions justes et légitimes. Les
dirigeants de la France ne se doutaient guère, hélas! des conséquences
de leur fatale politique lorsqu'ils prohibèrent les Écritures et
bannirent ses disciples, lorsque, siècle après siècle, des hommes
intègres, éclairés, consciencieux, ayant le courage de leurs
convictions et la foi qui consent à souffrir pour la vérité, avaient
été condamnés aux galères, consumés sur les bûchers ou enterrés vifs
dans de sombres cachots. Des myriades d'autres avaient cherché leur
salut en passant à l'étranger. Et cela dura deux cent cinquante ans à
partir des débuts de la Réforme!
« Il n'y eut peut-être pas une génération de Français, au cours de
cette longue période, qui ne fût témoin de la fuite éperdue des
disciples de l'Évangile devant la fureur de leurs persécuteurs.
Emportant avec eux leurs arts et leurs industries (dans lesquels ils
excellaient généralement), leur intelligence et leur esprit d'ordre,
ils allèrent, au détriment de la France, enrichir les pays qui leur
donnaient asile.
» Si, au cours de ces trois siècles, la main active de ces exilés
avait cultivé le sol national; si leurs talents industriels avaient
perfectionné ses usines; si leur génie créateur avait enrichi sa
littérature et cultivé ses sciences; si leur sagesse avait dirigé ses
conseils; si leur bravoure s'était donné libre carrière sur ses champs
de bataille; si leur équité avait rédigé ses lois et si la religion de
l'Évangile avait formé les consciences, quelle ne serait pas,
aujourd'hui, la gloire de la France! Grande, prospère, heureuse, elle
eût servi de modèle à tous les peuples de la terre!
» Au lieu de cela, un fanatisme aveugle et inexorable chassait du sol
français les maîtres de la vertu, les champions de l'ordre et les
vrais soutiens du trône. En disant aux hommes qui auraient pu assurer
la gloire de leur patrie : Vous avez le choix entre l'exil et le
bûcher, on consomma la ruine de l'État. Et comme il ne resta plus de
conscience à proscrire, plus de religion à traîner sur la roue, plus
de patriotisme à exiler, on eut la Révolution et ses horreurs.
» La fuite des Huguenots avait été suivie en France d'une décadence
générale. Des villes industrielles florissantes tombèrent à rien; des
régions fertiles demeurèrent en friche. À une période de progrès sans
précédent succédèrent le marasme intellectuel et le déclin moral.
Paris devint une vaste aumônerie où deux cent mille personnes, au
moment de la Révolution, attendaient leur subsistance des largesses
royales. Seuls, au sein de la décadence, les Jésuites prospéraient et
faisaient peser le joug de leur tyrannie sur les Églises, sur les
écoles, dans les prisons et sur les galères. »
L'Évangile aurait apporté à la France la solution des problèmes
politiques et sociaux qui déjouaient l'habileté de son clergé, de son
roi et de ses législateurs et qui finirent par plonger le pays dans
l'anarchie et la ruine. Malheureusement, sous la tutelle de Rome, le
peuple avait oublié les enseignements bénis du Sauveur se résumant
dans l'amour du prochain. On l'avait détourné de la voie du
désintéressement. On n'avait pas censuré le riche opprimant le pauvre
ni secouru le pauvre dans sa servitude et sa dégradation. L'égoïsme du
riche et du puissant était devenu de plus en plus dur et cruel. Depuis
des siècles, une noblesse prodigue et dissolue écrasait le paysan; le
riche pillait le pauvre et chez le pauvre la haine allait en
grandissant.
Dans plusieurs provinces, les nobles étaient seuls propriétaires
fonciers, et la classe laborieuse, à la merci des propriétaires, était
soumise aux exigences les plus exorbitantes. Accablées d'impôts par
les autorités civiles et par le clergé, la classe moyenne et la classe
ouvrière étaient chargées d'entretenir à la fois l'Église et l'État. «
Le bon plaisir des nobles était considéré comme la loi suprême; les
fermiers et les paysans pouvaient mourir de faim : leurs oppresseurs
n'en avaient cure... Les intérêts exclusifs des propriétaires
devaient toujours passer en premier. La vie du travailleur agricole
était une existence de misère; ses plaintes, si jamais il s'avisait
d'en faire entendre, étaient accueillies avec un superbe mépris. Les
tribunaux donnaient toujours raison au noble contre le paysan. Les
juges se laissaient publiquement acheter et les caprices des
aristocrates avaient force de loi. En vertu de ce système, la
corruption était générale. Des impôts arrachés au peuple, la moitié à
peine trouvait le chemin du trésor royal ou épiscopal; le reste était
gaspillé. Et les hommes qui appauvrissaient ainsi leurs concitoyens
étaient eux-mêmes exempts d'impôts et avaient droit, de par la loi ou
la coutume, à toutes les charges de l'État. La Cour vivait dans le
luxe et la dissipation. Les classes privilégiées comptaient cent
cinquante mille membres et, pour suffire à leur gaspillage, des
millions de leurs concitoyens étaient condamnés à une vie de
dégradation sans issue. » (Voir
Appendice a31)
La cour se livrait au luxe et à la dissipation. Toutes les mesures du
gouvernement étaient considérées avec méfiance par les administrés.
Avec une aristocratie endurcie et corrompue, avec des classes
inférieures indigentes et ignorantes, avec des finances obérées et un
peuple exaspéré, il n'était pas nécessaire d'être prophète pour
prédire ce qui devait arriver. En ces temps de relâchement, Louis XV
se signala pendant plus d'un demi-siècle par son indolence, sa
frivolité et sa sensualité. C'était en vain qu'on le pressait de faire
des réformes. S'il voyait le mal, il n'avait ni le courage ni le
pouvoir d'y parer. Aux avertissements de ses conseillers, il répondait
invariablement : « Tâchez de faire durer les choses aussi longtemps
que je vivrai. Après ma mort, il arrivera ce qu'il pourra. » Il ne
prédisait que trop bien le sort qui attendait la France par cette
parole souverainement égoïste : « Après moi le déluge! »
En jouant sur la jalousie des rois et des classes dirigeantes, Rome
les avait poussés à maintenir le peuple dans un état de servitude,
sachant très bien qu'en affaiblissant l'État, elle affermissait
d'autant son ascendant sur la nation entière. Sa politique
clairvoyante lui enseignait que, pour asservir les peuples, il faut
enchaîner les âmes et leur ôter toute velléité de liberté. Or la
dégradation morale résultant de cette politique était mille fois plus
lamentable que les souffrances physiques. Privé du pur Évangile,
saturé de fanatisme, le peuple était plongé dans l'ignorance, la
superstition et le vice, et, par conséquent, il ne savait pas se
gouverner.
Tel était le plan de Rome. Mais le dénouement fut tout autre. Au lieu
de retenir les foules dans une aveugle soumission à ses dogmes, elle
avait fait des incrédules et des révolutionnaires. Considéré par le
peuple comme inféodé aux oppresseurs, le romanisme récolta sa haine.
Le seul dieu, la seule religion que l'on connût étant le dieu de Rome
et les enseignements de Rome, on considéra l'avarice et la cruauté de
l'Église comme les fruits légitimes de l'Évangile et l'on ne voulut
plus en entendre parler.
Rome ayant dénaturé le caractère de Dieu et perverti ses exigences, on
rejeta et la Bible et Son Auteur. Au nom des Écritures, la papauté
avait exigé une foi aveugle en ses dogmes. Par réaction, Voltaire et
ses collaborateurs rejetèrent entièrement la Parole divine et semèrent
à pleines mains le poison de l'incrédulité, Rome avait écrasé le
peuple sous son talon de fer et maintenant, dans leur horreur de la
tyrannie, les masses dégradées et brutalisées rejetaient toute
contrainte. Furieux d'avoir trop longtemps rendu hommage à une
brillante fiction, le peuple rejeta également la vérité et le
mensonge. Confondant la liberté avec la licence, les esclaves du vice
exultèrent dans leur liberté imaginaire.
Au commencement de la Révolution, par concession royale, le peuple
obtint aux États généraux une représentation supérieure en nombre à
celles du clergé et de la noblesse. La majorité gouvernementale se
trouvait donc entre ses mains; mais il n'était pas en état d'en user
avec sagesse et modération. Dans sa hâte de redresser les torts dont
elle avait souffert, une populace aigrie par la souffrance et par le
souvenir des vieilles injustices entreprit aussitôt de reconstruire la
société et de se venger des auteurs de son dénuement. Mettant à profit
les leçons qu'on leur avait données, les opprimés devinrent les
oppresseurs de leurs tyrans.
Malheureuse France! Elle récoltait dans le sang la moisson de ses
semailles et buvait au calice amer de sa soumission à la puissance de
Rome. C'est sur l'emplacement même où, sous l'influence du clergé,
avait été élevé le premier bûcher à l'intention des réformés que la
Révolution dressa la première guillotine. C'est à l'endroit même où,
au seizième siècle, les premiers martyrs de la foi réformée avaient
été brûlés, qu'au dix-huitième furent guillotinées les premières
victimes de la vindicte populaire. En rejetant l'Évangile qui lui eût
apporté la guérison, la France avait ouvert toute grande la porte à
l'incrédulité et à la ruine. Le joug des lois divines secoué, on
s'aperçut que les lois de l'homme étaient impuissantes à endiguer la
marée montante des passions humaines, et la nation sombra dans la
révolte et l'anarchie. La guerre à la Parole de Dieu inaugura une ère
connue dans l'histoire sous le nom de « règne de la Terreur ». La paix
et le bonheur furent bannis des foyers et des coeurs. Personne n'était
en sécurité. Celui qui triomphait aujourd'hui était, demain, accusé et
condamné. La violence et la luxure avaient libre cours.
Le roi, le clergé et la noblesse furent livrés aux atrocités d'une
populace en démence. L'exécution du roi excitant la soif de vengeance,
les hommes qui avaient décrété sa mort le suivirent bientôt à la
guillotine. Le massacre général de tous ceux qui étaient suspects
d'hostilité à la Révolution fut décidé. Les prisons étaient combles :
un certain moment, elles n'abritaient pas moins de deux cent mille
captifs. Dans les villes de province, on n'assistait qu'à des scènes
d'horreur. La France était devenue un champ clos où s'affrontaient des
foules en proie à la fureur de leurs passions. « À Paris, où les
tumultes succédaient aux tumultes, les citoyens étaient partagés en
factions ne visant qu'à leur extermination mutuelle. » Pour comble de
malheur, la France avait sur les bras une guerre dévastatrice avec les
grandes puissances. « Le pays était acculé à la faillite; les armées
réclamaient leur solde arriérée; Paris était réduit à la famine; les
provinces étaient ravagées par des brigands, et la civilisation
faisait place à l'anarchie. »
Le peuple, hélas! n'avait que trop bien retenu les néfastes leçons de
cruauté que Rome lui avait si patiemment enseignées, et le jour des
rétributions était enfin venu. Ce n'étaient plus maintenant les
disciples de Jésus qu'on jetait dans les cachots et qu'on entraînait à
l'échafaud. Il y avait longtemps qu'ils avaient été ou égorgés ou
contraints de s'exiler. Rome recevait maintenant les coups mortels de
ceux qu'elle avait habitués à verser, d'un coeur léger, le sang de
leurs frères. « La persécution dont le clergé de France avait donné
l'exemple pendant tant de siècles se retournait maintenant contre lui
avec une redoutable rigueur. Le sang des prêtres ruisselait sur les
échafauds. Les galères et les prisons, autrefois pleines de Huguenots,
se peuplaient maintenant de leurs persécuteurs. Enchaînés à leur banc
et tirant l'aviron, des prêtres expérimentaient à leur tour les
supplices qu'ils avaient si gaiement infligés aux doux hérétiques. »
(Voir
Appendice a32)
« Puis vinrent les jours où le plus barbare de tous les codes fut
appliqué par un tribunal plus barbare encore; où nul ne pouvait saluer
son voisin ni faire sa prière sans s'exposer à commettre un crime
capital; où des espions étaient apostés à tous les coins de rue; où la
guillotine fonctionnait avec acharnement toute la matinée; où les
égoûts de Paris emportaient à la Seine des flots de sang humain....;
où des tombereaux parcouraient journellement les rues de Paris
conduisant au lieu d'exécution leurs chargements de victimes; où les
consuls envoyés dans les départements par le Comité de Salut public se
livraient à des orgies de cruauté inconnues même dans la capitale. Le
couperet de la fatale machine montait et retombait trop lentement pour
suffire à sa tâche et de longues files de captifs étaient fauchées par
la mitraille. Pour les noyades en masse, on défonçait des barques
chargées de malheureuses victimes. Lyon fut réduit en désert. À Arras,
on refusa même aux prisonniers la cruelle miséricorde d'une mort
immédiate. Tout le long de la Loire, de Saumur jusqu'à la mer, de
grandes troupes de corbeaux et de vautours se repaissaient de la chair
des cadavres nus, entrelacés dans de hideuses étreintes. On ne faisait
grâce ni au sexe ni à l'âge. Des jeunes gens et des jeunes filles
au-dessous de dix-sept ans étaient immolés par centaines. Les Jacobins
se lançaient d'une pique à l'autre de petits enfants, arrachés au sein
maternel. » (Voir
Appendice a33)
Dans le court espace de dix ans, des multitudes d'êtres humains
avaient péri de mort violente. Tout cela était conforme aux désirs du
prince des ténèbres et au but qu'il poursuit de siècle en siècle avec
une invariable fourberie. Son objet est de plonger l'homme, créature
de Dieu, dans la désolation, de le défigurer, de le souiller et par là
de contrister le ciel en entravant les plans de la bienveillance et de
l'amour divins. Cela fait, aveuglant les esprits, il rejette sur Dieu
la responsabilité de son oeuvre, qu'il fait passer pour le résultat
des desseins originels du Créateur. Et lorsque ceux qu'il a longtemps
brutalisés et dégradés finissent par secouer leur chaîne, il les
pousse à des excès et à des atrocités que les tyrans et les
oppresseurs citent ensuite comme les conséquences légitimes de la
liberté.
Mais il y a plus. Lorsqu'une certaine forme d'erreur est dévoilée,
Satan la présente sous un autre déguisement, qui est reçu par la
multitude avec tout autant de faveur que le précédent. Voyant que le
romanisme était démasqué et qu'il ne pouvait plus s'en servir pour
égarer les foules, l'ennemi les poussa dans l'extrême opposé. On
rejeta toutes les religions comme mensongères et la Parole de Dieu
comme un tissu de fables, pour se livrer sans remords à
l'iniquité.
Ce qui attira tant de calamités sur la France, c'est l'ignorance
fatale de cette grande vérité, à savoir que la véritable liberté se
trouve dans l'obéissance à la loi de Dieu. « Oh! si tu étais attentif
à mes commandements! Ton bien-être serait comme un fleuve, et ton
bonheur comme les flots de la mer. » « Il n'y a point de paix pour les
méchants, dit l'Éternel. » « Mais celui qui m'écoute reposera avec
assurance, il vivra tranquille et sans craindre aucun mal. »
(
Ésaïe 48.18, 22;
Proverbes 1.33 )
Les athées, les incrédules et les apostats peuvent repousser et
combattre la loi de Dieu, les résultats de leur oeuvre prouvent que la
prospérité de l'homme dépend de l'obéissance aux statuts divins. Que
ceux qui ne veulent pas croire le Livre de Dieu se donnent la peine de
lire ce fait dans l'histoire des nations.
Quand Satan se servait de l'Église romaine pour entraîner les hommes
loin du sentier de l'obéissance, sa main était si bien dissimulée
qu'on ne voyait pas dans les maux qui en découlaient les résultats
naturels de l'erreur. En outre, sa puissance était à tel point
neutralisée par l'Esprit de Dieu que son système ne pouvait produire
tous ses fruits. On ne remontait pas des effets à la cause, et on ne
découvrait pas la source des misères publiques. C'est lors de la
Révolution, où la loi de Dieu fut ouvertement supprimée par
l'Assemblée nationale, et surtout sous le règne de la Terreur qui
suivit, que chacun put voir les conséquences de l'abandon des
préceptes divins.
Quand la France renia Dieu publiquement et rejeta la Bible, les impies
-- comme aussi les démons -- exultèrent de voir enfin la réalisation
de leur plus cher désir : un royaume affranchi des restrictions de la
loi de Dieu! « Parce qu'une sentence contre les mauvaises actions ne
s'exécute pas promptement, le coeur des fils de l'homme se remplit en
eux du désir de faire le mal. »
(
Ecclésiaste 8.11)
Ils ignorent que
la violation d'une loi juste entraîne nécessairement une pénalité et
que, si le châtiment ne suit pas toujours de près la transgression, il
n'en est pas moins certain. Des siècles d'apostasie et d'iniquité
avaient accumulé « un trésor de colère pour le jour de la colère »;
aussi, une fois la coupe de leur iniquité comblée, les prévaricateurs
et les impies apprirent que lasser la patience divine est une chose
terrible. L'Esprit de Dieu, dont la puissance protectrice imposait un
frein à la cruauté de Satan, s'étant partiellement retiré, l'être
implacable qui trouve ses délices à faire souffrir les hommes put agir
à sa guise. Ceux qui avaient choisi le sentier de la révolte eurent
bientôt l'occasion d'en mesurer les conséquences sur une terre
couverte de forfaits indescriptibles.
« À cette heure-là, il y eut un grand tremblement de terre, et la
dixième partie de la ville [de la grande ville : la chrétienté, à
savoir la France] tomba. »
Des provinces dévastées et des villes ruinées monta, lamentable et
amère, une clameur désespérée. La France était secouée comme par un «
tremblement de terre ». La religion, la loi, l'ordre social, la
famille, l'Église et l'État, tout était abattu par la main impie qui
s'était levée contre la loi de Dieu. Ces paroles du Sage se
justifiaient : « Le bonheur n'est pas pour le méchant. » « Cependant,
quoique le pécheur fasse cent fois le mal et qu'il y persévère
longtemps, je sais aussi que le bonheur est pour ceux qui craignent
Dieu, parce qu'ils ont de la crainte devant lui. »
(
Ecclésiaste 8.12, 13)
« Parce qu'ils ont haï la science, et qu'ils n'ont pas choisi
la crainte de l'Éternel,... ils se nourriront du fruit de leur voie,
et ils se rassasieront de leurs propres conseils. »
(
Proverbes 1 : 29-31 )
Bien qu'immolés par la puissance blasphématrice « qui monte de l'abîme
», les témoins de Dieu ne devaient pas demeurer longtemps silencieux.
« Après les trois jours et demi, un esprit de vie, venant de Dieu,
entra en eux, et ils se tinrent sur leurs pieds; et une grande crainte
s'empara de ceux qui les voyaient. »
(
Apocalypse 11.11)
C'est en
1793 que l'Assemblée nationale avait décrété l'abolition de la
religion chrétienne et la suppression des saintes Écritures. Trois ans
et demi plus tard, la même Assemblée rapportait son décret et tolérait
ainsi la libre circulation du Livre saint. Le monde, épouvanté à la
vue des débordements qui avaient suivi la répudiation de l'Évangile,
reconnut la nécessité de la foi en Dieu et en sa Parole comme base de
la vertu et de la morale. Cela était écrit : « Qui as-tu insulté et
outragé? Contre qui as-tu élevé la voix? Tu as porté tes yeux en haut
sur le Saint d'Israël. » « C'est pourquoi voici, je leur fais
connaître, cette fois, je leur fais connaître ma puissance et ma
force; et ils sauront que mon nom est l'Éternel. »
(
Ésaïe 37.23;
Jérémie 16.21 )
Le prophète ajoute, au sujet des deux témoins : « Et ils entendirent
du ciel une voix qui leur disait : Montez ici! Et ils montèrent au
ciel dans la nuée; et leurs ennemis les virent. »
(
Apocalypse 11.12)
Depuis que la France a fait la guerre aux témoins de Dieu, ils
ont été plus honorés que jamais. En 1804 fut fondée la Société
biblique britannique et étrangère. Elle fut suivie de l'organisation
en Europe de plusieurs sociétés auxiliaires. En 1816 avait lieu la
fondation de la Société biblique américaine et, en 1818, celle de la
Société biblique britannique, les saintes Écritures étaient imprimées
en cinquante langues; depuis, elles l'ont été en plus de huit cent
langues et dialectes. (Voir
Appendice a34)
Au cours des cinquante années qui précédèrent l'année
1792, on ne s'était guère occupé des missions étrangères.
Aucune société nouvelle ne s'était formée et peu d'églises se
préoccupaient d'évangéliser les païens. Mais vers la fin du
dix-huitième siècle, un grand changement se produisit. On se
lassa du rationalisme et l'on commença à éprouver le besoin
d'une révélation divine et d'une religion expérimentale. À
partir de cette époque, l'oeuvre des missions a pris un développement
sans précédent. (Voir
Appendice a35)
Les progrès dans l'art de l'imprimerie ont très sensiblement aidé à la
propagation des saintes Écritures. Les facilités de communication d'un
pays à l'autre, la disparition des barrières élevées par les préjugés
et les exclusivismes nationaux, ainsi que la chute du pouvoir temporel
ont frayé la voie à la diffusion de la Parole de Dieu. Depuis 1871,
les saintes Écritures se vendent sans entrave dans les rues de Rome et
elles se répandent actuellement dans toutes les régions habitées du
globe.
L'incrédule Voltaire disait : Je suis las d'entendre répéter que douze
hommes ont fondé la religion chrétienne. Je prouverai qu'il suffit
d'un seul homme pour la renverser. » Il y a bientôt deux siècles que
cet écrivain est mort. Des millions de sceptiques se sont joints à lui
dans la guerre contre les oracles de Dieu. Or loin d'être extirpés, là
où il y avait cent exemplaires aux jours de Voltaire, il y en a dix
mille, que dis-je? il y en a cent mille aujourd'hui. Pour parler avec
un réformateur, « les Écritures sont une enclume qui a déjà usé bien
des marteaux ». Le Seigneur ajoute : « Toute arme forgée contre toi
sera sans effet; et toute langue qui s'élèvera en justice contre toi,
tu la condamneras. »
(
Ésaïe 54.17 )
« La Parole de notre Dieu subsiste éternellement. » « Les oeuvres de
ses mains sont fidélité et justice; toutes ses ordonnances sont
véritables, affermies pour l'éternité, faites avec fidélité et
droiture. »
(
Ésaïe 40.18;
Psaume 111.7, 8)
Ce qui est édifié sur
l'autorité humaine tombera; mais ce qui repose sur le rocher immuable
de la Parole de Dieu subsistera éternellement.